Stephen Harper : bilan d’une dictature en Canada

«L’ignorance et la bêtise du peuple font la force du dictateur.»
– Jdan Noritiov

 

À l’aube de la période électorale la plus longue dans l’histoire du Canada (78 jours) – peut-être la dernière pour le Québec dans le carcan fédéral – il est temps de dresser un bilan d’une législature non seulement décevante et humiliante, mais surtout très controversée à plusieurs égards. Depuis son élection avec le Parti conservateur du Canada en janvier 2006, Stephen Harper ridiculise et ternit sans cesse l’image du Québec et du Canada français à l’échelle planétaire.

En plus d’accumuler les prix fossiles lors des conventions internationales sur l’environnement et l’avenir de notre unique planète, d’avoir qualifié en 2002 le protocole de Kyoto de « complot socialiste » et de nous avoir retiré de cet engagement mondial sans notre consentement (décembre 2011) alors que le Québec atteint ses cibles, d’avoir privilégié à coups de milliards l’industrie de l’automobile (principalement en Ontario) au détriment du secteur forestier (majoritairement au Québec) qui n’a reçu que quelques millions, sans parler du 1,4 milliard d’exemptions d’impôts aux richissimes pétrolières malgré 31 milliards de profits, Stephen Harper est un cancre de la véritable démocratie et manque totalement de vision à long terme.

Habituellement, le rôle du pouvoir est d’augmenter les libertés individuelles et de favoriser la paix mondiale tout en permettant de diminuer l’écart entre les riches et les pauvres. Or, le gouvernement fédéral du Canada a notamment refusé de multiples subventions essentielles à des organismes sociaux à but non lucratif et/ou scientifiques du Québec : en 2011, 43 000$ pour l’Action Terroriste Socialement Acceptable (ATSA) qui en avait de besoin pour nourrir et loger des sans-abris à Montréal alors que Harper gaspillait deux millions pour construire un lac artificiel afin d’impressionner ses ti-namis du G8… Une somme qui aurait également pu servir à renouveler adéquatement le mandat de l’observatoire du Mont Mégantic pour plusieurs années.

De plus, il est également évident que tous les francophones du Canada et les chercheurs en sciences sociales de partout au pays seront pénalisés assez longtemps du refus médiocre de retourner au recensement obligatoire.

Désormais, le Canada est reconnu et dénoncé par diverses agences onusiennes pour ses exactions envers les autochtones (refusant entre autres de reconnaître le « génocide culturel » des pensionnats autochtones du fédéral ainsi que la création d’une commission d’enquête sur les quelques 1200 femmes amérindiennes disparues ou assassinées), les sans-abris ou bien encore les autres minorités culturelles. [1]  Sérieusement, il faut se méfier d’un homme qui a pris soin en novembre 2010 de rencontrer le Bonhomme Carnaval avant le maire Régis Labeaume! Ça sent l’histoire du gars qui ne tient pas ses promesses et qui fuit ses responsabilités, préférant vivre dans un monde fantaisiste.

Les faits prouvent mes dires. Non seulement Harper a fait « poireauter » le Québec dans le dossier des 2,3 milliards promis pour l’harmonisation de la taxe de vente, mais on attend toujours le règlement à propos des terrains de l’Assemblée nationale du Québec, seule province ne possédant pas les terres de son assemblée législative.

En réalité, chaque jour qui passe depuis l’élection en janvier 2006 de Stephen Harper, au poste de premier ministre du Canada, nous donne des raisons supplémentaires pour faire du Québec un pays entièrement indépendant. Alors que certains observateurs croyaient que Harper avait sauvé l’unité canadienne – notamment dans l’excellent documentaire « Les États-Désunis du Canada » (2012) – nous constatons plutôt sans étonnement que le gouvernement conservateur a profondément élargi le fossé voire l’abîme séparant à tout jamais les « deux solitudes » du Canada.

