Lettre à Gaétan Barrette

Monsieur Gaétan Barrette, ministre de la santé

Habituellement quand j’envoie une lettre, je commence mon texte de façon courtoise par respect pour la personne que j’interpelle. Mes parents m’ont montré à respecter les gens. Mais, avec vous j’ai décidé que la courtoisie ne serait pas au rendez-vous. Il y a des gens qui ne méritent pas notre respect et vous êtes l’un d’eux. Vous êtes le genre de politicien que je déteste, même si j’essaye de faire la distinction entre l’humain et le politique. Je vais me contenter de vous dire ce que je pense de vous comme politicien et homme public, parce que je ne vous connais pas dans le privé et ne veut pas vous connaître.

À toutes les fois que je vous écoute répondre à des questions des journalistes à la télé, je n’en reviens pas de votre évident mépris envers toute personne qui n’est pas d’accord avec vos décisions. Vous connaissez très bien les répercussions de votre odieuse réforme mais vous vous acharnez à dire n’importe quoi pour la justifier, quitte à renier le bon sens. C’est comme si vous nous preniez tous pour des abrutis, du haut de votre perchoir d’hypocrate. N’ayez crainte Monsieur Barrette, vous avez raison. Nous sommes des abrutis d’accepter sans rien dire votre destruction du système de santé pour assurément nous amener au privé.

Vous vantez vos politiques et vos réformes pendant que les préposé-e-s, les infirmier-ère-s sont à bout de souffle de travailler des « doubles shift » que les directions les forcent à faire. Ils et elles sont exténué-e-s de devoir faire le travail de plusieurs. Il est bizarre que vous vous en preniez aux messagers qui tentent de vous avertir des dérapages, comme vous l’avez fait avec Jean Bottari dernièrement. Monsieur Bottari avait demandé aux gens qui travaillent dans le domaine, de lui rapporter les atrocités qui s’y passaient. Il vous en a fait part par écrit à plusieurs occasions. Au lieu d’écouter son message, vous l’avez cloué au pilori publiquement, le faisant passer pour un extrémiste qui ne voit que du noir et qui vous harcèle. C’est comme si vous ne vouliez pas que le public connaisse les répercussions de vos politiques. Et vous, est-ce que vous les connaissez ces répercussions ?

Vous avez écorché le système de santé au grand complet en coupant les vivres à tout le monde et vous avez pris cet argent pour la donner à vos amis les médecins. C’est bien beau d’avoir réponse à tout, en appuyant sur les mots que vous voulez que l’on retienne, comme vous savez si bien le faire, mais à un moment donné, il faut plus que des mots : Il faut des résultats.

Lors de l’élaboration de votre réforme, vous avez répété qu’il n’y aurait pas de répercussions sur le terrain. Monsieur Barrette, il y a eu des répercussions sur la première ligne et dire le contraire ne ferait que confirmer votre mauvaise foi. Ceux et celles qui dirigent les hôpitaux, les CHSLD et toutes les autres cliniques reliées au système réduisent le nombre d’infirmier-ère-s, de préposé-e-s, prétextant vos réductions budgétaires. En revanche, ils coupent dans la bouffe, dans les couches en établissant des quotas, au lieu de couper dans la bureaucratie qui coûte beaucoup plus cher que les salaires des infirmier-ère-s ou des préposé-e-s. Quand il y a maltraitance d’une personne âgée, vous vous empressez d’accuser l’opposition d’alimenter la moindre faille du système pour vous critiquer, au lieu de vérifier la véracité de la dénonciation. Vous ne dites jamais que vous allez vous assurer que TOUTES LES INSTITUTIONS se conformeront au bon sens et à la dignité des êtres humains. Au lieu de cela, vous critiquez ceux qui dénoncent en les accusant de ne pas voir ce qui va bien. Vous vous êtes emparés de tous les pouvoirs mais vous n’êtes jamais imputable de rien. C’est à vous d’établir les priorités quand vous injectez de l’argent ou pas dans le système de santé. Malheureusement, l’idéologie néolibéralisme qui vous sied favorise toujours votre portefeuille versus la dignité des êtres humains.

