Les vers boufferont enfin le bon Monsieur Paul

Depuis c’matin, donc, j’pense à Pierre.  J’trouve qu’il nous manque en maudit, que sa verve nous ferait donc du bien en ces temps obscurs. Pis j’pense aussi aux actions qu’on a menées ensemble y’a pas si longtemps.  Au texte qu’il avait écrit pour commenter la mort de Claude Ryan plus particulièrement.  L’enterrement du bonhomme carnaval que ça s’appelait.  Un texte dévastateur qu’il avait publié dans notre p’tit journal Le Québécois.  Et maudit que ça avait fait grincer des dents les gens de la bonne société qui transpirent l’hypocrisie à grosses gouttes.  La fin du texte surtout.  Quand il écrivait « salut pourriture ! ».  Car c’est bien de cela dont il s’agit avec ces oraisons funèbres politicailleuses.  Des odieuses menteries flattant dans le sens du poil des sales pourritures à qui on érige des monuments pour avoir bien fourré le peuple.  Le québécois en la présente occurrence.

Les deux-trois médias du Québec, pis les politiciens qui les craignent comme la peste parce qui sont justement juste deux-trois, chantent les louanges de ce « grand Canadien » des affaires à la drôle de parlure moliérienne venant de Sudbury, Ontario, depuis qu’il a eu l’enfin bonne idée de crever.  À les écouter tous, jamais on aurait pu être un peu heureux au Québec si cet homme n’avait pas foulé nos sols de ses grosses bottines de capitaliste fédéraliste.  Alors que dans les faits, ce Franco-Ontarien au front de boeuf est tout simplement venu chez nous nous dire ce qu’on devait espérer de l’avenir, le sien bien évidemment ;  il l’a fait sans jamais même œuvrer au développement de notre économie nationale, ses avoirs étant toujours ben loin ailleurs, dans les coffres d’Albert Frère ou des bandits des armes de CITIC en Chine, ces potes de Li Ka-shing. 

Parce qu’y en avait une bonne gang de par ici qui n’étaient pas d’accord avec sa vision de l’avenir, ben il s’est arrangé pour avoir le meilleur sur eux autres, en parlant plus fort qu’eux grâce à ses journalistes à gages qui n’ont jamais agi autrement qu’en pleutres perroquets qu’ils sont tous, syndiqués ou pas, quand il ne censurait pas carrément les honnêtes citoyens qui avaient de quoi à dire. C’est comme ça que violait la démocratie à grands déhanchages que veux-tu ce grand seigneur de Bay-Street.

Car là est le gros problème avec ce type.  Qu’il ait espéré que le Québec demeure petit et à sa place, bien soumis à l’intérieur du Canada, est une chose.  Qu’il ait construit une écoeurante machine de propagande pour nous imposer malhonnêtement tous ses projets liberticides, exploiteurs et pollueurs (Gaz de France oblige) en est une autre. Depuis des lustres, les Québécois subissent les pleureuses de la grosse Presse, celle rebaptisée jadis « la putain de la rue Saint-Jacques » par Olivar Asselin.  À chaque fois que le Québec a tenté de redresser l’échine au cours des dernières décennies, en campagne référendaire ou pas, il a trouvé sur son chemin les porte-plumes mercenaires de Monsieur Paul.  Dans les jaunes pages de ce canard qui pue la raie mal lavée, le Québec n’est jamais assez merdique et servile. Dans ces pages-là, faut toujours plus nous taper sur la tête, à chaque nouveau jour qui se lève, pour qu’on finisse par trouver ça agréable et qu’on en redemande ; après tout, c’est comme ça que se vit le mieux l’obéissance quand on est le maître des lieux.  Pis parce que le monarque aux signes de piastres possédant la boîte a un jour trouvé que tout ça n’allait pas assez vite à son goût, ben il s’est associé frauduleusement, et derrière des portes closes SVP, au média public du Canada, Radio-Canada en l’occurrence. Dès lors, la propagande, nous la payions de nos propres poches, c’qui fait qu’elle peut nous fesser encore plus fort en pleine face, au point de nous démancher autant la mâchoire que Jean Chrétien, le gendre du feu big boss.

Mais y’a une chose qu’il faut quand même accorder aux gens de la trempe de Monsieur Paul, et c’est de bien savoir protéger leurs arrières.  Pour que personne ne vienne jamais changer son ordre des choses, le bonhomme Desmarais adepte-des-châteaux-charlevoisiens-achetés-pour-une-bouchée-de-pain est passé de simple faiseur d’élections à divin-créateur de politiciens.  De Paul Martin à Daniel Johnson et de Jean Chrétien à Nicolas Sarkozy, sans oublier bien sûr Brian Mulroney ou John James, les quêteux de votes fédérastes étaient formés dans son monastère du capital canadien, et tous lui devaient par conséquent beaucoup, d’où leur obéissance sans faille. Et au point même d’aller faire des courbettes devant tous ses invités à Sagard ou en s’accrochant ses médailles de toc au cou, comme on le fait pour nos chiens les plus savants. 

Avec ses médias et ses politiciens tout droit descendus de la cuisse de Jupiter, avec son argent sale qu’il a foutu à grands coups de milliers dans les coffres du parti de la corruption (on sait duquel il s’agit, même plus besoin de le nommer), ce grand Canadien-de-fortune a pollué comme nul autre la vie politique du Québec.  Voilà, pour nous Québécois, l’héritage du gars de Sudbury.

Et c’est cet homme-là dont Pauline Marois salue aujourd’hui la mémoire !  On aura tout vu !  Faut dire que la dame de l’île Bizzard aime bien les grands requins.  PKP ou l’empire de Sudbury, c’est pas mal du pareil au même dans son œil de bonne femme assoiffée de pouvoir et d’honneurs.  Encore heureux qu’il reste encore deux ou trois politiciens intègres au Québec, le bon docteur Khadir étant l’un de ceux-là.  Ce dernier, quand il a vu qu’on s’apprêtait à licher les fesses de la mémoire du tortionnaire de notre peuple qu’est l’Ontarien Desmarais, a quitté l’illustre enceinte de l’Assemblée nationale, démontrant ainsi tout le respect qu’il avait pour le grand seigneur féodal de Sagard.  Il l’emmerdait et le combattait de son vivant parce que c’était un capitaliste de la pire espèce qui s’associait avec les vilains coquins de la Chine, du Canada, de la France ou d’Irak, et il lui réserve la même attitude une fois que le bonhomme a passé l’arme à gauche.  Ce qui se respecte tout à fait, on ne m’fera jamais dire le contraire, malgré les larmes de crocodile d’la guidoune à André Pratte !

Parce que tout ce décorum funèbre qui pue la politique à deux balles me fait tant penser à Pierre Falardeau, je me permets donc de lui laisser le mot de la fin.  Je le fais en reprenant ses si célèbres et judicieux vers formulés en d’autres circonstances, mais qui ne détonnent aucunement aujourd’hui :

« Salut pourriture ! ».