Pour en finir avec la sacro-sainte Charte!

Le système étant basé sur la soumission des peuples au capitalisme sauvage, qui règne en roi et maître en Amérique du Nord et qui nourrit principalement les poches de l’élite contrôlant l’engrenage dudit système, forcément une des colonnes principales, c’est l’économie : celle des banques pour être plus précis. L’autre colonne, étant à la merci de cette économie de la haine des bien-pensants de Bay-Street ou même de Wall-Street, qui corrompt les représentants de l’État (devenu une entité supérieure au peuple), c’est la politique, qui a gardé la même emprise que lorsque qu’elle avait l’Église à son flanc. Mais l’État a tassé les représentants de Dieu, et est devenu le nouveau Dieu. Ensuite, le troisième pilier de ce système, c’est tout ce qui concerne le système juridique et légal, les règles qui régissent nos comportements en ce pays et qui sont les bases de notre esclavage au système. Le dernier et non le moindre : les médias de masse contrôlés par les mêmes grands bonzes de la finance canadienne et québécoise, ces derniers étant du même coup propriétaires des grands journaux, revues et programmes télévisés, destinés à nous soumettre par la désinformation ou par le divertissement. Oh, déception diront certains, je ne parle ni des méchants Anglais de l’ouest, ni des méchants islamistes, ni de la langue du conquérant, ni de la religion vs la laïcité. Ça y est, je les entends déjà, je suis un faux patriote.

Trêve de plaisanterie, la question du mois : est-ce que je suis pour une Charte de la laïcité? La réponse est oui, parce que tant qu’il y aura des individus pour mettre à l’épreuve un système plus libre et moins balisé (parce que, faut-il se rappeler, où il y a l’homme, il y a nécessairement de l’hommerie), inévitablement au nom de la sécurité et de la cohésion sociale, ces représentants de la loi et l’ordre imposeront de nouvelles balises, qui vont malheureusement toucher même le confort et la liberté de ceux qui sont honnêtes, question d’être équitables et justes envers tous. Un mal nécessaire, dira-t-on.

Néanmoins, est-ce que je suis pour la Charte des valeurs québécoises du PQ? Non, et pour une raison très précise : elle est présentée dans un contexte politique incompatible, celle d’une province soumise à une foutue constitution qu’on n’a jamais signée mais qu’on a décidé de respecter, parce qu’aucun gouvernement n’est assez enthousiasmant pour proposer un projet de société basé sur un Québec-pays, ou assez courageux pour l’organiser et la concrétiser cette indépendance. Voilà pourquoi je dis que l’indépendance se fera par des révolutionnaires et non pas des nationaleux, encore moins les autonomistes déguisés du PQ. Car se contenter de rapatrier des nationalistes fédéralistes à la sauce Legault, seulement pour être au pouvoir, c’est la stratégie électoraliste d’un parti de pleutres comme le PQ qui n’a pas réellement envie de changer le système en profondeur, mais uniquement de le réformer minimalement pour gagner ses prochaines élections. Et si vous croyez que je divague sur les intentions du PQ, Bernard Drainville lui-même a dit à une émission de Bazzo qu’il avait régulièrement des messages de fédéralistes qui encourageaient cette Charte, et cela semble bien le contenter. Pourquoi identifier ce détail si ce n’était pas capital dans leur stratégie?

L’indépendance, c’est une révolution, ça ne peut pas être moins que cela, et ça ne peut certainement pas se réduire à une charte sur des valeurs ou une loi 101. Ce sont des mesures certes efficaces à court terme, mais ô combien inutiles si notre plan véritable n’est pas l’indépendance en bout de ligne. Voyez seulement comment la loi 101 a été charcutée par la Cour Suprême du pays voisin depuis son existence, et elle a été et est sans cesse ignorée et défiée par ceux qui n’en ont rien à foutre de notre langue commune. Pourquoi en serait-il autrement pour la Charte des valeurs québécoises? En vérité, je vous le dis, pour reprendre l’expression du p’tit Jésus, c’est de la poudre aux yeux, une stratégie clairement montée pour diviser le vote fédéraliste. Vous aller me dire, une stratégie machiavéliquement intéressante, si c’est le cas… Ouais, effectivement une excellente stratégie pour espérer avoir le pourcentage nécessaire pour un gouvernement majoritaire. Cependant, stratégie complètement inutile et même nuisible quant à moi pour réussir à se donner un pays. De plus, considérant que le PQ n’a jamais eu l’approche très facile avec les communautés ethniques, il va encore plus anéantir son peu de charme qu’il avait. La démission de Maria Mourani vient ajouter encore plus d’huile sur le feu, Bernard Landry a peut-être raison de s’inquiéter de cette perte. Mais bon, le Bloc est dû pour disparaître, Mourani aura donné le coup de pouce nécessaire. Le BQ est un parti anti-indépendantiste dans l’optique qu’il entretient l’espoir de défendre les intérêts du Québec dans un Canada uni, donc pas très loin de la philosophie PLC ou NPD. J’espère que Mourani se ralliera à un parti national du Québec et qu’elle militera encore pour l’indépendance, malgré cette gifle de Daniel Paillé.

Personnellement, je crois que créer une Charte avant d’être un pays, c’est procéder à l’envers. Quand on considère que lorsque le PQ est confronté à son inaction sur la question nationale, sur l’indépendance, sur les mesures sociales favorisant les moins nantis, sur des politiques de redevances décentes en rapport aux ressources naturelles exploitées, sur des mesures freinant l’entrée de nouveaux pipelines ou l’inversion du flux des anciens pipelines sur notre territoire, sur le gel des frais de scolarité dans une perspective de gratuité, l’invariable réponse qu’il rabat sans cesse à tout ça, c’est parce qu’il sont minoritaires, mais que lorsqu’il s’agit de nous renfoncer une Charte dans la gorge, tout d’un coup, ils auraient réussi à s’acheter une paire de couilles pour la défendre contre les partis d’opposition, ça me laisse pantois sur leur réelle volonté d’aller plus loin que l’autonomisme adéquiste pré-référendaire. Bien sûr, les partis d’opposition ont bien compris la stratégie, et au lieu de s’opposer en bloc à la Charte, ils veulent seulement la réformer. C’était plus facile pour le PQ de frapper son opposant quand il a les mains liées dans l’dos avant le combat. Par contre, la CAQ et le Parti libéral, ce sont des adversaires de 8ième de finale, le vrai combat est loin d’être entrepris, et le PQ risque de déclarer forfait avant la fin, parce que des couilles greffées, ça dégonfle vite apparemment.

Pendant qu’on discute de l’avenir du nationalisme, on laisse l’avenir de la Nation entre les mains de l’ennemi, l’ennemi qui détruit nos terres en les violant sans scrupules, sans notre permission à nous, ni le peuple québécois, ni le peuple autochtone. À qui va-t-on léguer la langue, la culture et les valeurs québécoises quand tout c’qu’il va nous rester de notre pays, c’est une grosse poubelle plein de cratères pis de suie, quand le poumon du Nord sera rendu comme celui d’un fumeur cancéreux, quand notre St-Laurent sera rendu une grosse mélasse chimique? Pourquoi devrait-on s’identifier fortement si c’est seulement pour mourir lentement tout de suite après? Il y a des priorités dans la vie d’un peuple, faut savoir les identifier. Il y a des colonnes à ébranler dans ce foutu système, faut savoir les identifier aussi. Lorsque nous aurons fait reculer le système colonial canadien et son économie destructrice, alors nous serons vraiment indépendants et prêt à agir pour construire une nouvelle république à notre image.