Qu’est-ce que le scandale Oxygène 9?

Avec la candidature de David Heurtel dans la circonscription de Viau pour le PLQ lors de l’élection partielle qui aura lieu le 9 décembre prochain, il est fort pertinent de faire un retour en arrière et d’expliquer aux citoyens de quoi il est exactement question avec cette histoire.  Pourquoi ?  Tout simplement parce que David Heurtel était au cœur du scandale Oxygène 9.  Pour y faire quoi exactement ?, bien difficile à dire car Bernard Landry a, à l’époque, refusé de mettre sur pied une commission d’enquête pour faire la lumière sur ce scandale de collusion nébuleux ; il est ici question, ni plus ni moins, que du petit scandale des commandites québécois, la propagande politique en moins.

L’affaire débute à la fin des années 1990.  Gilbert Rozon, le grand patron du Festival Juste pour rire, va à la rencontre du ministre des Finances de l’époque, Bernard Landry, pour le convaincre de faciliter la tâche aux organisateurs de grands événements au Québec lorsque vient le temps de recueillir du financement public dont ils ont cruellement besoin. À cause d’une nouvelle loi contre le tabac, les grands événements venaient de perdre les commandites des compagnies de cigarettes, et ils étaient inquiets. La proposition de Rozon ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd.  M. Landry et son équipe se mirent dès lors à la tâche et ils commencèrent à mettre sur pied un plan qui prendra ultimement la forme de la Société des événements majeurs internationaux du Québec (SEMIQ).  Cette société obtiendra quelques années plus tard un financement de 30 millions$ soustrait à l’examen de l’Assemblée nationale.

À la tête du bureau de M. Landry, à l’époque de la visite de M. Rozon dans les officines péquistes, l’on retrouvait Raymond Bréard.  Investi de ces fonctions, Bréard participera, de près ou de loin (l’histoire n’est pas très claire à ce sujet), au développement du programme qui sera la SEMIQ.  Il démissionnera quelques mois après la visite de Rozon du cabinet Landry pour représenter des clients auprès du gouvernement en tant que directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), regroupement qui travaillait de concert avec la SEMIQ afin d’obtenir des fonds.  La firme Oxygène 9, elle, flaira la bonne affaire.  Fondée par le même Raymond Bréard (et André Desroches), elle savait ce qui s’en venait et se colla sur la SEMIQ et le REMI pour faire des affaires…pas toujours dans les normes, il va sans dire ! Le 19 avril 1999, les membres du REMI (dirigé par Bréard) s’entendirent pour accorder une ristourne automatique de 1,5% à Oxygène 9 (la firme du même monsieur Bréard), peu importe le travail véritablement accompli. Ce qui était pour le moins discutable puisque tout cela allait à l’encontre des grands principes éthiques en matière de gestion des fonds publics. 

Pour le péquiste Raymond Bréard , toute cette affaire se voulut fort lucrative.  Elle remplit son portefeuille de quelque 200 000 nouveaux dollars ! C’est ce qu’il reçut en vendant ses actions d’Oxygène 9 en 2001, actions qui avaient bien profité de toutes les ristournes obtenues dans le cadre des opérations de la SEMIQ. Lorsque M. Bérard empocha tout cet argent, il était directeur général du ….PQ. 

Pour Oxygène 9, l’affaire ne fut pas moins rentable,  La firme, qui ne servait que d’intermédiaire entre le gouvernement et les organisateurs, ne faisait que faire passer un chèque d’une main à l’autre, faut-il le répéter ?, encaissa quelque 400 000$ en commissions automatiques, et ce, en seulement 3 ans.

À la lecture des journaux de l’époque, on voit que les ministres étaient bien au fait du stratagème imaginé derrière des portes closes.  On apprit même que le ministre et président du conseil du Trésor, Sylvain Simard, s’était fait prendre à conseiller des gens désireux d’obtenir du financement public auprès du gouvernement de procéder par l’entremise de la firme-amie du régime, soit Oxygène 9.  Sans aucune gêne, comme si les gens devaient obligatoirement passer par une firme de lobbying afin de traiter avec le gouvernement !  Cela avait bien sûr ajouté une couche au scandale qui se voulait déjà énorme et qui contribuera à la défaite du gouvernement Landry en avril 2003.

