Sur la glace mince de l’histoire

Je suis d’un peuple qui marche

à petits pas prudents

sur la glace mince de l’histoire.

Je suis fils d’un fleuve à la force fragile,

fils d’un érable à l’écorce en frasil.

Je suis d’un peuple en jachère,

un peuple qui composte ses espérances

au grenier d’une grange déglinguée

en aérant la mémoire de sa fierté

à coups de fourche et de fatigue.

Je suis d’un peuple de défricheurs

et de laboureurs,

fils d’un champ de roches

et d’une souche déracinée.

Je suis d’un peuple en dormance,

ensemencé d’algues et de verglas,

folklorisé dans la glaise et dans l’argile,

un peuple à la foi fossilisée

dans les sédiments d’une révolution avortée.

Je suis le fils mort-né d’un redoux amer.

Je suis d’un peuple barouetté,

éparpillé dans la grisaille tragique de l’effacement,

un peuple harnaché,

un peuple tout en lichen et en varech,

fils d’un panache

coincé dans les roches d’un torrent,

fils d’une chanson chuchotée à la hache.

Je suis d’un peuple en sueur

dans la grêle et les frissons,

un peuple à l’affût des bourgeons.

Je suis d’un peuple aux rêves larvés,

à la démarche hésitante

et aux lendemains brumeux.

Je suis fils d’une gueule de bois

et d’un pied mariton.

Je suis d’un peuple en quête d’un rivage,

des marées sous la langue

et du sel plein les paupières.

Je suis d’un peuple.

Je suis

d’un peuple…