Les Québécois sont des analphabètes politiques

J’ai vu un clip de Guy Nantel, l’humoriste le plus politisé au Québec, dans lequel il s’amusait à jauger le niveau de connaissances générales des citoyens dans la rue sur la politique en général. Les réponses qui en ressortaient étaient des petits bijoux d’incohérence et d’ignorance, plus incompréhensibles les unes que les autres. La plupart des personnes de tous âges qui répondaient aux questions de l’humoriste ne semblaient pas connaître les bases rudimentaires de la politique en générale, pourtant médiatisée à outrance par les médias comme LCN, RDI qui diffusent l’information 24 heures sur 24. Ne pas savoir qui est le premier ministre du Québec ou du Canada relève d’un désintérêt profond et inquiétant.

J’ai pensé que c’était peut-être un montage réglé au quart de tour pour amuser la galerie. Si ce n’était pas le cas, l’exercice démontrait le manque de connaissance flagrant des gens sur des sujets trop importants pour les ignorer. De plus, Nantel a bien spécifié que rien n’avait été arrangé dans le clip. C’est drôle à dire mais le fait d’entendre ces réponses incohérentes de la part du public, je commence à mieux comprendre pourquoi le parti libéral a été élu majoritairement en avril 2014.

Je me suis souvenu d’avoir lu un commentaire qu’avait fait Wilfrid Laurier, un premier ministre du Canada francophone au début du siècle, qui avait analysé de façon sans équivoque la mentalité des Québécois quand il était question de faire des choix politiques. Il avait dit : « Les Canadiens-français ne votent pas par convictions mais avec leurs émotions » M’est revenue en tête la dernière campagne électorale fédérale où le NPD avait rasé le Québec, ému par un Jack Layton malade et agonisant avec qui les Québécois rêvaient d’aller prendre une bière. Les gens se foutaient carrément des idées du NPD mais étaient prêts à élire le bon vieux Jack, même s’il n’était pas le plus grand défenseur du Québec face au Canada. Les Québécois ont chassé Gilles Duceppe de la politique « manu militari », qui était le chef du Bloc Québécois qui avait défendu carrément le Québec avec le plus d’ardeur pendant plus deux décennies. Faites pleurer et rire les Québécois et ils voteront pour vous. Jack Layton a touché les Québécois, non pas pour des raisons politiques mais pour des raisons strictement humaines. C’est un peu loin de l’idéologie néolibérale qui favorise l’économie à l’être humain. Ce serait bien si les gens votaient en toute connaissance de cause contre ce néolibéralisme mais ce n’est pas le cas. Le chanteur Gerry Boulet est devenu extrêmement populaire, à partir du moment où les gens ont su qu’il était atteint du cancer. Son dernier album s’est vendu 100 fois plus que tous les autres qu’il avait faits avant. Mais il y a une utopie : Le parti libéral n’a pas ému le Québec et il a pourtant été élu majoritaire.

Les Québécois n’ont pas une réputation d’être des révolutionnaires. Au lieu de contester collectivement, ils ont une tendance à boycotter leurs droits de vote en signe de contestation. Révolution de tranquille à sénile. C’est exactement le contraire de ce qu’ils devraient faire mais ils ne veulent même pas en débattre. Plusieurs personnes que je connais me disent souvent qu’ils ne veulent rien savoir de politique, parce qu’ils n’y trouvent que discorde et chicane. Ils oublient qu’en agissant ainsi ils font exactement le contraire du bon sens. Les citoyens ont oublié que la solidarité collective est le seul pouvoir qui peut faire reculer un gouvernement, aussi malhonnête soit-il. Les gens ont souvent l’impression que la corruption est généralisée et que peu importe le parti au pouvoir, ils auront le même problème.

