La gratuité scolaire

« Je ne pense pas que la gratuité absolue soit la solution pour les Nord-Américains. Ça ne fait pas très réaliste par rapport à notre situation géopolitique. Et il ne faut pas oublier que des pays comme la France offrent la gratuité scolaire, mais qu’il s’y développe quand même parallèlement un réseau de grandes écoles où les études coûtent très cher »    – Marie Malavoy, député péquiste

Justement, c’est ça que le PQ ne comprend pas et ne veut pas comprendre. La gratuité scolaire c’est possible, ce n’est pas un délire. Comment? Régulariser le financement des écoles selon le poids démographique des francophones et des anglophones. Pour n’utiliser qu’un pallier, celui universitaire, les écoles anglaises sont financées à plus du quart du budget pour un maigre 8% d’anglophones au Québec. Du coup, non seulement cette idée de gratuité n’est plus une utopie, mais cela justifie grandement la manifestation étudiante du 10 novembre contre la hausse des tarifs scolaires. Il n’y aucune raison que cela arrive dans les circonstances.

Al-Qanada

La politique est devenue le cimetière des rêves. Du Québec à la Palestine, en passant par la Côte d’Ivoire, les peuples pédalent dans le beurre. Tantôt déboussolés, tantôt massacrés. Qu’est-ce qui nous arrive?

L’humanité est plus instruite que jamais. Elle recèle des trésors de créativité et dispose de moyens de communication extraordinaires. Ses outils de production actuels relevaient hier encore de la science-fiction. Pourtant, nous faisons du surplace. Que dis-je? Nous reculons. Comment se fait-il que l’avenir nous glisse entre les doigts? Pourquoi le pouvoir est-il une anguille?

Alain Dubuc ou la persistance d’une mouche à marde

Dans sa chronique de La Presse du 21 septembre, Alain Dubuc critique la présence de la SSJB de Montréal à la récente Fête de l’Humanité, cette « grosse célébration organisée (…) par le Parti communiste français », un parti sans avenir à ses yeux. Il met en doute l’utilité pour la SSJBM et son président Mario Beaulieu de se chercher des appuis auprès des communistes français, estimant que cette aventure avait « un petit côté désespérément pic-pic ». Comme la délégation québécoise à la Fête de l’Humanité comprenait aussi, en plus de la SSJB, le Parti communiste du Québec et le Réseau de résistance du Québécois, Dubuc y appréhende « un processus de groupuscularisation aux franges du mouvement souverainiste ». Il conclut que la SSJB, le PCQ et le RRQ seraient « dans un processus de marginalisation et de radicalisation » d’autant plus dangereux (toujours à ses yeux) qu’ils « jouent un rôle important dans le débat linguistique ». Et il craint fort qu’ainsi « ce débat soit pris en otage ». Ouf !

Les fros de l’an 2000

Comme l’explique si magnifiquement Richard Desjardins dans le prélude de l’une de ses plus belles chansons, on appelait jadis les immigrants travaillant dans les mines du Québec les « fros », une contraction de l’anglais « foreigners » (étrangers).

C’était le temps de nos arrières-grands-pères, voire de nos grands-pères, un temps pas si lointain, l’époque où les Canadiens français et les fros se faisaient exploiter, humilier, bafouer dans ces mines où l’on exploitait nos richesses au profit de corporations anglo-saxonnes. Une époque où les grèves, bien sûr illégales, étaient réprimées dans le sang. Le temps de la domination absolue du colonialisme anglo-saxon. Le temps de la dépendance.

La trahison comme mode de mort

Il y a avait hier le lancement du livre de Pierre Schneider. « La trahison comme mode de mort. » Écrit sur le mode poétique, il dénonce toutefois avec indignation le passage facile de nos élites politiques dans le camp des exploiteurs du peuple québécois. Lucien Bouchard et André Boisclair devenus des salariés des pétrolières exploiteuses du gaz de schiste, imaginez si Michel Chartrand, René Lévesque, Pauline Julien, Pierre Farlardeau ne doivent pas se retourner dans leur tombe.

