Lettre à Justin Trudeau

Monsieur Trudeau, j’aimerais vous dire le plus respectueusement possible que votre père a été le politicien que j’ai le plus détesté dans le cadre de la politique fédérale. Je sais que ce genre de commentaire ne me rendra pas sympathique à vos yeux. Je comprends et je respecte le fait que Pierre-Elliot Trudeau était votre père et que vous l’aimiez. L’homme politique et le père de famille sont deux personnes distinctes, parce qu’un père normalement constitué ne ferait pas enfermer ses enfants, même si une crise sociale émergeait et qu’ils pensaient le contraire de lui.

En 1970, pendant la crise d’octobre, votre père a instauré la loi sur les mesures de guerre prétextant les agissements terroristes du FLQ. L’armée et les policiers étaient partout et pouvaient entrer chez n’importe qui et les arrêter pour n’importe quelles raisons sans avoir besoin d’un mandat. Ces gens qui étaient mis sous arrestation, n’avaient même pas droit à un avocat. Ils pouvaient être détenus indéfiniment par les autorités.
Votre père en a profité pour faire enfermer des syndicalistes et des artistes d’allégeances indépendantistes en les faisant croupir dans des prisons pendant plusieurs semaines, sans qu’ils connaissent les raisons de leurs arrestations. Cette arrogante façon de faire en s’en prenant à ses ennemis politiques, nous a démontré que votre père s’était servi de cette loi hors norme pour faire passer un message aux Québécois. S’ils avaient l’intention d’élire un gouvernement indépendantiste au Québec, ils devraient en subir les conséquences. Nous nous souvenons tous de son arrogant « just watch me ».

Ça n’a pas empêché la population québécoise d’élire le PQ en 1976. Le plus drôle c’est que votre père, quand il était jeune, a, semble-t-il, déjà flirté avec des valeurs nationalistes-séparatistes québécoises par l’entremise de son journal : « La cité ». Mais par la suite, il a rapidement délaissé cette option et il a gravi les échelons pour devenir Premier Ministre du Canada. Tout le monde a le droit de changer d’idée.

Pendant qu’il réclamait un « NON » pour le référendum de 1980, il a réussi à faire croire aux Québécois que s’ils votaient contre l’indépendance, il ferait des changements drastiques à l’avantage du Québec. Il était prêt à mettre son siège en jeu pour ça. Nous connaissons la suite. Son rapatriement unilatéral de la constitution sans la signature du Québec a été la preuve que pour lui, les promesses qu’il pouvait faire ne lui servaient que de tremplins pour arriver à ses fins.

Alors quand vous vous êtes présenté pour devenir Premier Ministre du Canada l’an dernier, il n’y avait aucune chance que j’encourage sa progéniture à continuer son subtil travail de démolition contre le Québec. Nous sommes déjà aux prises avec d’autres démolisseurs provinciaux libéraux qui excellent dans l’art de déstructurer le Québec pour mieux le mettre à genoux devant vous.

Vous avez déjà dit que le Québec n’était pas une société distincte et que c’était de vieilles histoires dont personne ne voulait entendre parler. J’ai des petites nouvelles pour vous, Monsieur Trudeau, vous allez en entendre reparler. J’ai hâte de voir quels moyens vous allez prendre pour empêcher l’indépendance du Québec après 2022 : envoyer l’Armée contre nous ? Faire enfermer ceux qui parleront plus fort que les autres ? Provoquer de malheureux événements pour justifier des arrestations ? Jean Chrétien a déjà dit qu’il aurait fait n’importe quoi pour sauver son Canada. Et vous ?

Je vais être franc avec vous, Monsieur Trudeau, je n’aurais jamais pensé que vous seriez élu. Votre évident manque d’expérience en politique et le vide de vos convictions n’auguraient rien de bon pour moi, à part le fait que nous nous débarrassions de Stephen Harper. En fait, j’ai été très surpris de vous voir finalement couronné. Je suis sûr que toutes les personnes de votre entourage ne l’auraient jamais prédit également. Monsieur Chrétien devait se tenir dans le coin du ring n’est-ce pas ?