Que ce soit l’incompétence totale des dirigeants de Transport Canada et des entreprises ferroviaires canadiennes dans le dossier de la catastrophe de Lac-Mégantic (juillet 2013), l’inaction du gouvernement fédéral lors des inondations du Richelieu (mai 2011), l’intention d’abolir la commission canadienne du blé (alors que 40 à 45% de l’économie agricole québécoise est dans la gestion de l’offre), le désir d’implanter une réforme de l’assurance-emploi au désavantage principalement du Québec et des Maritimes, la place ridicule laissée au français dans les grands évènements ou les festivités de l’État fédéral (Jeux de Vancouver à l’hiver 2010) et le dénigrement du bilinguisme obligatoire pour les plus hautes fonctions du pays canadian, l’abolition controversée du registre des armes à feu (avril 2012) dont le Québec attend toujours les données qui lui appartiennent, le remplacement du programme de la Fondation canadienne des bourses du millénaire par des prêts étudiants (janvier 2010), le retrait aussi controversé des peintures d’Alfred Pellan au profit d’un tableau de la reine d’Angleterre (juillet 2011), l’adoption d’une motion vide et insignifiante pour reconnaître la «nation québécoise» (27 novembre 2006), la volonté de commémorer voire célébrer à outrance sur nos terres la «victoire» anglaise sur les Français (1759-2009), l’augmentation des mesures pénitentiaires et répressives pour les jeunes contrevenants, la réforme urgente mais avortée du Sénat canadien (qui coûte 100 millions d’argent public chaque année pour des gens non élus, mais nommés par le parti au pouvoir), le scandale du péage imposé sur le nouveau pont Champlain à Montréal, le remplacement du prix Thérèse-Casgrain par un hommage au Premier ministre Harper, les coupures honteuses chez Poste Canada (décembre 2013), puis la volonté crasse de criminaliser davantage la prostitution (les clients dit-on) et le cannabis [2] au lieu de les encadrer – de toute façon, des lois ne feront jamais disparaître ni l’usage récréatif des drogues ni la vente de services sexuels.

Rajoutons à cette liste exécrable des perversités du système fédéral et des mauvaises actions de Stephen «Heil» Harper le désir du premier ministre du Canada d’aller de l’avant avec la Commission nationale des valeurs mobilières malgré le refus unanime du Québec, la répression violente des manifestants du G8 à Toronto (juin 2010), la défense de l’exploitation du pétrole sale et polluant dans les sables bitumineux jusqu’au projet de forages exploratoires par TransCanada à Cacouna en passant par le soutien accru au développement de pipelines qui défendent le modèle économique actuel mais désuet basé sur la dépendance à l’or noir, l’exclusion du Canada du Conseil de sécurité (soit le plus puissant organe de l’ONU, octobre 2010), le désir de Stephen Harper de donner plus de poids aux juges de la Cour suprême plutôt qu’aux élus du peuple, l’abandon de l’obligation de remplir le recensement de Statistique Canada, le refus de créer une commission nationale d’enquête sur la situation précaire des Amérindiens, le laisser-faire qui permet à ADM de détruire l’aérogare de Mirabel (le fédéral serait propriétaire de l’endroit), le financement accru et sans précédant des activités militaires au détriment de la science, des recherches en environnement et dans les énergies vertes, tout en effectuant de nombreuses coupures dans les milieux communautaires et coopératifs, dans les subventions aux artistes (promotion outre-mer, bourses de soutient) ou encore dans les institutions culturelles comme la société d’État Radio-Canada/CBC. Alouette!

Déjà que monsieur le dictateur en puissance est réputé pour contrôler l’information remise aux médias par ses députés et refuser trop souvent l’accès des journalistes à certains rapports, pour avoir nommé une unilingue anglophone, Bev Oda, au poste de Ministre du Patrimoine, pour avoir refusé de participer à certains débats lors de la présente campagne électorale et j’en passe tellement, comme le dossier de la guerre impérialiste en Afghanistan, les deux prorogations des travaux parlementaires, la fermeture de bibliothèques du ministère des Pêches et Océans et la destruction d’ouvrages scientifiques (janvier 2014), le musellement des fonctionnaires et des scientifiques canadiens, la hausse progressive du chômage, les 38 nominations partisanes au Sénat entre 2006 et 2011, l’ignoble projet de loi sur le terrorisme dénoncé récemment par l’ONU, la militarisation de l’espace ainsi que du grand nord canadien et cet appui fidèle et inconditionnel aux agressions massives de l’État d’Israël sur le peuple palestinien (juillet 2014).

À cela s’ajoute notamment les 45 millions de coupes en 2008 dans la culture dont un programme important (PromArt) pour la promotion culturelle des artistes canadiens à l’étranger, cinq millions de moins dans le programme Condition féminine du Canada ainsi que les coupes dans la sécurité frontalière, l’inspection des aliments et les services aux anciens combattants. À ce sujet, soulignons au passage l’excellente campagne publicitaire de la fonction publique du Canada qui dénonce dans un vidéo époustouflant la désuétude des politiques de Harper : http://stopponslhemorragie.ca/

