La contamination écossaise

Sentant le vent tourner, un peu comme la gang du « Non » en Écosse, nos bâtards habituels s’empressent de nous dire à quel point le Québec est différent de l’Écosse et à quel point nos situations politiques le sont également. Bien sûr, pour les fédéralistes québécois, que l’Écosse devienne un État indépendant ne change pas grand-chose dans leur vie… en autant que ça ne « contamine » pas les Québécois avec un nouvel enthousiasme. On a appris de belles choses grâce à ces bâtards, par exemple que les Écossais parlent anglais et que leur nationalisme serait moins « ethnique » que le nôtre. Merci mesdames et messieurs. Évidemment, à les écouter, il ne faudrait jamais faire aucun parallèle avec aucune autre situation ni ailleurs dans le monde ni à aucun autre moment dans l’histoire. Peut-être qu’une défaite du « Oui » nous permettrait de pouvoir faire des parallèles alors? Nous ne serions pas les seuls losers en tout cas.

J’estime qu’au contraire notre solidarité avec d’autres peuples en lutte est tout à notre honneur. Alors qu’on se fait sans cesse casser les couilles comme quoi nous sommes refermés sur nous-mêmes, d’un autre côté on se fait dire qu’il ne faut surtout pas prendre exemple sur d’autres. Dans le genre, tu peux regarder, mais prends bien soin de ne pas faire des parallèles. Disons que peu importe les différences, on a le droit de regarder ce qui se fait ailleurs et d’en tirer des leçons.

J’affirme ma solidarité avec le peuple écossais, comme avec les peuples catalan, basque, corse, palestinien, etc. Je me souviens en Belgique, en discutant avec des Wallons, selon eux il n’y avait pas vraiment de raison de considérer les revendications des Flamands, la Belgique va bien « tous ensemble ». D’accord, mais même si je parle la même langue que les Wallons et qu’ils sont des gens merveilleux, en tant qu’indépendantiste québécois, j’ai une certaine curiosité et une certaine sympathie pour le combat des Flamands. Ceci dit, ma solidarité se manifeste aussi pour les peuples déjà indépendants, qui continuent à lutter contre l’oppression extérieure, que ce soit en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Europe et même en Amérique du nord.

Quant à cette solidarité, je suis en droit de m’attendre à la même en retour. Par exemple, si la classe politique écossaise veut une reconnaissance du Canada dans le cas où ils deviendraient indépendants, bafouant ainsi les aspirations québécoises, me sentirais-je trahis? Un peu… mais je sais faire la différence entre le peuple et sa classe politique. Néanmoins, cette solidarité ne doit pas aller que dans un sens. Dans la tendance à être solidaire de tous les peuples en lutte, on doit d’abord comprendre qu’on ne peut compter que sur nous-mêmes et qu’on doit aspirer à des relations égalitaires. Si je soutiens, par exemple, le peuple irakien ou vénézuélien dans sa lutte, je serais un peu frustré si des Irakiens ou des Vénézuéliens d’ici militent pour le PLQ. Un Irakien épais ne serait pas représentatif de tout un peuple, mais vous comprenez ce que je veux dire. Ma solidarité n’est pas négociable, mais si nous nous intéressons à tous les peuples en lutte et qu’en retour on se kalysse de nous, je ne vois pas en quoi c’est intéressant et en quoi ça nous fait progresser. Il nous faut un retour de l’ascenseur, comme dirait Tony Accurso.

Certains ont une théorie selon laquelle l’Union Européenne encouragerait les aspirations indépendantistes à travers l’Europe, car un fractionnement des États européens affaiblirait la souveraineté nationale de ces mêmes États face à l’UE. C’est une théorie qui se tient, mais je me dois quand même d’être solidaire des peuples qui luttent pour leur autodétermination.

Pour finir, ici on essaie de nous décourager une énième fois en disant que nous vivons dans le passé et que l’indépendance est dépassée, que l’option est morte ou je ne sais quoi. Même en prenant le scénario le plus pessimiste, 35% d’appuis à l’indépendance, ce n’est pas rien. Regardez où en était le mouvement indépendantiste écossais il y a un an. Et il y a 10 ans. Et où est-il aujourd’hui? Je me rappelle que Sean Connery est probablement la première personne que j’ai entendu me parler de l’indépendance de l’Écosse, et il y a de ça longtemps. Le débat était inexistant et il n’y avait que lui comme personnalité connue qui en parlait. C’est agréable de voir une personne comme lui avoir des convictions profondes et les maintenir jusqu’au bout. Voilà pour moi un exemple. Voilà un exemple de la contamination écossaise. Je lui souhaite de voir son rêve se réaliser de son vivant. Et pour le peuple écossais également.

Vive Sean Connery. Vive l’Écosse libre. Vive le Québec libre (en veux-tu du parallèle?).