Lors de la campagne électorale qui a été beaucoup trop longue, Thomas Mulcair menait dans les sondages. Il s’est peinturé dans le coin avec l’histoire de la femme voilée, dont il appuyait la démarche, parce qu’elle voulait prêter serment avec son niqab, lors de la cérémonie de la citoyenneté canadienne. Pourtant, vous étiez totalement en accord avec cette position et personne ne vous en a tenu rigueur. Je suis sûr que vous avez été plus surpris que moi de votre victoire.

Monsieur Trudeau, vous êtes un beau bonhomme et la tendance des gens à idolâtrer les beaux personnages charismatiques est plus importante pour eux que leurs contenus.

À preuve, les gens veulent prendre des « selfies » avec vous et ne vous demandent pas pourquoi vous continuez de vendre des blindés à l’Arabie Saoudite, vous qui aviez tellement contesté cette décision de Harper. Tout comme votre père, vous misez sur votre image et la « Trudeaumania » se perpétue à votre plus grand bénéfice.
Monsieur Trudeau, votre position sur un multiculturalisme aveugle vous rend politiquement dangereux pour le pays, à bien des égards. J’aimerais vous expliquer pourquoi je le pense.

Commençons par un sujet dont vous n’aimerez pas la teneur : le Québec francophone est-il une nation ? Harper avait bien des défauts, mais il a au moins reconnu ce fait. PAS VOUS. Vous aimez bien nous rappeler que ce sont de vieilles histoires dont personne ne veut plus entendre parler. C’est un peu insultant de savoir que vous rejetez du revers de la main, l’opinion de 40% de la population québécoise, comme si leur idéologie souverainiste était une stupidité dépassée.

Monsieur Trudeau, vous avez une tolérance pour toutes les nations qui peuvent venir s’établir au Canada, mais vous n’en avez aucune pour le Québec francophone que vous ne voulez pas reconnaître. Incohérence quand tu nous tiens ! Là-dessus, vous ressemblez à votre père : vous ne voulez pas réanimer la ferveur nationaliste des Québécois et vous aimez mieux leur raconter des mensonges, en les répétant assez longtemps pour qu’ils deviennent des vérités. On appelle cela : des sophismes. Votre père était un maître dans le genre.
Que dire de la situation des autochtones qui, malgré une timide commission n’a encore rien changé pour ces gens oubliés et délaissés dans une énorme pauvreté. Il serait urgent de poser des gestes concrets pour les aider. Humainement parlant, vous devriez déjà avoir fait quelque chose.

Que dire de votre multiculturalisme à sens unique : vous vous faites l’apôtre de la tolérance à la différence, mais vous choisissez vos tolérances. En 1982, nous les Québécois, nous nous sommes retrouvés tributaires d’une charte des droits et libertés qui privilégient les agresseurs à leurs victimes et de tous les autres inconvénients dont je vous épargne la teneur. Au Canada, la religion a tous les droits au détriment de nos valeurs. Et quand les religions dénigrent ou vont même jusqu’à tuer, que devons-nous faire Monsieur Trudeau ? Être tolérants ?

Votre tolérance est une manigance politique qui vous permet de maquiller votre image à l’international. Vous allez vous péter les bretelles à Paris en vous disant un grand écologiste et en même temps, vous vous apprêtez à autoriser que des pipelines remplis de sables bitumineux traversent dangereusement nos cours d’eau, sans notre approbation. Vous parlez de réduction à effet de serre, de taxes de carbone et de l’autre côté, vous priorisez le sale pétrole de l’Alberta, au lieu de miser sur d’autres énergies plus vertes qui abondent dans ce grand Canada. Vous vous vantez d’être un démocrate tolérant et un pacifique ? Un homme bon qui veut faire les choses autrement et vous continuez de vendre des blindés à l’Arabie Saoudite, pays qui finance le terrorisme dans le monde. Qu’avez-vous fait pour faire sortir Raïf Badawi? Cet homme est injustement détenu dans ce pays pour avoir géré un blogue sur la liberté.

Votre incohérence nous fait peur, car elle ne ressemble pas à de la tolérance. Monsieur Trudeau, vous avez compris tout comme votre père, que le fait de miser sur votre physique avantageux et votre charisme pourrait vous permettre de dévier de certaines promesses que vous avez faites et que les gens vous pardonneraient.