Les Québécois ne s’intéressent pas à leur histoire. Ils n’en ont que faire des patriotes qui se sont révoltés contre l’empire Britannique qui voulait les assimiler par la force au milieu des années 1800. Ils n’en ont rien à foutre de nos ancêtres qui ont perdu la vie pour notre cause francophone. Marcel Tessier, l’historien bien connu, a déjà dit que « Si les Québécois connaissaient leur histoire, le Québec serait indépendant depuis longtemps ». Le plus grand danger pour un peuple est l’oubli et l’indifférence de son passé. Les élites anglophones savent très bien que les divisions permettent un plus grand contrôle sur les masses. Nous sommes entourés de politiciens fédéralistes qui cherchent à nous assimiler par tous les moyens. Mais le problème c’est qu’avec les années, ils ont réussi à convaincre les indécis Québécois que l’indépendance serait la pire des choses qui pourrait leur arriver, quand nous savons très bien que ce serait tout le contraire. L’immigration était toute désignée pour nous ensevelir par le nombre. Les fédéralistes ont également utilisé la peur pour convaincre les personnes âgées, par exemple, de ne pas voter Oui en leur faisant croire qu’advenant l’indépendance, ils perdraient leurs chèques de pension : Ce qui était complètement faux. Mais la peur a un grand pouvoir dissuasif.

La manipulation psychologique fonctionne très bien au Québec. Les Québécois, malgré la méconnaissance de leur situation culturelle et linguistique, ont quand même résisté pendant 400 ans à ce risque d’assimilation de la part des anglophones. Les deux référendums ont quand même confirmé que beaucoup de citoyens voulaient être indépendants du reste du Canada. Sûr que, depuis le vol référendaire de 1995, les Québécois se sont endormis profondément dans une gênante indifférence à leur propre sort. En 2012, les étudiants les ont réveillés partiellement en contestant les hausses des frais de scolarité que voulaient leur imposer le gouvernement Charest. Ils ont sorti dans la rue en nous faisant découvrir de jeunes porte-paroles étudiants courageux, qui s’exprimaient dans un français impeccable et qui avaient le courage de leurs convictions. Ça nous a également fait comprendre que la police au Québec, était une police politique qui était exclusivement à la solde du gouvernement. Une sorte de garde rapprochée des politiciens qui jouent à la démocratie avec des moyens que les dictatures utilisent ailleurs dans le monde.

Mais à voir le résultat de la dernière élection, le 7 avril 2014, je me demande si les Québécois n’ont pas été atteints subitement d’une nouvelle version de la maladie d’Alzheimer. Les Québécois ont oublié très rapidement les neuf années désastreuses des libéraux de Jean Charest, en les réélisant majoritairement. Comment peut-on réélire un parti accusé de corruption, que tout le monde voulait mettre à la porte dix-huit mois plutôt ? C’est pour vous dire à quel point notre peuple a la mémoire courte ou est une proie facile pour une sorte de Messmer politique qui aurait hypnotisé tout le monde, le temps d’un vote. C’est peut-être pour ça que nous votons dans des isoloirs où se trouvent des crayons à mine.

Les Québécois détestent les gros changements. Dans leurs gènes, il est inscrit : « Nés pour un p’tit pain ». Leurs parents en ont tellement arraché dans le passé qu’ils se contentent de ce qu’ils ont, en acceptant de vivre à crédit, de peur de ne pouvoir acheter ce qu’ils veulent. Ils souhaitent que les politiciens prennent les grosses décisions pour eux et voudraient bien que les plus riches payent plus, pour équilibrer l’écart entre les riches et les pauvres. Mais c’est le contraire qui arrive. Les plus riches ont les moyens d’être avantagés par toutes sortes d’abris fiscaux, au détriment des moins riches. Rien n’est fait pour combattre la pauvreté. Que deviendraient les riches si tout le monde l’était ? Les Québécois ne pensent pas en fonction de la collectivité mais sont devenus extrêmement individualistes. Ils aiment mieux ne pas savoir ce que leurs pères ont enduré car ils peuvent se mettre la tête dans le sable et continuer de s’endetter sur leurs cartes de crédit. Ça les empêche de prendre des décisions qui les sortiraient de leurs zones de confort.

