Un nid de vipères

Quand on affiche clairement son indépendantisme, il faut s’attendre à des réactions de toutes sortes. Nous essuyons les commentaires sarcastiques et les remarques désobligeantes comme nous recevons aussi les signes d’approbation et les paroles d’encouragement. Quolibets et railleries sont notre pain quotidien, racheté heureusement par des réflexions éclairées ainsi que par d’habiles raisonnements. Nous devons répondre à des questions qui parfois, dénotent l’intelligence de ceux qui les posent en nous forçant à méditer un sujet et à préciser notre pensée mais qui aussi, d’autres fois, montrent l’ampleur de l’ignorance enracinée chez notre interlocuteur et nous donnent envie d’abandonner tant le trou à remplir est profond.

C’est ainsi que récemment, dans un bar de Montréal, un skinhead ayant remarqué mon chandail du RRQ m’accoste et me demande ce que c’est. Je lui réponds que c’est une organisation militante qui fait la promotion active de la libération nationale du Québec. Ce à quoi il rétorque: «C’est pas un peu facho ça?». Le simple «NON» que je lui ai alors lancé à la figure était cassant, convaincu et claironnant. Je veux bien débattre de questions controversées, de sujets épineux et de points plus sensibles mais j’en ai plus que marre d’avoir à répéter que le projet d’indépendance n’est pas un projet fasciste! C’est un projet éminemment positif et révolutionnaire. C’est un projet progressiste en soi. Parce que sans même toucher à l’ombre d’une question sociale autre que l’indépendance elle-même, l’idée de libérer un peuple du joug colonialiste qu’il subit depuis plus de deux siècles est une idée progressiste dans son essence même. C’est un formidable bond en avant qui, en même temps qu’il nous projette dans l’avenir, a pour fonction de réparer l’histoire. Rectifier le passé pour mieux développer le futur.

Avant d’aller plus loin, il est important de spécifier que lorsqu’un skinhead vous traite de fasciste, c’est essentiellement une accusation de racisme. Les notions généralement associées au fascisme, soit l’autoritarisme dictatorial et le corporatisme d’État sont évacuées d’une telle accusation. Il n’y subsiste plus que le concept de nationalisme. Un nationalisme péjoratif. Un nationalisme vu comme une plaie. Un nationalisme raciste.

Et c’est bien là que l’on touche au nœud du problème. Quand on aborde le concept de nationalisme, on met le pied dans un nid de vipères. Car qu’est-ce que la nation? Qui en fait partie? Comment veut-on la voir évoluer? Pourquoi en a-t-on besoin? Dans quel sol ses racines sont-elles fixées et de quoi se nourrissent-elles? Autant de questions auxquelles je ne répondrai pas totalement ici, bien qu’elles soient fondamentales. Y répondre reste toutefois une nécessité, si l’on tient, bien sûr, à ce que cette nation pousse plus avant son extraordinaire odyssée. Pour survivre, il faudra nous définir, qu’on le veuille ou non. Car toute chose mal définie se dirige irréversiblement vers un étiolement certain. Et c’est avec une définition claire que nous pourrons déclarer avec fierté, sans gêne aucune, aux côtés de tous ceux qui le désireront, que nous sommes membres de la belle et grande nation québécoise et que nous souhaitons travailler à son épanouissement. Ceux et celles qui sont venus avant nous et qui ont bâti le pays nous ont déjà tracé la voie. Leurs enseignements sont clairs. Le Québec est une terre d’accueil et elle le restera. À nous de mettre en place les outils qui permettront de faire germer, chez tous les nouveaux arrivants, l’envie d’embarquer avec nous dans ce grand projet, celui de redonner à un peuple son pays pour qu’il puisse enfin reprendre en mains sa destinée et poursuivre la construction d’un État dans lequel chaque membre de la nation verra ses intérêts être défendus.

Mais pour ce faire, nous devons nous opposer en bloc à toute percée néo-colonialiste canadienne. Nous devons expliquer encore, et encore, et toujours, inlassablement, que les intérêts canadiens ne sont pas les intérêts québécois. Nous devons clairement faire sortir les avantages de l’indépendance au quotidien. À chaque nouvelle. À chaque décision gouvernementale. À chaque prise de position. À chaque événement. Nous devons le faire partout. Que ce soit dans nos familles, sur les réseaux sociaux, à travers notre art ou en milieu de travail, nous devons être les «crisse de fatigants» qui ramènent tout à l’indépendance (parlez-en à mes collègues, ils en savent quelque chose…). C’est en répandant au maximum l’information que nous arriverons à convaincre.

