PKP et les enfants du Québec

Il s’en est dit des niaiseries sur le départ de PKP. J’ai pensé y mettre mon grain de sel, et puis-je vraiment être plus tarte que disons… Michel C. Auger? Voilà.
Avant de commencer, je voudrais juste mettre ici les pires idioties que j’ai entendues à ce sujet, l’une d’elle vient de Vincent Marissal, à vous de trouver laquelle.
1-La vraie raison du départ de PKP c’est à cause du retour des Nordiques.
2-Il quitterait le PQ pour briguer la chefferie des Conservateurs.
3-Il se serait usé les genoux à ne pas vouloir jouer selon les règles dans ses relations avec les journalistes.

Premièrement, j’avoue que moi aussi, ça m’a pris par surprise hier en début d’après-midi. De l’incompréhension. Encore l’argument de la famille… Peut-être un peu de colère? Non, mais disons qu’il fallait y réfléchir. À l’époque j’avais été dur envers Jean-Martin Aussant, lorsqu’il a quitté ON. Je n’avais certes pas attaqué le fait qu’il veuille s’occuper de ses enfants, mais j’avais dit ceci :

«  Au Québec, des gens ont consacré leur vie à ce combat pour la libération nationale. Certains sont morts, d’autres sont allés en prison, certains ont payé de leur personne toute leur vie. Avaient-ils des familles à s’occuper eux-aussi? Sont-ils de mauvais parents? (…) Tant mieux s’il s’en occupe de ses enfants. Ce n’est pas ce que je critique. Je dis simplement qu’avoir une famille n’est pas une excuse pour se défiler lorsque la mer devient mouvementée »

Et puis Aussant m’avait répliqué, nous étions à couteaux tirés si on peut dire. Finalement, lors des funérailles de Parizeau, je lui ai parlé, non pas pour m’excuser, parce que ce que j’avais dit à l’époque, je l’ai dit en toute bonne foi et je crois encore que c’était la bonne chose à faire, mais pour « enterrer la hache de guerre » et le féliciter pour son discours.

Alors ici, avec Péladeau, je pense exactement la même chose : une famille n’est pas une excuse pour se défiler. Simplement, je crois qu’on doit pousser un peu plus loin la réflexion, tenter de comprendre et s’organiser pour l’avenir.

D’abord, j’ai l’impression que Péladeau étant alors dans un processus de médiation avec Julie Snyder, ils ne se parlent que par avocats interposés, et je m’imagine ( je peux très bien être dans le champ) qu’en voyant Julie à TLMEP, il a réalisé quelque chose. En connaissant Julie depuis de nombreuses années, il a vu que quelque chose n’allait pas lors de cette émission. Ce n’est vraiment pas mon genre de faire dans le « personnel » comme ça, mais je crois que c’est incontournable pour saisir la suite. Il faut donc prendre en considération le fait que PKP vient d’une famille dysfonctionnelle : son père absent, sa mère s’est suicidée alors qu’il n’avait que 14 ans, il doit donc beaucoup à sa famille « adoptive ». C’est certain qu’en voyant Julie comme ça à la tv, il a dû être frappé par quelque chose : ses enfants ne doivent pas vivre ce qu’il a traversé. En gros, depuis qu’il a été élu chef du PQ, il a mangé beaucoup de marde, d’un peu partout, et il est toujours resté « fort » en apparence, il dégageait ça. Le voir au bord des larmes, quitter un rêve, pour un autre, c’est certain qu’il y eu quelque chose de profond qui a motivé ça, et surtout, on ne sait pas tout et on ne le saura peut-être jamais.

Ensuite, lorsque j’ai donné mon appui à PKP dans la course à la chefferie du PQ, j’avais soulevé cet élément : « L’establishment canadien ne lui pardonnera jamais […] Non seulement l’establishment canadien va tout faire, tous les coups bas inimaginables compris, pour affaiblir son entreprise et il sera victime de l’acharnement médiatique de la part de ses concurrents, dans un premier temps lors de la course à la chefferie du PQ, et dans un second temps, lors d’une élection ». Il ne faut pas sous-estimer la férocité de l’establishment canadien, ce sont des gens qu’on voit peu, très riches, très puissants, beaucoup plus que PKP et son empire. Ce sont des gens qui s’enrichissent de générations en générations, leur système est rodé et ils ont le bras long. Où je veux en venir? PKP s’est condamné un peu en prenant position et en se lançant ainsi pour le PQ. Il ne peut plus vraiment reculer.

