Les élections de la honte

Je continue de croire que PKP n’est pas allé au PQ pour y faire de la figuration. Il faut comprendre qu’il  risque gros. Rarement un homme d’affaire de sa trempe ne prend position comme ça. L’establishment canadien ne lui pardonnera jamais. Il s’est un peu condamné à réussir. Mais le PQ étant le PQ, rien n’est gagné.

Et là, la machine s’est mise en marche. Les étudiants ontariens qui tentent de s’inscrire pour voter au Québec. Les sondages internet non probabilistes biaisés qui sortent et tentent d’influencer le vote. La machine médiatique est enclenché aussi. Il fallait voir le Téléjournal de Radio-Canada, avant et pendant la campagne. Pitoyable. Le PLQ reprend confiance. Les sbires travaillent fort en coulisse. Le PQ panique, tente de ramener ça sur la Charte, tente d’effacer toute trace d’un possible référendum. Fallait-il se surprendre de possible fraude électorale, de sondages truqués ou de guerre psychologico-médiatique? Ne soyons pas naïfs. La démocratie travaille toujours du même côté. Les fédéralistes ont le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir idéologique, le pouvoir culturel, la police, les services secrets, l’armée, les transports, tout. Nous, qu’avons-nous? Des élites politiques qui chient dans leurs culottes. Mais nous avons nos bras, nos jambes, nos têtes, notre volonté, notre espoir. Parfois, notre solidarité. Pas souvent, malheureusement.

Analysons-les nos élites politiques. Tout d’abord le PQ. PKP, j’en ai parlé plus haut. L’inexistence de promesses concernant l’indépendance, à part celle de ne pas tenir de référendum avant que les Québécois ne soient prêts. Puis la Charte. La crisse de Charte. Personnellement, je m’en bats les couilles de la Charte. Je ne suis pas contre la laïcité de l’État. D’un autre côté, je ne me sens pas menacé par l’extrémisme religieux. Ça ne figure pas du tout dans mes priorités. Je me sens beaucoup plus menacé par l’anglicisation et par le pillage de nos ressources naturelles que par la religion. En plus, je vais vous donner un simple exemple. Armand Vaillancourt se dit plutôt pour la Charte. Robin Philpot se dit plutôt contre. Ce sont deux hommes que je respecte beaucoup, qui font beaucoup pour le Québec. Ils sont tous les deux indépendantistes. Donc, du même côté que moi. Est-ce que je me brouillerais avec l’un d’eux pour une question de religion? Jamais. Voilà pourquoi ce débat me laisse indifférent. Ce n’était qu’une manœuvre électorale. Habile ou non, l’avenir nous le dira. Mais ce qui est certain, c’est que pour moi comme pour d’autres qui se battent pour convaincre des Néo-Québécois, des immigrants, des Québécois de toutes origines, que l’indépendance est un projet de société rassembleur, c’est assez frustrant. Si la déclaration de Parizeau nous a fait du tort dans ce sens-là, et on en parle encore, imaginez comment ce projet de Charte peut faire du dégât. Parmi les immigrants et les Néo-Québécois, il y a des gens pour et d’autres contre, sauf que ça donnait un excellent prétexte à nos ennemis fédéralistes de pouvoir dire : « souveraineté du Québec = racisme ». Prétexte repris sans cesse par la bonne gauche caviar, mélange entre Simon Jodoin et Jaggi Singh. C’est le genre d’accusation que je trouve intolérable, car je me bats depuis longtemps pour convaincre des Néo-Québécois du bien-fondé de la lutte de libération nationale, comme d’autres, et Dieu sait que ça fonctionne. C’est pourquoi je trouve déplorable de donner ce genre de prétexte à nos ennemis, surtout pour une manoeuvre électoraliste.

Puis concernant la tiédeur du PQ face à la simple mention d’engagements clairs par rapport au projet indépendantiste, je peux me montrer compréhensif dans un sens, et implacable dans un autre. Je comprends le fait que la majorité des médias jouent sur la peur de l’indépendance, sur la peur de l’instabilité post-indépendance ou même sur la peur référendaire, ce qui place le PQ dans une position délicate; il ne veut surtout pas « effrayer l’électorat ». Dans un autre sens, il faut arrêter d’avoir peur. C’est le point numéro un de sa plate-forme après tout. « Oui, mais on ne pouvait pas vraiment en faire la promotion, nous étions minoritaires ». « Là, on a le livre blanc ». La pédagogie de l’indépendance aurait dû être une lutte de tous les instants. Bordel, ça aurait pu servir à ça de se retrouver dans l’opposition pendant 9 ans! Le livre blanc, on le remplit en une fin de semaine. Ça pourrait même être un livret blanc. Très simple. Mettre sur papier côte à côte tous les endroits où on se fait crosser par le Canada, et tout ce qui sera différent après l’indépendance. Pas très compliqué. Tout devrait passer par ça. La tragédie de Lac-Mégantic aurait été une bonne occasion. Une bonne occasion de voir comment le Québec se fait avoir concernant le transport ferroviaire, qui est de juridiction fédérale. Comme le transport aérien, comme le transport maritime. Tu cherches un peu dans ces trois domaines et tu vas avoir un bon début pour nous montrer comment on se fait crosser. Je continue de penser qu’il faut les créer les « conditions gagnantes », pas les attendre. Le PQ devrait rechercher le conflit avec Ottawa, sans cesse.