Et de grâce, prenez le temps d’expliquer aux immigrants de votre connaissance les tenants et les aboutissants du problème. Ils ne demandent qu’à comprendre. Ils ne sont pas imbéciles, ils voient bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Et ne vous y méprenez pas: nos ennemis, eux, ont le pouvoir de persuasion bien affûté et s’en servent allègrement. Ne soyons pas dupes. Les forces en place font du recrutement, c’est évident. À chaque fois qu’un passeport orné de la feuille d’érable est remis à un nouveau citoyen, leurs rangs grossissent. Le pays hôte est le Canada, pas le Québec, et les fédéralistes s’arrangent pour que nos compatriotes nouvellement installés ne l’oublient pas.

Par contre, une chose jouera perpétuellement en leur défaveur. Ils auront beau user de cadeaux et de promesses, d’inventions et d’entourloupettes en tous genres, une force inaltérable saura toujours faire ressortir la vérité pour réfuter l’hypocrisie canadienne; cette force, c’est l’histoire. Ce qui s’est passé ici suite à la Conquête de 1759 n’est ni plus ni moins que l’histoire d’un territoire occupé. Il faut raconter cette histoire. Ne jamais l’oublier. «Je me souviens», c’est exactement ça! Nous sommes ici en pays conquis et notre nationalisme n’en est pas un de fermeture mais bien d’émancipation. Il s’agit de retrouver la liberté qui nous a été volée et quiconque comprend les enjeux et souhaite mener la lutte à nos côtés est plus que bienvenu. Sa race, son ethnie, son pays d’origine, sa religion, sa langue maternelle, tout ça n’a aucune espèce d’importance à partir du moment où il embrasse l’idée de la nation québécoise et exprime le désir de combattre afin de l’amener à réaliser son plein potentiel, celui de s’incarner dans une république indépendante.

Notre combat est le même que celui de Gandhi qui s’est battu pour libérer l’Inde de la domination britannique. Le même aussi que celui des Algériens qui avec le FLN et l’ALN ont vaincu la France colonialiste. Le même encore que celui de Hô Chi Minh qui a repris le contrôle du Viêt-Nam des mains des français. Nous sommes Écossais, nous sommes Catalans, nous sommes Palestiniens, nous sommes Basques. Notre combat est le même que celui de tant de peuples qui ont refusé de voir leur pays être dirigé par une autre nation que la leur. Tous ces peuples étaient-ils fascistes? Bien sûr que non! Ils ont simplement préféré la liberté à l’asservissement.

Il y a eu, dans notre histoire, des moments où la nation québécoise s’est affirmée avec véhémence et a presque réussi à briser le carcan qui la retenait dans cette position étouffante. À chaque fois, ce fut un rendez-vous manqué. À nous de relancer le mouvement afin d’entraîner la nation vers un nouveau point de bascule. Et pour arriver à nos fins, nous aurons besoin du plus grand nombre. L’exclusion n’est pas une option.

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2 Comments

  1. « Ce qui s’est passé ici suite à la Conquête de 1759 n’est ni plus ni moins que l’histoire d’un territoire occupé. Il faut raconter cette histoire. Ne jamais l’oublier. » Dans mon cas, si J’avais attendu ça, j’aurais continué à rester analphabête!

  2. Quitte à vous surprendre, Chuck Guitté, le porte-parole fédéral, exprimait la vérité et la perception d’Ottawa, lorsqu’il parlait des commandites, lors de la commission Gomery en 2004: « Nous étions en guerre! ».

    Ottawa et les anglais Orangistes ont toujours été en guerre contre la nation Québécoise!

    1. En 1970, la crise (sic) d’octobre, Trudeau envoie l’armée au Québec pour terroriser la population ;
    2. En 1940, la crise de la conscription, Camillien Houde, maire de Montréal, est interné dans un camp de concentration en Ontario ;
    3. En 1917, la crise de la conscription, 1er avril 1918 à Québec où l’armée canadienne a ouvert le feu sur ses propres citoyens et tuée quatre personnes dans la foule et fait plus de 70 blessés ;
    4. En 1900-1920, lors de l’élimination des droits des francophones en Ontario, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, etc.…
    5. Entre 1870 et 1930, l’exil de millions de Québécois aux États-Unis (13 millions en 1980);
    6. En 1885, massacre des Métis francophones et la pendaison de leur chef Louis Riel;
    7. En 1837-38, oppression et exécution des Patriotes;
    8. En 1759-1800, lors de l’occupation militaire;
    9. En 1759, avant et lors de la prise de Québec, Wolf à fait éliminer plus de 30% de la population du Québec (incluant les Autochtones), en plus des violes et des pillages;
    10. En 1755-1763, génocide et déportation des Acadiens.

    Québec – Je me Souviens… Nous Vaincrons !
    http://www.youtube.com/watch?v=nWy1WzGI0wo
    La Nation Québécoise

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