Parlons justement de ce qui se passe dans les CHSLD. Il est très triste de voir les directions de CHSLD qui louent leurs places à 1,800$ par mois et qui s’empressent de louer toutes leurs chambres à fond de train, en sachant très bien qu’ils n’auront pas le nombre adéquat de préposé-e-s pour desservir tous leurs locataires. Mais l’argent que rapportent les locations de chambres est bon. Peut-être se disent-ils : « Au diable, les services. De toute façon, plusieurs d’entre eux ne se rendent même pas compte de rien ». Depuis quand la maltraitance peut-elle être tolérée Monsieur Barrette ? Sommes-nous revenus dans l’Allemagne nazie où le sort des humains ne comptait pas pour grand-chose ?

Pourquoi ne forceriez-vous pas les directions de CHSLD à avoir assez de préposé-e-s au prorata du nombre de personnes que les directions acceptent dans leurs établissements ? Depuis quand une personne âgée, qui paie un généreux montant par mois pour avoir sa place dans cet établissement, n’aurait-elle pas droit à des couches AU BESOIN, sans qu’elle doive mariner dans ses excréments une journée de plus ? Depuis quand doit-on comptabiliser le nombre de couches de différentes personnes qui ne se soulagent pas le même nombre de fois ? Est-ce que vous laisseriez un bébé mariner dans sa couche ? Vous êtes médecin Monsieur Barrette, inutile de vous rappeler les effets nocifs de baigner dans une couche souillée. Pourquoi autorisez-vous cette pratique envers les personnes âgées ? Je trouve scandaleux que nos vieux soient traités de cette façon. Les prisonniers sont mieux traités dans les prisons. Ils ont droit à toutes les commodités. Ils peuvent prendre le nombre de douches qu’ils veulent et ils ne mangent pas des patates en poudre. Peut-être devrions-nous envoyer nos vieux dans les prisons et les prisonniers dans les CHSLD. Je suis sûr qu’il y a plus d’IPL pour surveiller les prisonniers qu’il y a d’infirmier-ère-s et de préposé-e-s pour s’occuper des malades.

Pourquoi les personnes âgées ne pourraient-ils pas prendre un bain ou une douche à toutes les fois que ça leur tentent ? Pourquoi n’y aurait-il pas un nombre de préposé-e-s adéquat par rapport au nombre de locataires ? Les CHSLD sont ils devenus des camps de concentration où la vie humaine n’a aucune valeur ? Où est votre humanisme ? Depuis quand des restrictions budgétaires devraient elles être priorisées au détriment de la dignité humaine ? Pourquoi ces personnes devraient-elles manger des patates en poudre au lieu de manger des repas ordinaires ? Qu’est-ce qui vous prend de vous en prendre à nos personnes âgées ? Et les gestionnaires de ces mêmes CHSLD qui menacent les employés qui parlent trop fort : Qu’est-ce que cette Gestapo silencieuse qui se lave les mains du sort de nos vieux, qui priorise l’argent à l’être humain ? On en est vraiment rendus là ?

Monsieur Barrette, s’il vous reste une once d’humanité, arrangez-vous donc pour que nos personnes âgées puissent finir leurs jours dans la dignité qu’ils méritent. Priorisez leurs soins et augmentez le nombre de préposé-e-s au lieu de ne penser qu’à équilibrer votre budget et à enrichir vos amis les médecins. Ça devrait être prioritaire pour un élu qui se vante de SERVIR. Monsieur Barrette, nous ne voulons pas de belles paroles. Nous voulons des résultats concrets et non pas des entourloupettes libérales à des fins électoralistes.

Veuillez agréer l’expression de mon mépris le plus total


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Alain Patenaude
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