L’on doit dire que la démarche de Gilbert Rozon aura finalement été rentable pour le Festival juste pour rire.  De fait, ce festival recevra quelques millions$ par l’entremise de la SEMIQ et du REMI.  Il est vrai que le REMI était dirigé par l’ex-premier ministre péquiste Pierre Marc Johnson et ami de Gilbert Rozon ; Johnson était en plus l’un des dirigeants dudit Festival juste pour rire ! Johnson se défendra de s’être ainsi retrouvé en conflit d’intérêts en affirmant :  « nous sommes régis par un code de déontologie et, comme dans toute bonne démocratie qui se respecte, tout est fait en transparence. » (L’Aut’Journal, no. 188, avril 2000)

En 2001 et en 2002, le scandale Oxygène 9 battait son plein dans les médias du Québec.  Denis Lessard de La Presse démontra que des membres éminents du gouvernement de Bernard Landry (il est devenu premier ministre en mars 2001) entretenaient des relations privilégiées avec André Desroches, le patron de la firme Oxygène 9.  Des fêtes de Noël entre ministres et employés d’Oxygène 9 aux cocktails entre le patron de la Société générale de financement, Claude Blanchet, et des gens de la firme, aux voyages réalisés au Mexique par le ministre Gilles Baril en compagnie du lobbyiste Desroches lui-même qui avait pour mission d’influencer le gouvernement, tout contribuait à l’écroulement du régime péquiste.  À un point tel que le ministre Gilles Baril démissionnera en pleurs et que Raymond Bréard sera quant à lui « démissionné » par Pauline Marois et les autres ministres qui avaient retiré leur confiance à l’homme fort de Bernard Landry.

Constatant l’ampleur de la crise, le vérificateur général du Québec, Guy Breton, avait dénoncé la formule retenue par les péquistes parce qu’elle n’avait rien prévu afin d’éviter que les organismes ne gonflent les factures refilées à Oxygène 9 et à la SEMIQ, de façon à ce que la firme de lobbying obtienne une somme plus importante.  Le vérificateur condamnait également le manque de transparence de toute cette opération.   Cela avait ébranlé fortement le gouvernement péquiste.

Pour gérer la crise, le gouvernement Landry n’eut d’autre choix que d’admettre ses torts.  Il le fit en adoptant une loi encadrant les activités de lobbying afin qu’une telle proximité entre les membres d’un gouvernement du Québec et des firmes de lobbying ne soit plus possible dans le futur.

Et David Heurtel dans tout ça ?

À cette époque, celui-ci était directeur général du SEMIQ.  C’est lui qui permettait à ce que l’argent sorte des coffres de la SEMIQ.  Il abandonnera ses fonctions à la SEMIQ en 2000.  En 2001, il sera engagé par le cabinet Landry où il agira à titre d’attaché politique… Il a aussi travaillé pour Juste pour rire avant et après le scandale Oxygène 9.  Aujourd’hui, M. Heurtel doit nous dire ce qu’il savait exactement à propos du stratagème Oxygène 9.  En tant que directeur-général de la SEMIQ et en tant que proche du Festival juste pour rire, il devait être au courant de quelque chose.  Et dire qu’il n’a rien vu ni entendu ne nous convaincra pas du tout. Il doit répondre clairement aux questions et faire la lumière sur son rôle dans cette affaire.

 

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Voici quelques déclarations formulées par les nouveaux amis libéraux de M. Heurtel au sujet de ce scandale.  Il sera comique de regarder la face qu’ils feront, eux tous ensemble du même côté de la barricade, lorsque ce sujet reviendra sur la table dans les années à venir, question de défendre la pseudo intégrité libérale contre les attaques péquistes…

 

« L’affaire Oxygène 9 a commencé lorsqu’on a appris que les compagnies étaient obligées de payer un lobbyiste pour avoir accès au gouvernement. Ce qu’on apprend aujourd’hui, c’est que le gouvernement paie le même lobbyiste pour avoir accès aux compagnies. » – Thomas Mulcair, alors député libéral de Chomedey

 

«Lorsqu’il y a eu le scandale du Parti québécois dans le dossier d’Oxygène 9, on avait réclamé une enquête publique parce que c’est une affaire qui est très similaire au scandale des commandites. » – Jean Charest

 

« Cette subvention de 30 millions, c’est un scandale. C’est de l’argent versé par-dessus le ministère de la Culture, hors normes. Les fonds sont gérés par un conseil d’administration formé de gens impliqués dans les événements subventionnés. Ça, je trouve ça très spécial. Ils sont parties prenantes. C’est incongru, inacceptable dans la gestion de l’administration publique et très difficile à expliquer. » – Liza Frulla