Pendant la campagne électorale, vous avez dit que vous feriez 10 milliards de déficits par année pendant trois ans. Après un an de pouvoir, vous avez dépensé 30 milliards. C’est trois fois plus que prévu. Mais les gens vous aiment quand même.

Vous êtes dépensier tout comme votre père l’était. Vous voyagez avec beaucoup de gens et les repas à 1000$ par personne, que nous vous avons payé sans le savoir, démontrent qu’il vous est facile de dépenser de l’argent qui ne vous appartient pas, au nom d’un poste de premier ministre que vous avez gagné à la loterie.

Monsieur Trudeau, n’importe quel politicien est capable de dépenser et de faire des déficits. Le défi c’est de ne pas en faire. J’imagine que votre stratégie d’ici les prochaines élections, sera de faire d’énormes déficits en donnant plein de bonbons et de « selfies » aux électeurs. Les gens vont vous réélire, et là, vous allez instaurer une austérité dévastatrice dans votre prochain mandat, car vous n’aurez pas le choix de le faire pour maintenir votre cote de crédit.

Vous demandez aux Canadiens d’être tolérants envers les autres cultures et vous êtes vous-même intolérant envers une minorité francophone qui a été bafouée par votre père. Monsieur Trudeau, je n’ai rien contre la tolérance. Au contraire. Mais il faut être cohérent quand on se dit tolérant. Les immigrants viennent vivre ici. Ils n’ont pas à renier ce qu’ils sont. Par contre, ils devraient avoir l’obligation de s’intégrer à notre société, au lieu de tenter de nous imposer leurs valeurs comme certains le font. Si ces gens ont quitté leurs pays, c’est parce que ça n’allait pas bien. Depuis quand devrions-nous favoriser les valeurs des autres au détriment des nôtres ? Nous sommes les hôtes. Nous étions là avant eux. Oui, ils vont devenir des Canadiens à part entière, mais ils devront s’intégrer à notre société en respectant ce que nous sommes. S’ils n’aiment pas ce que nous sommes, qu’ils aillent vivre ailleurs. Je le dis sans méchanceté. Il n’y a rien de mal à ce que nous exigions qu’ils respectent nos valeurs.
Monsieur Trudeau, j’ai peur que vous soyez un politicien vicieux dont le seul but est de nous assimiler à vous en finissant le travail de votre père. Même si vous n’avez pas d’expérience en politique, vous avez bien compris qu’une fois au pouvoir, les promesses étaient faites pour ne pas être toutes respectées.

Avant l’élection qui vous a amené au Parlement comme premier ministre, vous aviez supporté les employés d’Avéos et une fois élu, vous les avez laissé tomber. Serait-ce un signe de votre véritable identité ? Êtes-vous prêt à tout pour gagner ?

Je sais que ma lettre ne vous touchera d’aucune façon. Mais tout ce que j’espère c’est que vous établirez un véritable plan pour votre pays, le Canada. J’espère que vous saurez reconnaître le Québec comme une nation distincte francophone qui n’a rien à voir avec le reste du Canada anglophone. J’espère que vous respecterez les francophones hors Québec qui vivent dans l’Ouest et qui ont droit à des services en français. J’espère que vous allez arrêter de croire que l’indépendance du Québec serait la pire chose qui pourrait arriver. Ça, c’est une vieille mentalité que votre père a su transmettre à son successeur et poulain Jean Chrétien. Les Québécois (40%) vont un jour se donner un pays et j’espère que, si vous êtes encore Premier ministre, vous aurez la décence de l’accepter pacifiquement et humblement.

Monsieur Trudeau, un jour, vos enfants quitteront le foyer familial pour devenir autonomes. J’espère que vous comprendrez qu’il est normal que vos enfants volent de leurs propres ailes. Le jour que vos enfants seront indépendants de vous, j’espère que vous ne les accuserez pas d’avoir détruit votre famille et que vous n’enverrez pas la police les arrêter. Être autonome, c’est être libre.



Alain Patenaude
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