Miron (et c’est suffisant)

Miron le gigueux. Miron le ruine-babineux. Miron l’amoureux. Miron le parleux québécois. Bien sûr Miron le poète. Mais surtout Miron l’engagé. En faveur du peuple d’ici.

Miron qui transpirait la beauté. Miron, les deux pieds bien ancrés dans sa réalité totalement assumée. En rien ringarde. Décidé à légender pour donner un futur aux siens. Miron souffrant avec tous les autres, certes. Mais un Miron agissant. Tout plein d’espoir. Qu’on nous garoche par la tête. Et nous les écorchés qui en redemandons. Encore. Et encore. Pour espérer tout comme lui.

C’est ce Miron magnifique que nous présente Simon Beaulieu dans son documentaire qui a été diffusé dimanche dernier à Télé-Québec (Miron: un homme revenu d’en dehors du monde). Un Miron auquel il a eu la brillante idée de redonner totalement la parole. Pour ne pas jaser de lui, à sa place; forcément maladroitement. Mais afin de le laisser parler lui-même, à sa géniale façon. Le laisser s’exprimer à propos des gens d’ici et de son Québec qu’il espérait tant voir libre. Un jour, peut-être.

Quel document bouleversant que celui-là! Tellement émouvant! À la fin duquel j’étais totalement sans mot. Ne pouvant rien dire à propos de ce que j’avais ressenti au contact de cette oeuvre magnifique, de ce document-poème irradiant qui demeure bien de chez nous, malgré qu’il soit pleinement universel. La liberté et la dignité ne pouvant s’imaginer embarrées à l’intérieur de cloisons de quelque nature que ce soit.

C’est cette oeuvre poétique qui est splendide. Mais c’est le politique qui la berce qui est bouleversant, perturbant, blessant. Enfin pour cet espéreux d’autres mondes qui regarde ce passé mironien avec des yeux d’aujourd’hui. Ces yeux contemporains qui constatent ces amphithéâtres d’hier bondés de Québécois écoutant les mots du poète, de ces indépendantistes qui l’entourent, pour crier avec lui leur immense et urgent besoin de liberté. Leur volonté de briser les chaînes de l’asservissement qui attachent les humains ici comme ailleurs. De les voir rêver. Y croire même. Et puis. Et puis. Tout cet espoir qui s’abîme sur les écueils du monde laid d’ici bas; sur les défaites d’un peuple petit mais beau et à la parlure envoûtante; sur ces abattues qui s’enchaînent de référendum en référendum et qui usent jusqu’à la corde la joie de vivre. De s’imaginer les saligauds se riant des paroles du poète vaincu, mort-étouffé, les légendes prises en travers de la gorge.

Découvrir ensuite le vide incommensurable des amphithéâtres d’aujourd’hui. Du comment faire qui devient de plus en plus impossible quand tout le peuple est rentré chez lui. De la peine de ceux qui restent et qui rêvent en noir.

Les génies sont morts. Les rêves sont maganés. La misère nous est collective. Mais le besoin de liberté demeure tout aussi légitime aujourd’hui qu’hier. Sans que nous puissions rien y faire. Et moi sans mot devant mon écran, tout juste bon à verser de ces larmes séculaires qui nous appartiennent toutes, pour mieux méditer les paroles du poète: « tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid ».

Et cette maudite époque qui nous est glaciale…

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