Pour ce qui est de QS. Leur plate-forme sociale est intéressante. Françoise David a bien paru au débat des chefs. Pour certains, elle est devenue plus indépendantiste que le PQ. Pourquoi? Parce qu’elle en parle plus, et sans gêne. Détrompez-vous. Elle le fait pour une seule raison. Où est-ce que QS a grugé  ses votes avec les années? Pas au PLQ ni à la CAQ/ADQ. Un peu au Parti Vert, mais surtout au PQ. Les stratèges savent bien que QS n’a rien à y perdre à parler plus franchement d’indépendance que le PQ. Elle ne peut qu’y gagner en rameutant les indépendantistes progressistes déçus par le PQ. C’est donc dans cette logique que QS frappe plus souvent sur le PQ que sur le PLQ. Par ailleurs, j’ai comme l’impression que l’entêtement des solidaires à vouloir l’indépendance obligatoirement à gauche les empêcherait de se ranger aux côtés d’indépendantistes de droite dans un éventuel référendum. À gauche avant d’être indépendantiste. Et ON dans tout cela. C’était un parti plein de bonnes intentions qui a souffert du départ de son chef Jean-Martin Aussant. Même si Sol Zanetti est brillant et qu’il a l’air d’un chic type, ON peine à atteindre 2% des intentions de vote. Il faut dire que les médias ne leur offrent aucune visibilité.

La réalité est que la division du vote est une chose bien réelle et pas un mythe. L’existence de trois partis qui se disent indépendantistes et qui font chambre à part profite inévitablement et malheureusement au Parti libéral. Ça aussi, c’est bien réel. Si QS et ON existent, c’est bien pour une raison, réelle elle aussi, mais je ne vois absolument pas l’utilité d’avoir trois partis indépendantistes dans l’opposition qui tirent chacun la couverture de leur côté. Le PQ se satisferait de gouverner une province, QS se satisferait d’avoir 3 députés et ON se satisferait d’avoir 3% des intentions de vote. Voilà l’erreur. Peut-être que je suis encore le seul crétin à espérer une forme d’alliance entre ces trois partis, et je ne blâme pas plus l’un que l’autre, mais c’est une question de vie ou de mort. La vie ou la mort d’un peuple. C’est bien de cela dont il est question. Si chaque parti reste cantonné dans son égoïsme, la cause continuera d’en souffrir. Voilà le nœud du problème. Nous pouvons bien blâmer nos ennemis, les sondages, les médias, le fédéral, etc., mais pour l’instant l’ennemi est en nous. Il habite nos élites politiques « indépendantistes ». Il réside dans leur égoïsme. Il réside dans notre ignorance. Dans notre indifférence. Dans notre mollesse. L’indépendance ne se réalisera pas si nous laissons uniquement nos élites politiques mener le jeu. Le peuple doit prendre sa place. Le peuple doit s’organiser. Le peuple doit se solidariser dans ce combat. Nous avons des droits (quoique de moins en moins c’est vrai), mais nous avons aussi des obligations. L’obligation de nous instruire. L’obligation de nous informer. L’obligation de ne pas rester assis en retrait. Reggie Chartrand disait : « Une bonne poussée dans le dos… Pis si ça suffit pas, un bon coup de pied au derrière ». Voilà comment nous devons agir avec nos élites politiques.  Chacun de nous a un rôle à jouer. Quel que soit son sexe, son origine ou sa religion.

Sinon, un jour nous nous réveillerons, enfin, mais il sera peut-être trop tard. Lorsque nous perdrons nos emplois et que nous crèveront de faim, nous réaliserons alors que nous n’avons plus aucun droit. Plus le droit de manifester, plus de droit de grève, plus le droit de s’organiser, plus un mot à dire. Chaque année que nous passons dans l’inaction, nos droits nous sont enlevés progressivement. L’étau se resserre. La machine de surveillance sera alors si puissante que nous mourrons étouffés.

Jules Falardeau

PS : Je digère très mal d’avoir lu sur un blogue quelconque qu’on se moquait de Jacques Lanctôt et d’Armand Vaillancourt en disant que nous n’avons plus les révolutionnaires que nous avions. Quelle ignorance. Quel manque de respect. Les fesses au chaud confortablement assis derrière son blogue. Minable.

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