Par contre, il est assez étrange que malgré toutes ces coupures dans les services aux citoyens, la dette du Canada a augmenté entre 2006 et 2011 de 45,6 milliards! Ah oui, j’oubliais… Pendant ce temps, monsieur « Art-Peur » multipliait les contrats d’achats militaires : par exemple 28 hélicoptères inutiles pour 11 milliards (2 fois plus que prévu à cause de failles dans le processus d’achat) et 16 milliards pour des avions de chasse (sans appels d’offres). Saviez-vous que l’armée accapare le quart du budget de la publicité fédérale canadienne ? (notamment plusieurs millions en recrutement). En fait, le budget du ministère de la Défense est le seul qui a bénéficié d’une hausse de 1% annuellement et ce, sans aucune raison valable, augmentant ainsi de 6,6 milliards annuellement en cinq ans. La Défense disposait donc d’un budget total de 20,6 milliards en 2010… pour un total de 48 milliards en seulement cinq ans (2006-2011). Pourtant, si on veut être logique, l’heure est à la pacification, non à la militarisation!!!

Mais non, Harper préfère – en notre nom – appuyer inconditionnellement Israël (notamment l’attaque israélienne de 2006 sur le Liban ayant fait 1140 mort et 3600 blessés en prenant clairement parti contre le Hezbollah. Durant cette guerre, Israël a utilisé des armes prohibées par des traités internationaux auxquels le Canada avait pourtant adhéré!) et planifier une stratégie militaire offensive contre l’État islamique, un groupuscule terroriste loin de menacer la réalité canadienne, sans le consentement des députés de la Chambre des communes d’Ottawa, et encore moins avoir sondé l’opinion publique. Finalement, le détournement des actions isolées de quelques « loups solitaires » laisse dubitatif quant à la promotion de la peur au sein des foyers canadiens par le gouvernement conservateur.

***

En mars 2008, CBC avait diffusé une version écourtée de 44 minutes du gala Panthéon, qui avait duré trois heures. Dans le montage, toutes les présentations d’artistes francophones avaient été coupées, alors que l’événement honorait entre autre la carrière de Claude Dubois, rejetant ainsi toute participation francophone aux concours annoncés.[3] La présence folklorique de la langue française aux cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010 avait également démontré l’insensibilité du Premier ministre Harper à l’égard du français, pourtant seconde langue officielle du pays depuis la loi de 1969. Le Commissaire aux langues officielles vient d’ailleurs tout juste de dénoncer qu’Élections Canada n’est pas assez bilingue! Et cela, sans parler de l’unilinguisme de la majorité des juges de la Cour suprême…

Est-ce qu’une personne peut m’expliquer clairement pourquoi désire-t-on encore faire parti d’un pays – qui en réalité n’est pas le nôtre étant donné que nous n’avons jamais signé sa constitution – qui tente de son plein gré d’exclure le fait français le plus possible de ses manifestations culturelles et de ses institutions politiques ?

L’adoption opportuniste en novembre 2006 d’une motion sur l’existence de la nation québécoise dans un Canada uni, préalablement présentée par le Bloc Québécois mais récupérée et trafiquée par Harper, est une autre preuve que tout ce que le Québec peut attendre du Canada sont des mesures symboliques, donc sans réelles conséquences.

Déjà que le parti au pouvoir – conservateur-monarchiste – n’a que cinq sièges sur 75 au Québec, cela démontre la capacité du gouvernement fédéral canadien, pour la première fois depuis le pacte confédératif de 1867, de gouverner sans nous. Le Québec n’est plus la balance du pouvoir. D’ailleurs, cette géopolitique est loin de s’évanouir considérant que la grande majorité des nouveaux sièges ajoutés à la Chambre des communes ne seront pas chez-nous : sur les trente nouvelles circonscriptions à l’élection de l’automne 2015, seulement trois seront au Québec. Le projet d’une «union efficace» est désormais impossible, car tout ce qui nous liait encore psychologiquement ou économiquement au Canada vient d’être anéanti en moins d’une décennie par le Parti Conservateur du Canada de Stephen Harper, aussi charismatique qu’une boîte de céréales non sucrées.

Bref, une autre majorité conservatrice serait la pire avenue non seulement pour le Québec, mais pour tous les Canadiens eux-mêmes! Les alternatives ne sont guère envisageables vu l’incohérence et de la politique-spectacle de « Just’un Troud’eau », chef du Parti Libéral Corrompu (PLC) qui rayonne grâce à l’ombre de son père (tel que Bush fils) dont le passé dans l’histoire québécoise est loin d’être glorieuse, et de Thomas Mulcair, chef d’un parti pseudo-socialiste mais ultra-fédéraliste et centralisateur. Grand démocrate, et prince dans l’art de parler des deux côtés de la bouche selon la langue, particulièrement dans le dossier de l’oléoduc, Mulcair vient d’ailleurs d’affirmer qu’il ne participerait pas aux grands débats sans Harper. Non seulement Mulcair a fait campagne contre le OUI lors des deux référendums québécois, mais il fut également avocat pour contrer la loi 101 !… Je me souviens de quoi déjà ?

