Un Québec pétrolier : le gouvernement a-t-il déjà fait son nid ?

 

Alors, ministre de l’Environnement ou ministre de l’Industrie le bon ministre Blanchet ?

C’est pour dénoncer toute cette mascarade pétrolière que des groupes citoyen, étudiant et environnementaliste se sont réunis hier matin (28 novembre), à l’Institut Goethe, à Montréal.  Ils organisaient une conférence de presse pour dénoncer le fait que le gouvernement du Québec ait amorcé une Commission parlementaire concernant le projet d’inversion de la ligne 9B d’Enbridge devant transporter chez nous le pétrole de l’Alberta, commission à laquelle ils sont bien sûr tenus à l’écart. Seuls des participants triés sur le volet par le gouvernement, dont l’Institut économique de Montréal qui a déjà remis en question l’existence du réchauffement climatique, ont le privilège, dans le cadre de cette commission, de s’adresser aux élus. Ce qui mine les fondements même de cet exercice dit démocratique.

Ces groupes condamnent le fait que le gouvernement du Québec n’ait pas commandé d’étude d’impact environnemental complète en prévision de cette commission parlementaire, et ce, même si ils la réclament depuis des mois.  Ce qui revient à dire que toute cette opération gouvernementale évolue à l’aveuglette. Les groupes sont préoccupés par l’impact environnemental de cette industrie, ils réclament donc qu’on réfléchisse globalement et à long terme, de façon à éviter de provoquer la disparition de l’espèce… humaine.

Hier matin, j’ai donc été à la rencontre de ces groupes outrés, question de m’informer davantage sur Enbridge, mais surtout pour apporter mon soutien moral à ces citoyens qui mènent une lutte très importante pour l’avenir du Québec et de l’humanité.

Tout d’abord, voici quelques faits :  Le projet d’inversion de la ligne 9B d’Enbridge permettra le transport d’au moins 300 000 barils de pétrole par jour sur le territoire québécois.  L’Institut Simon-Fraser évalue les risques d’accident à 90% lorsqu’il s’agit d’opérations de ce type.  Nul besoin de dire qu’un déversement en plein cœur de la vallée du Saint-Laurent serait catastrophique pour l’environnement et les Québécois qui vivent à proximité.  Mais même sans accident, l’impact sur l’environnement et la santé humaine serait non négligeable.  Le pétrole de l’ouest qui serait traité dans les raffineries de l’est de Montréal polluerait encore davantage l’air que respirent les Québécois habitant ce secteur.  Et il est déjà deux fois plus contaminé que l’air qu’on retrouve dans l’ouest de Montréal.

Si un accident survenait, les compagnies pétrolières se font rassurantes.  Elles ont des valves permettant de stopper le transport de la matière pétrolière dans l’oléoduc.  Ce qu’elles ne disent pas, c’est que ces valves sont très éloignées l’une de l’autre.  Ce qui signifie que des kilomètres de pétrole aurait le temps de se déverser avant que la situation ne soit reprise en main.  Et ce qu’elles ne disant pas davantage, c’est que ce pétrole est très visqueux et très lourd.  Il contaminerait encore plus l’environnement que du pétrole dit léger.

Avec le projet d’inversion de la ligne 9B d’Enbridge, il s’agit de la première étape des défenseurs du pétrole des sables bitumineux qui ont le Québec dans le collimateur.  Ensuite, Trans-Canada construira un nouveau pipeline qui se rendra jusque dans la région du Bas-St-Laurent, multipliant d’autant les risques environnementaux.