Je vais le redire, tant mieux s’il s’occupe de ses enfants, c’est le rôle de n’importe quel parent. Mais il reste que les enfants du couple Péladeau-Snyder continueront à grandir dans une colonie. Il faut garder à l’esprit la phrase du discours de victoire de Parizeau : « Et, tous, nous voudrons et nous pourrons, dans quelques années, dire à un de nos enfants ou de nos petits enfants : Regarde, ce Québec renouvelé, plus responsable et plus juste, plus pacifique et plus prospère, j’ai contribué à le faire naître, j’en suis fier et je te le donne». Nous devons offrir ce Québec à tous ses enfants et pour ça, il faut y travailler. À partir de maintenant, j’ose croire que PKP pourra encore se rendre utile à la cause. Comment? En retournant à Québecor et mettant cette machine à contribution pour réaliser l’indépendance. Il faudrait que les médias de Québecor deviennent un outil de conscientisation, plutôt qu’un organe de presse qui encourage l’ignorance et l’abrutissement comme tous les autres Bell, Rogers, Radio-Canada, La Presse, etc. Vaste programme vous me direz. Oui, mais pourquoi pas. En plus, de son point de vue de chef, il a eu le temps de voir que ses propres médias étaient loin d’être ses alliés, et il y a une couple de chroniqueurs qui doivent essayer de se faire discrets à l’heure actuelle. « Oui mais la pluralité des opinions… ». Ben oui, belle formule creuse et naïve. La question qu’il faut se poser c’est : veux-tu gagner ou perdre? De l’autre bord, dans les médias de Bell, Rogers, Power Corp et Patrimoine Canada, penses-tu qu’ils se câlissent pas de la pluralité des opinions? Ils s’en servent comme d’une façade; un panel de trois débiles, ils mettront un ancien péquiste pas trop trop dangereux entre deux fédéralistes, ou un fédéraliste et un autonomiste, sans compter la fausse objectivité de l’animateur et du montage.

Il faut noter aussi le phénomène de party qui règne dans les cercles de pouvoir et les cercles médiatiques du ROC. Le départ de PKP consacre notre mort lente. Le berger est achevé, les moutons seront tondus. (Quel poète). Il fallait les entendre tous ces chacals… « Le messie de la dernière chance, bla, bla, bla ». Pitoyable. J’ai toujours dit que le concept de messie est particulièrement nocif. On ne peut pas s’appuyer sur une seule personne pour faire la job à notre place. Il faut un leadership, certes, mais poussé et pressé par le peuple.

Il faut arrêter cette pensée défaitiste. L’indépendance du Québec est une cause noble. Elle n’appartient pas à un chef ou à un parti, elle appartient au peuple. C’est à lui de faire pression sur les politiciens. On a besoin de tout le monde, les ouvriers, les artistes, les intellectuels, les pères et mères de famille, etc. Il faut tous ensemble travailler plus fort, lire, se cultiver, s’impliquer, faire sentir aux arrivistes, aux téteux de « postes » qui gangrènent le mouvement qu’ils sont assis sur des sièges éjectables. Il faut connaître nos ennemis, sortir de notre ignorance, de notre naïveté, de notre angélisme, de notre mollesse, de notre paresse. Le peuple québécois est un grand peuple, un peuple qui résiste depuis toujours et qui doit continuer de le faire. Inspirons-nous de d’autres grands peuples qui se sont libérés, qui se sont battus ou qui se battent encore à défaut de vaincre, les Irlandais, les Vietnamiens, les Algériens, les Basques, les Palestiniens, etc.

Je me rappelle qu’au lendemain du vol de 1995, étrangement, mon père n’était pas dévasté, il était plus convaincu que jamais… Une défaite? Non, une avancée, il manque 1% à aller chercher. D’un côté l’autre lavette, Bouchard, nous a tout de suite chié dans les bottes avec son estie de déficit zéro, et de l’autre, l’ennemi a mis en place une énorme machine de propagande basée autour de Patrimoine Canada, dans l’optique du « Plus jamais ». Ça s’appelait « les commandites ». C’est encore étonnant que le « Oui » tournent autour de 40% d’appuis favorables. Ceux qui sont fatigués, il n’ont qu’à aller se coucher. Les autres, ceux qui ont une fierté, doivent continuer de se battre. Ce n’est pas un « projet social » ou une campagne électorale, c’est la vie ou la mort d’un peuple dont il est question. La lutte pour la survie du Québec n’est pas une fois tous les quatre ans, ou le 24 juin, on sort nos drapeaux. Cette lutte se construit chaque jour, à travers chaque geste, chaque lecture, chaque mot, chaque choix de consommation. Nos ennemis ne sont pas le 60% qui pensent encore à voter « Non ». Là-dedans, il y a des gens de bonne foi, parfois ignorants, parfois qui ne s’intéressent tout simplement pas à politique, parfois désinformés, il y en a qui logiquement devraient embarquer dans le bateau, à nous de les y emmener. Notre ennemi, c’est le 1% de gens qui nous dominent, nous contrôlent, nous vendent, vendent nos ressources collectives, et leurs valets, ceux qui trahissent le peuple pour un « poste » de sous-fifre.

Chaque Québécois a un rôle à jouer, quelque soit son sexe, son origine, sa religion, son âge, son statut financier. Un jour, les traîtres ne pourront plus opérer en toute impunité comme c’est le cas présentement. Les ministres corrompus qui s’en tirent en beauté en criant « qu’ils ont peut-être manqué de jugement » mais qu’ils n’ont rien fait d’illégal, un jour, tout ça devra cesser.

« Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.

Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit. »

-Discours de Patrice Lumumba, lors de l’indépendance du Congo.


Jules Falardeau
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