Lettre à Stephen Harper

Monsieur Harper, habituellement quand nous écrivons une lettre à des gens, c’est que nous souhaitons qu’ils la lisent. Mais ici, je vais faire une exception à la règle en souhaitant que cette lettre soit lue par ceux qui ont voté pour vous ou qui s’apprêtent à le faire le 19 octobre prochain. J’aimerais les inciter fortement à ne pas voter pour votre réélection. Depuis que vous êtes à la tête du Canada, la perception internationale à notre égard a beaucoup changé, soit autant au niveau militaire qu’au niveau écologique. Le ton que vous utilisez porte une arrogance incompréhensible, mise à part pendant les campagnes électorales où vous venez nous faire des minouches pour garder votre poste de dictateur en chef. Le Canada a toujours été reconnu pour son pacifisme et ses missions de paix à travers le monde, mais avec vous comme premier ministre, il est évident que nous sommes devenus de pauvres petits guerriers inexpérimentés, à la merci de vos fantasmes militaires.
Depuis que vous êtes au pouvoir, vous avez changé le visage de ce pays. Le Parti conservateur ressemble à une réplique absurde du «Tea Party» aux États-Unis. Pour les Québécois, vous êtes devenu comme une sorte de «Georges W. Bush» encore plus ridicule que l’original. Vous terminez même vos discours en disant : «God bless Canada». Si vous étiez né américain, vous seriez, de toute évidence un républicain. Vos idées rétrogrades font reculer notre société de 60 ans. Vous détestez la culture québécoise et vous lui avez coupé les vivres aussitôt que vous avez pu. Par contre, vous n’avez pas de honte à nous pousser la chansonnette pour bien nous faire comprendre musicalement que tout est faux en vous.
Vous avez banni les tableaux de Pellan en les remplaçant par des photos de la Reine dont vous semblez tellement admirer l’inutilité. Que dire de votre campagne médiatique concernant la guerre de 1812 qui n’a pourtant que peu d’importance historiquement, par rapport aux autres guerres auxquelles le Canada a participé. Vous semblez aimer les conflits militaires, mais vous méprisez vos soldats quand ils reviennent des zones de combats, amochés et brisés mentalement et physiquement. Ils sont laissés à eux-mêmes sans aide financière de votre part. C’est comme nos athlètes de niveau olympique. Vous n’aimez pas les subventionner, mais vous aimez vous faire prendre en photo quand ils gagnent des médailles d’or. Ah, le capital politique! Au Québec, vos politiques et vos valeurs nous horripilent au plus haut point à tous les niveaux. Vous savez que les Québécois ne voteront jamais pour vous (à part les gens de la ville de Québec) et vous semblez prendre un malin plaisir à vous venger de ce fait à notre égard.
Premièrement, Monsieur Harper, vous serez d’accord avec moi pour dire qu’il serait temps qu’au Canada et au Québec, les Premiers ministres élus soient restreints à ne faire que deux mandats de quatre ans, comme le font les présidents américains. Avouez Monsieur Harpe, que vous n’avez pas été un premier ministre très à l’écoute de ses citoyens, qu’ils soient francophones ou autochtones (pour les anglophones, il n’y a pas de problème). Petite question Monsieur le premier ministre : En avez-vous contre les autochtones autant que vous en avez contre les Québécois? Quel peuple entre les deux détestez-vous le plus?
En 2013, pendant le «Idle no more», au lieu d’accueillir une délégation d’autochtones qui s’en venait à Ottawa pour essayer de discuter avec vous, vous avez priorisé l’arrivée de deux pandas qui arrivaient de Chine en vous rendant dans un aéroport pour les accueillir. Que dire des milliers de femmes autochtones qui sont disparues ou ont été violés et tuées? Pourquoi refusez-vous d’ouvrir une enquête sérieuse sur ces faits? Les autochtones auraient droit aux mêmes égards que vos sénateurs ont eus.
Après la dernière élection fédérale, vous avez affirmé pouvoir agir en fonction que vous déteniez un mandat clair de la population canadienne, ce qui vous permettrait de faire ce que vous vouliez au nom de cette majorité. Or, vous vous trompez. Les gouvernements majoritaires se donnent des droits qu’ils se donnent une fois au pouvoir. Votre gouvernement a obtenu 40% des voix exprimées par les Canadiens et encore moins que cela au Québec. Cela veut dire que les électeurs ont opté à 60% pour d’autres formations que la vôtre. Ce qui veut dire que vous ne devez votre majorité qu’au nombre de sièges remportés. Une situation légale, car notre système électoral est fait ainsi, mais vous serez d’accord avec moi pour dire que les décisions que vous prenez ne concordent pas toujours avec la volonté de la majorité des citoyens. Mais je suis sûr que ce détail vous importe peu.
