Les dérapages sophistiques de l’Inspecteur Camus

Aprilus met la table

Le philosophe François Doyon, c’en est un autre qui avait annoncé vouloir se tenir loin de toute prise de bec avec nos nuées nationales d’excréteurs de raccourcis intellectuels, géniteurs d’âneries régressives, aguicheurs de trou-de-culs d’la droite, les collabos de l’obscurantisme et autres usurpateurs de l’anarchisme et du gauchisme. Ces rigolos fantasmant un système solaire safe space, nécrosent toujours plus de place sous les projecteurs complaisants. Ils sont partout, pleurnichant et à leurs yeux, vertueux. Pas facile de ne pas leur mettre le nez dans le flot incessant de leur bêtise. Alors voilà, Doyon m’a entraîné dans cette nouvelle riposte et je ne vais pas bouder mon plaisir. Soubresaut donc, avant le grand vidage de mes tiroirs de tout ce qui a trait à ce foutu débat. Il s’agira alors du deuxième acte de mon rite mécréant annoncé au terme de ma dernière BD, LA GRANDE DÉRAPE. Maintenant, penchons-nous sur le cas d’un pathétique clown, j’ai nommé le prof de philo Xavier Camus. Au menu, des FAITS. Parions que le principal intéressé n’en aura cure car le réel compte peu pour ce genre de mariole prétendument de gauche. Ces twits d’arrondissement urbains, si prompts à mépriser la populace, gèrent mal la perspective d’un recul sociologique et historique. Il est si rassurant de scinder l’humanité en deux axes, façon Bush junior. L’axe du mal (les racisses nationalisses, aigris, bouseux et teigneux) et celui du bien (les gentils inclusifs full open). Comme dans un bon vieux blockbusters yankee! Vraiment, comme le disait Léo Ferré, «les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes». C’est assurément le cas pour le mal-nommé Camus.

Doyon procède à la dissection

L’Inspecteur Camus semble obsédé par la critique de l’islamisme, qu’il tente d’amalgamer à l’extrême droite avec un acharnement démentiel. Écrire sur cet enseignant en philosophie en manque de travail (?) et d’attention me répugne, car ses textes m’inspirent une répulsion qui transcende les mots, mais rester silencieux devant les dérapages sophistiques de ce collègue égaré serait déshonorer ma profession et trahir mon amour de la rigueur et de la philosophie.

Le présent texte présente les plus graves vices logiques de la pensée de l’Inspecteur Camus. Je l’ai écrit en espérant que l’Inspecteur puisse prendre conscience de ses erreurs et s’améliorer, et afin que ses élèves puissent comprendre que la logique putride de leur enseignant n’est pas celle de tous les professeurs de philosophie au collégial.

Le préjugé

Sur son blogue, l’Inspecteur Camus écrit :

« Mme Benhabib s’est fait connaître en 2009 par son premier essai, Ma vie à contre-Coran. Elle y annonçait déjà ses couleurs de troll anti-islam ».

Lisons maintenant un extrait de Ma vie à contre-Coran :

« Contrairement à ce qu’on croit trop souvent, les musulmans ne forment pas un bloc monolithique. Ils appartiennent à des classes sociales, des cultures, des nations différentes. L’islam se décline au pluriel et regroupe plusieurs visions antagoniques. Reconnaître cette diversité, c’est permettre l’expression de voix jusque-là inaudibles parmi les musulmans, notamment celle des laïcs. Il ne peut exister UNE communauté musulmane, mais DES communautés musulmanes, parmi lesquelles on compte une majorité respectueuse des valeurs démocratiques de ce pays. Dans le débat concernant les accommodements raisonnables, les immigrants de foi ou de culture musulmane sont les grands perdants. Ils sont devenus des suspects alors que la plupart d’entre eux ne demandent aucun accommodement, mais simplement la possibilité de partager leurs diverses expériences avec leurs coreligionnaires. De grâce, ne les rendons pas coupables par association. Ne les stigmatisons pas. Ils sont porteurs d’expériences formidables ; ils sont une richesse pour le Québec. S’il est vrai qu’il existe une multitude d’islams, reste à savoir lequel est soluble dans la démocratie. C’est cette épineuse et complexe question qui nous interpelle collectivement. Ne laissons pas aux seuls musulmans la responsabilité historique d’en décider. Cet enjeu, nous devons y répondre ensemble dans la transparence, l’échange, l’ouverture et la vigilance. Doit-on réinventer notre démocratie pour accommoder les islamistes ou s’assurer plutôt qu’ils n’interfèrent pas dans les affaires de la Cité ? […]

Si l’État continue de faire l’autruche et de fermer les yeux sur l’énorme malaise des immigrants face au marché de l’emploi, il contribuera à nourrir un ressentiment qui ne peut conduire qu’à un immense gâchis et à l’exclusion ». (Djemila Benhabib, à contre-Coran, Montréal, VLB, 2009, p. 25-26)

Après de tels propos, il est clair que quiconque accusera Benhabib d’être lié à l’extrême droite, d’être islamophobe, xénophobe ou raciste est tellement idéologiquement biaisé que sa perception de la réalité est gravement déformée.