Il n’est pas question ici de ridiculiser l’ignorance des Québécois face à leur histoire mais plutôt de trouver une façon convaincante de leur faire retrouver le désir d’être libres et d’assumer leurs propres décisions. Les Québécois ont tout le matériel voulu pour pouvoir s’instruire convenablement au niveau politique. Il y a Fernand Dumont avec ses deux livres « La genèse de la société Québécoise » et « raisons communes ». Ce sociologue a su vulgariser le cheminement de la société Québécoise au fil d’une démocratie douteuse et désavantageuse pour le fait français. La résistance et la résilience des Canadiens (Québécois francophones de l’époque) ont servi notre société d’aujourd’hui. Mathieu Bock Côté est un sociologue très intéressant à lire avec son livre ; « Fin d’un cycle ». Les trois livres de Jacques Lacoursière : « Histoire du Québec » sont également de bonnes références pour apprendre d’où nous venons. Que dire des 41 vidéos de Jean-Jacques Nantel qui valent bien des cours d’histoire et qui sont d’une clarté que les politiciens devraient imiter et consulter. Je vous recommande de les visionner sur YouTube.

Moi-même quand j’allais à l’école, l’histoire n’était pas ma matière préférée. Mais, avec le temps, je me suis intéressé à mon passé pour essayer de comprendre les enjeux politiques d’aujourd’hui qui sont le résultat de ces anciennes décisions. Une société doit évoluer et nous avons le devoir de protéger notre culture et notre langue, même si des gens essaient de nous faire croire que nous sommes racistes envers les anglophones, quand nous essayons de protéger la langue française au Québec. Plus nous vieillissons et plus nous voulons connaître notre passé, conscients que l’honneur d’un peuple passe par la fierté de sa culture et de sa langue. En m’efforçant d’étudier l’histoire du Québec, je voulais m’éviter d’être dépendant d’une fausse idéologie qui nous était inculquée de l’extérieur, soit celle d’un fédéralisme qui nous pénalise toujours en s’appropriant ce qui nous appartient. Comment des anglophones de l’Alberta pourraient-ils décider de notre avenir francophone et de la survie de notre culture tellement différente de la leur ? Je pense que, malgré le fait qu’il ne soit pas donné à tout le monde de bien connaître toutes les facettes de notre histoire, les gens auraient intérêt à prendre connaissance de leur passé pour se faire leur propre idée de leur avenir. On entend souvent dire qu’il est important d’aller voter quand il y a des campagnes électorales et que c’est de notre devoir de citoyens de le faire, mais nous avons également le devoir moral de comprendre d’où nous venons pour mieux définir où nous voulons nous rendre. Nous léguons un avenir à nos enfants. Ce n’est pas rien. Quels furent les combats politiques du passé ? Que pourrions-nous faire pour améliorer notre sort ? Malheureusement, nous n’apprenons jamais du passé, trop enclins à nous apitoyer sur notre sort individuel.

Lorsque nous prenons connaissance de notre passé, il devient impératif de nous sensibiliser à une conscientisation collective qui nous fera prendre les bonnes décisions pour notre avenir francophone et culturel. L’indépendance du Québec est aussi souhaitable que le fait que les enfants, un jour, quitteront la maison pour fonctionner par eux-mêmes. L’indépendance n’est pas juste une idée péquiste qui rallie des politiciens à une allégeance quelconque, dont la plupart ne comprennent même plus son véritable sens. C’est un moyen de nous libérer d’un carcan fédéraliste qui nous opprime et qui nous exploite depuis tellement longtemps. Les Québécois en sont rendus à avoir plus peur d’un référendum que d’avoir peur des politiciens infiltrés par la mafia qui les dirigent. Le parti Québécois est le seul parti à pouvoir nous faire accéder à l’indépendance du Québec. René Lévesque avait dit : « qu’il ne fallait pas attendre d’être riche pour faire l’indépendance mais qu’il fallait faire l’indépendance pour le devenir». Il avait tellement raison.



Alain Patenaude
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