Que dire des «robot calls» lors de la dernière campagne fédérale? Élections Canada a découvert que des appels avaient été commandés dans Guelph auprès de la compagnie RackNine, proche de votre parti Monsieur Harper. Ces enregistrements informaient erronément les électeurs, lors de la journée du vote, que leur bureau de scrutin avait été déplacé, pour mieux décourager les gens à aller voter contre vous. Un dénommé M. Sona, qui était le directeur des communications, s’est présenté sous la bannière conservatrice dans la circonscription de Guelph, Marty Burke, a été accusé dans cette affaire. Il a utilisé le nom de «Pierre Poutine». Il a été condamné à 11 mois de prison, je crois? Est-ce à dire que votre élection était illégitime? Maintenant avec celle qui est enclenchée, allez-vous jouer franc jeu?
Depuis que vous êtes le premier ministre, vous contrôlez tout ce qui se dit autour de vous et ne laissez aucune marge de liberté d’expression à vos députés quand ils doivent répondre aux questions des journalistes. Mais vous avez dit que vous n’étiez pas au courant de ces appels robotisés. Étiez-vous au courant Monsieur Harper que, lors de votre tournée électorale, votre garde rapprochée s’assurait de ne laisser entrer que vos partisans dans les salles où vous présentiez des allocutions? Ceci avait pour but d’éviter que des citoyens qui sont contre vos politiques viennent contaminer les clips de vos discours qui allaient passer pendant les bulletins de nouvelles. Quand la caméra ne montre que des visages approbateurs en vous écoutant, c’est mieux que d’y voir des gens mécontents, n’est-ce pas?
Je trouve également très drôle de vous entendre parler de démocratie, lorsque vous êtes à l’étranger, comme si vous en étiez un adepte naturel. Mais dans la réalité, nous savons très bien que vous la méprisez, ne vous en déplaise. En août 2013, vous avez prorogé le parlement pour une deuxième fois, pour vous éviter des situations malencontreuses concernant les détenus afghans qui auraient été torturés illégalement. La démocratie aurait exigé des réponses de votre part.
Parlons maintenant de vos candidats conservateurs québécois. Que dire de vos ministres Bernier, Paradis, Lebel et Blainey, vers qui les Québécois ne prêtent qu’une oreille distraite, tellement ces quatre hommes sont bornés à diffuser la cassette conservatrice que vous leur imposez, au lieu de prendre vigoureusement position en faveur du Québec qu’ils disent représenter. Au chapitre de l’économie, vous avez creusé le déficit, en augmentant la taille du gouvernement et en créant de nouveaux programmes. De plus, les données scientifiques ont été coupées, l’accès à l’information réprimé, et la réforme du Sénat, abandonnée.
Vous vous êtes octroyé le droit de piger dans les surplus de l’assurance-emploi en demandant à la cour suprême, dont les juges sont nommés par vous, de légiférer cette aberration. Ils vous ont donné raison. Cet argent sert à rémunérer les gens qui perdent leurs emplois et non pas à se payer des élections qui durent le double du temps permis. Comment pouvez-vous piger dans cette cagnotte qui ne vous appartient d’aucune façon et à laquelle vous n’avez aucunement contribué? Les travailleurs n’ont pas le choix d’y cotiser sur chacune de leur paie et vous prenez les surplus pour vous en accommoder à votre guise? Que dire des récompenses que vous remettez aux agents qui coupent les prestataires de l’assurance-emploi, en respectant des quotas de coupures aux prestataires que vous leur imposez?
Nous avons vu ce qui est advenu de ce brave Kevin Page, l’ancien directeur parlementaire du Budget qui a découvert des irrégularités dans vos livres et que vous avez voulu faire taire une bonne fois pour toute, en faisant disparaître son poste qui devait nous éclairer sur les allocations gouvernementales. Quelle belle démocratie sous votre gouverne Monsieur Harper!
Que dire de l’abolition partielle du registre des armes à feu, de la lutte à la criminalité, du non-respect du protocole de Kyoto, de la réforme de la sécurité de la vieillesse, du financement de la santé et de la nomination d’unilingues anglophones à différents postes de la haute fonction publique. Que dire des compressions budgétaires à Radio-Canada qui n’avaient comme seuls buts que d’isoler les francophones hors Québec du reste de la francophonie québécoise. Radio-Canada est le seul lien qui les unit. Tenir les gens dans l’ignorance est le meilleur moyen de mieux les contrôler. Si les anglophones du Québec étaient traités de cette façon, ils n’hésiteraient pas à nous traiter de criminels assurément.