Lors de la conférence de presse, Marie-Josée Béliveau de la Coalition Vigilance Oléoducs, a été très claire à propos du projet d’Enbridge et de l’appui à peine équivoque que lui accorde le gouvernement du Québec : « Cette commission parlementaire n’est pas rigoureuse, n’est pas indépendante, n’est pas ouverte au public, n’est pas crédible.  Elle favorise l’industrie au détriment des citoyens. »  Anne-Marie Saint-Cerny, de la Société pour vaincre la pollution, n’y est pas allée avec le dos de la cuillère elle non plus : « Soit cette commission n’est qu’une mascarade qui leur sert de paravent parce qu’ils refusent d’admettre trop brusquement qu’ils souhaitent engager fermement le Québec dans la voie du pétrole, soit ils respectent l’intérêt public et ils organisent une vraie commission parlementaire en impliquant vraiment les citoyens. »

Michel Lambert, d’Alternatives, a déploré le peu de temps accordé par le gouvernement aux consultations.  La Commission parlementaire ne durera en effet que quelques jours. Mais surtout, les groupes qui ont été invités à y participer ont eu très peu de temps pour s’y préparer.  Et la cerise sur le gâteau : « On nous dit que le rapport sera remis dès le lendemain de la clôture de la commission.  Quoi, ils vont l’écrire toute la nuit ? Normalement,  ça prend des mois avant d’obtenir un tel document.  Moi, j’en conclus que le rapport est écrit d’avance.  Mais je vous laisse faire vos propres conclusions », a dit M. Lambert.

Plusieurs militants présents lors de la conférence de presse se sont étonnés du fait qu’un gouvernement supposément souverainiste ne protège pas davantage le Québec face aux avancées du fédéral, chez nous, lui qui espère vendre le plus largement possible le pétrole sale de l’ouest.  Jacques Tétreault, porte-parole du Regroupement interrégional Gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent, a d’ailleurs déclaré : « On a un gouvernement souverainiste à Québec qui ne défend pas le territoire québécois !»

Même si la ligne 9B est de juridiction fédérale, il n’en demeure pas moins que le Québec doit accorder son soutien moral au projet.  Tout refus, à ce chapitre, serait très lourd de conséquence, c’est ce qui a été noté par certains intervenants. À preuve, le fait que le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique est parvenu à empêcher l’industrie du pétrole de l’Alberta d’utiliser son territoire pour ses activités en ne lui accordant pas son soutien moral.

Le fédéral s’est fait servir plusieurs volées de bois vert lors de cette rencontre.  Kristian Gareau, de Justice climatique Montréal, a certes été le plus cinglant : « Le fédéral manipule la législation afin de permettre la pollution et satisfaire le capital.  On est loin de la démocratie dans tout ça ». Il a ajouté : « Le modèle économique du XXe siècle n’est plus applicable au XXIe siècle.  Il nous faut entamer la transition le plus rapidement possible.  Ce ne sera certes pas facile, mais il faut impliquer les citoyens dans la démarche. »

Jacques Tétreault, encore lui, a également expliqué que la stratégie des acteurs soutenant la pétrolisation du Québec scindaient les dossiers afin de faire plus facilement « avaler les hameçons aux Québécois ».  Il est clair qu’un problème morcelé semble moins grave que le problème dans son ensemble ; façon comme une autre de tromper les gens, quoi !  Il a également dit que toutes les questions posées afin de savoir exactement quels emplois seraient créés au Québec grâce à cette industrie n’ont pas obtenu de réponses précises.  « En fait, oui, il y aura des emplois créés, mais à long terme. Et pour la construction seulement.  Quand nos maisons auront été détruites par les catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique, il faudra bien les reconstruire… », a-t-il ironisé.

Tout ce dossier démontre à quel point le Parti Québécois a de la difficulté à s’éloigner des mêmes sources d’influence que celles du Parti libéral du Québec. Les rois du pétrole lui dictent sa conduite comme ils le faisaient pour les libéraux. Ce qui nous permet de dire que le gouvernement péquiste a déjà fait son nid :  sous ses bons auspices, le Québec deviendra pétrolier. S’agit d’écouter le ministre Blanchet pour s’en convaincre.  Considérant que le gouvernement Marois vient d’annoncer des investissements importants dans le dossier des transports électrifiés, on se serait attendu à ce qu’il ne détruise pas tous les bénéfices environnementaux de ceux-là en sautant à deux pieds dans le train des énergies du passé.  Mais j’imagine que la cohérence politique est devenue aussi rare à Québec qu’un pou sur la tête d’un chauve.