Va chier, Éric Duhaime

Dernièrement, j’ai eu la malchance de mettre la main sur l’une des 5 000 copies gratuites du livre d’Éric Duhaime « Libérez-nous des syndicats ». Comme j’ai le sens de l’humour et une légère tendance au masochisme, je me suis mis en tête de le lire. Je me suis vite rendu compte qu’on était loin d’un masochisme à la « 50 nuances de Grey », mais plutôt d’une torture de guerre asiatique obscure, comme se faire serrer les gosses une coche de trop avec un tie-wrap ou se faire éteindre un mégot de cigarette sur une tétine. Bref, l’équivalent de lire la section commentaire du Journal de Québec en écoutant « Dehors novembre » des Colocs.

Pas étonnant que ce tas d’arbres morts, pressés, traités à l’agent chimique et enduits d’encre ait croupi dans des boites si longtemps. La seule manière de s’en débarrasser aura été de les donner. Dommage que la lecture ne soit pas l’activité de prédilection des douchebags sans intelligence émotive, des mononcles racistes gras du bide et des beaux-frères machos qui travaillent au noir, bref, du public cible.

Dans son délire d’excité parsemé de statistiques tronquées, directement puisées à la source putride qu’est l’IEDM ou l’Institut Frazer, il analyse le tout comme une Johanne Marcotte sur l’acide. L’échalote rachitique reproche aux syndicats de faire de la politique. Comme si c’était un non-sens qu’une organisation qui défend les droits des travailleurs prenne part au débat public. Comme si le Conseil du patronat n’en faisait pas du lobbying pis de la politique. Comme si les chambres de commerce étaient sous-représentées dans la société civile et qu’elles ne touchaient jamais de subventions du gouvernement. Si t’arrives à trouver une manière de faire valoir tes droits sans t’organiser, faire de lobbying ou toucher à la politique, crisse, écris un livre là-dessus, ça presse. Tu seras peut-être pas obligé de les donner pour vider ton grenier pour faire de la place à tes bouteilles de vin achetées en Ontario pour payer 4 cennes de moins qu’à la SAQ.

À le lire, le Code du travail est une opération du Saint Esprit, rendue immuable parce que protégée par la loi. Comme si tout ça avait existé ou continuerait d’exister sans organisation pour s’assurer de l’application. Duhaime pense certainement, dans sa petite tête creuse, que c’est un gouvernement pro-patronat qui s’est un jour assis pour écrire le Code du travail? Parce qu’il était gentil et bienveillant, comme un bon roi Salomon? Bien non le raisin, les normes du travail sont l’oeuvre non immuable des organisations syndicales. C’est avec l’argent de leurs membres qu’ils engagent des avocats et des spécialistes pour défendre les droits des travailleurs. Pis c’est quoi cette obsession à attaquer les employés de la fonction publique? Ils payent des taxes et des impôts, ils représentent une part non négligeable de la classe moyenne que les rats d’égouts dans le genre de Duhaime s’évertue à brandir comme le fanion tordu de leur pensée politique.

Pour lui, la démolition d’un outil de représentation démocratique des travailleurs signifie un progrès. Cette caricature cheap et sans esprit d’une droite fanatique américaine me fait penser à un dessin mongoloïde et sans esprit de Ygrec du Journal de Québec. Pas étonnant que le State Department américain n’ait pas pu trouver mieux pour enseigner la démocratie aux Irakiens. Dans le pays des crimes de guerre de la compagnie Blackwater, Duhaime tentait, grassement payé, d’expliquer aux peuplades nouvellement conquises les bienfaits d’une démocratie qu’il refuse aux travailleurs d’ici.

Les crosseurs de marché aux puces dans son genre sont toujours à s’astiquer la graine à l’idée de couper les subventions. Mais dites-moi, le FM93 ou les autres poubelles dans lesquelles Duhaime vomit sa marde ne touchent pas de crédits d’impôt? Sans parler de son recueil tragi-comique qu’il ose qualifier de livre? Probablement qu’il n’en a pas besoin, ça doit être payant de jouer la catin lobbyiste d’entreprises multimilliardaires. Mais s’il insiste le bon monsieur, on pourrait commencer par couper les subventions aux entreprises qui viennent piller le sous-sol du Québec pour une poignée de petit change. Il arrêterait peut-être de gueuler comme une harpie quand Hydro-Québec monte ses tarifs si on arrêtait de donner gratis l’électricité à ces bandits des multinationales.

Comme je ne suis pas un fan des autodafés, je me contenterai, une fois mon ulcère passé, de jeter son livre là où il aurait dû finir de toute façon, dans la benne à ordure d’un hôpital pour syphilitiques.


Benjamin Tessier
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