Vous vous êtes également fait des ennemis avec le dossier de la lutte à la criminalité. Vous augmentez le fardeau des provinces en surchargeant les prisons, sans y contribuer vous-mêmes financièrement. Vous prenez des décisions unilatérales sans consulter personne. Vous êtes prêt à sacrifier l’environnement sur l’autel de l’économie. Votre politique étrangère et les investissements militaires que vous faites, sont fortement critiqués. Vous avez coupé les budgets à la science parce que votre propre religion se réfère à un Dieu dont la chef de la secte du mouvement CRY, Faytene Grasseschi, vous grée de son influence en contrôlant spirituellement plusieurs de vos députés conservateurs. Ce mouvement d’extrême-droite religieuse semble convaincu que le Canada va jouer un rôle dans la deuxième venue du Christ sur terre.(Voir l’émission Enquête sur ce sujet)
En 2008, vous avez nommé Gary Goodyear au poste de ministre de la science et de la technologie. C’est un évangéliste pur et dur. Cet homme refuse de dire s’il croit à la théorie de l’évolution de Darwin. Il est assez rare qu’un ministre de la science nous rappelle qu’il a droit à son opinion privée, par rapport à ses croyances. Il faut savoir que dans la théologie évangélique que vous préconisez Monsieur Harper, notre monde s’en va en enfer. La planète que nous connaissons, va à sa perte. Ces religieux que vous côtoyez pensent que, quand Jésus reviendra, Dieu va créer un nouveau ciel et un nouveau climat. De là votre aversion pour la science et pour les changements climatiques. C’est contre vos valeurs de croire que la nature peut se déchaîner si on la provoque à répétition.
Un autre signe de l’influence de la religion sur votre gouvernement c’est votre appui inconditionnel à Israël. Le Canada, sous votre gouverne, a abandonné son rôle de médiateur au Moyen-Orient en prenant une position pro Israélienne intransigeante. Les Chrétiens croient qu’avec la reconstruction du temple, Dieu reviendra sur terre. Ils croient vraiment qu’Israël est la terre promise. « Celui qui bénit Israël sera béni. Celui qui maudit Israël sera maudit ». Si vous pensez vraiment en termes de bien ou de mal, il n’y a aucune discussion de possible avec des gens comme vous, Monsieur Harper. De plus, le chef Israélien Netanyahou joue la carte de la foi, lors de discours devant les médias du monde entier, pour avoir le soutien des autres peuples, dont vous.
Que dire du scandale avec les sénateurs? Vous vous êtes retrouvé à devoir justifier de l’argent qu’aurait remis votre chef de cabinet Nigel Wright, au montant de 90 000 $ pour rembourser des frais de logements que le sénateur Duffy avait réclamé frauduleusement et devait rembourser. Quand les médias ont appris la combine, vous avez refusé de dire que vous étiez au courant du geste de votre adjoint et que vous n’aviez jamais donné votre accord à ce remboursement. Monsieur Harper, vous contrôlez tout ce que peuvent dire vos ministres, mais vous êtes en train de nous faire croire que vous n’étiez pas au courant de cette histoire concernant votre chef de cabinet?
La police fédérale poursuit également son enquête sur la sénatrice conservatrice Pamela Wallin. Dans des documents de cour, la GRC alléguait à l’automne 2013 qu’elle la soupçonnait aussi de fraude et d’abus de confiance.
Parlons un peu de votre ancien conseiller Dimitri Soudas, votre homme de confiance : Il a été forcé de quitter son poste de directeur général du Parti conservateur après avoir présumément tenté de s’ingérer dans la campagne de sa fiancée pour la nomination conservatrice dans une circonscription ontarienne. Il a démissionné de son poste. Pas à dire Monsieur Harper, il y a beaucoup de gens autour de vous qui font face à la justice. Quel malheureux hasard!
Concernant Peter Mckay, ses commentaires rétrogrades sur les femmes qui devraient, d’après lui, rester à la maison nous ont convaincu de son incompétence. Que dire de la photo où il portait un chandail décrivant les mérites d’avoir une mitraillette en sa possession au Canada. Si vous étiez réélu, assisterons-nous à la mise en place d’un association favorisant le port d’armes comme aux États-Unis?
Vous avez le don de vous entourer de gens aux agissements plus que douteux. Monsieur Harper, vous êtes imputables des choix que vous avez faits en choisissant ces personnes que vous avez nommées.
Pour finir, Monsieur Harper, j’espère que vous perdrez vos élections. J’ose espérer que le gouvernement qui sera élu sera moins pire que le vôtre et qu’il saura redonner une belle image du Canada, donc, du Québec par le fait même. En ce qui me concerne, je vais retourner à mes vieilles habitudes en votant pour le Bloc Québécois. Monsieur Harper, j’espère que les Canadiens vous mettront à la porte. Votre mépris à notre égard est aussi évident que le nôtre envers vous.


Alain Patenaude
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