Quoique l’important est bien d’aller voter tout court, je voterai pour ma part avec joie mais surtout avec conviction pour le Bloc Québécois, afin de défendre en priorité nos valeurs et les intérêts de la nation canadienne-française, plus particulièrement les gens du Québec. « Le Québec d’abord, le Québec tout le temps », clament-ils par leur slogan.

«Le Bloc Québécois est une force d’opposition précieuse et sans autre préoccupation que celle d’avoir à défendre le Québec. (…) Il représente le Québec et peut le défendre comme nul autre parti ne le ferait. Les libéraux, les conservateurs, à l’égard du Québec se trouvent toujours placés sur une pente qui les fait pencher vers le reste du Canada. Le Bloc Québécois est à l’épreuve d’un tel glissement.» – Pierre Vadeboncoeur, Le Devoir, 18 octobre 2007.

À l’heure où les chicanes de partisanerie éclatent dans le camp souverainiste québécois – à savoir s’il faut appuyer le NPD (gauche fédéraliste et centralisatrise) ou le Bloc Québécois (centre-gauche nationaliste indépendantiste) – et nous aurons encore plus de 75 jours pour en débattre, néanmoins réunissons-nous sur ce qui nous rassemble et fait notre force car, au final, on pourra tous s’entendre au moins sur une chose…

!Pourquoi voter conservateur

[1] La Presse, 24 août 2008, Mario Roy.

[2] Rappelons que la marijuana est une herbe thérapeutique utilisée dans la médecine chinoise depuis des millénaires. Des études récentes démontrent que l’huile de cannabis peut détruire les cellules cancéreuses!

[3] La Presse, 10 septembre 2008, cahier Arts et Spectacles.

Fermeture des bibliothèques : http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2014/01/20140110-132021.html



Originaire de Cacouna dans le Bas-St-Laurent au Québec (Canada français), Jean-François Veilleux est multi-instrumentiste (batterie, chant, percussions). Diplômé au collégial en Arts et Lettres à Rivière-du-Loup (2003) et en Musique professionnelle et chansons populaires à Drummondville (2008), il est aussi détenteur d'une maîtrise en philosophie sur l'esthétique métal à l'Université du Québec à Trois-Rivières (2015). Auteur, il est aussi professeur d’'histoire du Québec à l'Université du Troisième Âge. Selon lui, la vie doit être vécue intensément, sans jamais en perdre une seule respiration! Ayant obtenu sa maîtrise de philosophie avec un mémoire dirigé par Claude Thérien, intitulé « Dionysisme et catharsis dans l’esthétique du concert métal, apogée du moment musical » (disponible en ligne : depot-e.uqtr.ca/7730/), il continue présentement ses études universitaires au doctorat en études québécoise afin de cerner l'intention artistique derrière la musique et les mystères de la puissance sonore. Sous la direction du professeur Laurent Turcot, ses recherches actuelles portent sur l'histoire des festivals de musique au Québec depuis les années 1950 et notre rapport au corps dans ces rassemblements festifs. Il est très engagé dans sa communauté étudiante et en dehors du campus universitaire. Actif à la SSJB-Mauricie depuis son arrivée à Trois-Rivières à l’été 2008, il collabore à diverses publications en plus d'être un musicien accompli. Il a été chroniqueur politique de janvier 2009 à mai 2017 dans le journal universitaire de l’UQTR, le Zone Campus, puis rédige depuis 2015 la chronique mensuelle d'histoire dans la Gazette de la Mauricie. En plus d’être étudiant-chercheur à la chaire de recherche du Canada en histoire des loisirs et des divertissements, dirigée par Laurent Turcot, il est membre affilié au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ-UQTR), au laboratoire de recherche sur les publics de la culture du département de littérature et de communication sociale, ainsi qu’au laboratoire de recherche en esthétique du département de philosophie et des arts. Au printemps 2015, il a publié son premier ouvrage aux Éditions du Québécois, intitulé "Les Patriotes de 1837-38 en Mauricie et au Centre-du-Québec : l'influence des patriotes réformistes à Trois-Rivières et aux environs lors des rébellions au Bas-Canada." (292 p). Par ses divers écrits, il désire communiquer son amour pour son pays qu’est le Québec.