Une sorte d’omerta règne sur les campus universitaires

Une étudiante de l’Université Concordia nous a accordé une entrevue exclusive au sujet de cette culture de la peur. Présentement, notre interlocutrice, Terry Newman, est sur le point de soutenir une thèse de maîtrise au sein du Département des communications de l’Université Concordia, à Montréal. Un aspect important de ses recherches porte sur l’impact des médias sociaux sur notre perception du monde.

La liberté d’opinion est prise en otage

Ayant terminé des études de premier cycle en sociologie, Terry Newman vient tout juste d’atterrir dans un département des communications où règne une certaine forme de rectitude politique. Pourtant, ce département a déjà eu la réputation d’être un des meilleurs au pays : un lieu d’apprentissage où les professeurs et les étudiants jouissaient d’une réelle liberté de conscience.

C’est en participant à différents séminaires préparatoires à la maîtrise que la principale intéressée s’est butée à une véritable culture de la peur. Elle en a pour preuve l’incroyable déclaration publique de son directeur de programme, qui, en plein milieu d’un séminaire, a affirmé qu’il avait décidé d’abandonner la philosophie comme discipline d’enseignement parce qu’il s’agit d’un domaine d’étude dominé par de « vieux hommes blancs racistes ». Toute la classe s’était mise à rire en guise d’approbation, nous explique-t-elle.

Rencontrée dans un café, Mme Newman nous a livré un témoignage éloquent au sujet de cette culture de la peur qui semble s’être installée à demeure dans le monde universitaire. En effet, elle affirme que « si les professeurs défendent un certain credo politique [rectitude politique] dès le début, cela va avoir un impact sur ce dont les étudiants osent discuter en classe. La liberté de parole est véritablement en danger puisqu’il est difficile de nager à contre-courant des croyances dominantes ».

La pensée unique s’installe à l’université

Bien qu’elle affirme être de gauche, notre interlocutrice estime que le discours monolithique imposé par la gauche institutionnelle est en train de tuer l’espace des débats universitaires. C’est donc une nouvelle forme d’« orthodoxie » qui s’installe dans les départements où certains poncifs des théories du genre ou du féminisme radical s’imposent comme des « vérités révélées que nul n’a le droit de contester ».

Terry Newman souligne que « certains étudiants de ce programme de maîtrise ont été fortement influencés par leurs études antérieures dans le domaine des théories du genre. Ils constituent un groupe de pression qui tente, souvent, de policer le discours en place ». Ainsi, ces étudiants, mais aussi certains professeurs qui partagent leur credo, « tiennent pour acquis que tout le monde est d’accord avec leurs croyances, ce qui contribue à mettre en place un environnement où il devient difficile de jouer avec des idées réputées inviolables ».

Une chasse aux sorcières

« Ainsi, quiconque désire remettre en question le cadre des discussions, en jouant avec les idées et les concepts, doit s’attendre à être considéré comme une personne immorale », avance-t-elle. Elle en profite pour revenir sur le cas de Lindsay Shepherd, cette jeune chargée de cours de l’Université Wilfrid Laurier qui a subi un véritable procès mené en catimini par une bande de professeurs lui reprochant d’avoir diffusé en classe une vidéo d’une conférence de Jordan Peterson.

Rappelons que Lindsay Shepherd a été mise en accusation devant un comité informel de professeurs pour avoir « violé la politique de l’Université Wilfrid Laurier concernant la violence de genre ou sexuelle » en diffusant quelques minutes d’une émission de TVOntario mettant en vedette le professeur Perterson. Le protagoniste de cette vidéo remettait en question les nouvelles politiques d’utilisation de pronoms sans connotation de genre.

S’appuyant sur le cas de Lindsay Shepherd, Mme Newman attire notre attention sur le degré de rectitude politique qui règne au sein du Département des communications de Concordia. Ainsi, elle précise que « sans que tout cela soit stipulé clairement, il est évident qu’il existe une bonne et une mauvaise façon de penser au sein du Département des communications. Dans ce type d’environnement d’étude, si vous refusez de vous conformer à l’idéologie dominante, vous risquez d’être accusé de faire preuve de défaillance morale. De fait, la discussion n’est plus possible sur certains sujets qui sont devenus tabous », conclut-elle.