Mais il y a trahison et trahison, dans le cas de Bouchard et Boisclair, le mercenariat est si évident qu’il nous rend presque service. Au moins, ces deux là sont si discrédités qu’ils ne pourront plus prétendre diriger un parti souverainiste. Politiquement, ils sont morts et dieu merci, on peut dire : bon débarras!

Ces têtes carrées qu’on aime

Quand j’étais très jeune, on entendait parfois après un repas l’expression « Encore un que les Anglais n’auront pas ». De tout temps, la méfiance, quand ce n’était pas tout simplement de l’hostilité, à l’endroit des « Anglais » a été de mise. Cela s’explique bien entendu par la Conquête d’abord, mais aussi par les affres que durent subir par la suite les descendants des Français, qu’on appelait, selon le cas ou selon les époques, Canayens, Canadiens français, Acadiens ou Québécois. Les vexations, les humiliations, les préjudices, les injustices, tout cela marque un peuple de façon indélébile. Et tout cela se poursuit aujourd’hui, quand on pense au sur-financement des institutions anglophones comme les hôpitaux et les universités, quand on songe aux politiques en matière linguistique – au nom des libertés individuelles – qui permettent que perdure le bilinguisme institutionnel alors que les statistiques démontrent pourtant une fragilisation en nette augmentation du français au Québec.

Si fragile

Bon, de quoi vais-je vous parler cette semaine?

De l’inimitable André Boisclair, chef du PQ et ministre de l’Environnement il n’y a pas si longtemps, recruté ces derniers jours par la compagnie albertaine Questerre, l’une des principales entreprises actives dans l’exploration du gaz de schiste au Québec? On dirait un mauvais film d’horreur politique. Après les dents de la mer, les dents de la terre. Je n’ai pas l’estomac assez solide, désolé.

De la corruption libérale qui éclate davantage au grand jour? Mais vous vous surprenez de quoi? Le Parti libéral et la mouvance fédéraliste sont depuis toujours gangrenés jusqu’à l’os par la corruption, la collusion, la fraude et les pratiques mafieuses… De Louis-Alexandre Taschereau à Pierre Laporte, de Robert Bourassa à Jean Charest, l’histoire se répète. Vous vous choquez maintenant? Il est temps, les amis! Vous me déprimez trop.

L’adversaire

En 1867, Karl Marx jetait les bases idéologiques d’une grande lutte entre les possédants et le prolétariat. Dans Le capital, il décortiquait les mécanismes utilisés pour exploiter le travail des masses et enrichir une infime minorité de capitalistes. Un siècle et demi plus tard, cette lutte est loin d’être terminée. L’exploitation a pris de nouvelles formes plus machiavéliques. Le triomphe du néolibéralisme depuis l’ère Thatcher et Reagan a plongé le monde dans une crise financière perpétuelle, fait reculer la classe moyenne en Occident, déclenché de féroces et couteuses guerres impérialistes et permis l’établissement d’un système tentaculaire de façonnement de la pensée. Les milliardaires régentent le monde, et Hugo Chavez a raison de dire que le problème numéro un de l’humanité actuellement est le capitalisme.

La culture de l’impérialisme

Du temps de la reine Victoria, le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique. Cette grandeur n’est plus, mais constitue apparemment une source d’inspiration pour Stephen Harper, qui trouve régulièrement de nouvelles façons de manifester son attachement à la royauté britannique. Récemment, il a ordonné à toutes les missions diplomatiques canadiennes d’afficher bien en vue un portrait de la reine d’Angleterre. D’où vient donc cette fixation sur la monarchie? Est-ce pour narguer ou humilier les Québécois? Est-ce pour plaire à l’électorat ontarien encore ancré dans la tradition orangiste?

Les propositions Drainville : jouer à l’apprenti-sorcier

Nouvelle chronique. Je me souviens que Falardeau trouvait difficile d’en faire une à toutes les semaines. Il avait peur de se répéter. Ça ne sera pas le problème cette semaine. J’avais décidé de parler du rapport Drainville mais un peu en retard. Je vais me résumer : tout ça ne mène nulle part. C’est du populisme style Alliance Party. Un leader digne de ce nom doit savoir identifier les problèmes historiques et structuraux qui traversent une société. Ce n’est pas le cas de Bernard Drainville.