La contradiction

L’Inspecteur Camus prétend être toujours posé et transparent, et il affirme toujours prouver ses dires en présentant des preuves :

« Bien que son texte dresse un portrait de moi tout à fait abominable, je répondrai comme je le fais toujours, c’est-à-dire de manière posée, transparente et avec preuves à l’appui. »

Voici une liste d’extrait de textes de l’Inspecteur Camus où il est ni posé, ni transparent :

« Dans le sillage de la Charte des valeurs (2012), elle deviendra une incontournable héroïne pour ceux et celles qui estiment que la seule façon de sauver l’identité québécoise doit se résumer à casser du sucre sur le dos de la communauté musulmane, étant donné les forces obscures qui s’y cacheraient pour nous imposer un éventuel agenda totalitaire. »

« Au fil des années, Mme Benhabib s’est ainsi démarquée comme ardente défenderesse de l’identité québécoise, pro-charte, anti-islam, anti-commission sur le racisme systémique, etc., répétant ad nauseam exactement ce que les xénophobes veulent entendre. »

« Cet été, elle fit aussi les délices des islamophobes en accusant les Frères musulmans d’avoir organisé des prières provocatrices au Parc Safari, dans le dessein machiavélique d’humilier les Québécois. es et faire avancer leurs objectifs totalitaires. Elle évoqua leur islamisme et même leur terrorisme larvé.

Or, tout cela n’était qu’un tissu de divagations sournoises : les faits ont démontré que le groupe musulman en question avait réservé un espace privé en bonne et due forme afin de s’amuser. Leurs activités festives étaient leur réelle motivation, si bien que le responsable religieux avait permis qu’on puisse regrouper deux prières en une, pour que ce soit plus bref (moins de 10 minutes au total). »

« Puis que pense-t-elle de ses détracteurs, ceux qui tenteront de faire valoir les faits ou la tolérance en général ? Elle juge que ce sont des “idiots utiles” de l’islamisme, mieux encore : des “crétins de la gauche régressive” ».

Et voici un extrait où il affirme quelque chose sans aucune preuve, car c’est une affirmation sur le futur concernant une auteure, Annie-Eve Collin, dont il se vante de ne pas lire les textes :

« En invitant des militantes zélées “anti-voile” telles que Louise Mailloux, Nadia El-Mabrouk et Annie-Ève Collin, on sait d’ores et déjà que les discussions prendront une tournure islamophobe. »

L’affirmation du conséquent

L’affirmation du conséquent est une forme de déduction invalide. Affirmer le conséquent dans un syllogisme hypothétique : « Si P alors Q ; Q est vrai donc P est vrai » est un raisonnement invalide, car il faut que P soit vrai pour que Q soit vrai et non pas l’inverse. Le syllogisme hypothétique « Si P alors Q ; P est vrai ; donc Q est vrai » est valide.

Dans un texte publié sur Ricochet, l’Inspecteur Camus fait une affirmation du conséquent lorsqu’il dit, sans avancer de preuves, que des gens qui ont liké la page Facebook de La Meute sont des membres de La Meute.

« Sur une autre photo, on peut observer Mme Benhabib, tout sourire, recevoir l’accolade de deux de ces agents de sécurité volontaires : tous les deux sont des membres de la page publique de La Meute, l’un d’eux est Farid Salem. Les membres de ce groupe islamophobe étaient toutefois habillés en civil (c’est-à-dire sans les logos distinctifs de La Meute). Les participants du colloque n’ont donc peut-être pas remarqué leur présence. […] En première analyse, je ne peux ni confirmer ni infirmer que Mme Benhabib ait délibérément fait appel à La Meute pour protéger les conférenciers. Il se peut que ces loups — admirateurs de Benhabib et de Bock-Côté — se soient portés volontaires. »

Si l’on reconstitue le raisonnement de l’Inspecteur Camus, nous obtenons ceci :

Si tu es membre de La Meute alors tu es membre de la page Facebook de La Meute.

Farid Salem est membre de la page Facebook de La Meute.

Donc Farid Salem est membre de La Meute.

C’est la forme de déduction invalide appelée affirmation du conséquent.

Il est à noter que lorsque l’Inspecteur Camus veut aboutir à la conclusion que La Meute n’a pas beaucoup de membres, il dit qu’être membre des pages Facebook ne compte pas et que des milliers de personnes ont été ajoutées par inadvertance. Pourquoi l’Inspecteur Camus a-t-il diffamé des gens qui ont peut-être été ajoutés par erreur ?

L’inspecteur Camus écrit :

« En conclusion, quelles que puissent être les raisons pour lesquelles ces personnalités ont abouti dans le groupe secret de La Meute, on ne peut que souhaiter leur dissociation immédiate et une dénonciation des stratagèmes utilisés par La Meute pour grossir leurs rangs et se faire un capital de prestige sur le dos de chroniqueurs conservateurs respectés. »

Et il poursuit ainsi :

« Plusieurs personnalités sont abonnées à la page secrète du groupe d’extrême droite La Meute. Elles grossissent ainsi les rangs de la formation xénophobe qui s’enorgueillit d’avoir plus de 44 000 membres sur cette page. De surcroît, les chefs de La Meute instrumentalisent ces vedettes pour se normaliser et recruter davantage. Ont-elles été embrigadées sans leur consentement ? Il conviendrait de voir ces personnalités se dissocier fermement de La Meute en quittant leurs rangs. »

Et si, comme c’est arrivé à des milliers de personnes, un individu a été ajouté à la page de La Meute à son insu, cet individu est coupable de ne pas être allé vérifier ?

Est-il acceptable de laisser Xavier Camus mettre les gens au pied du mur pour leur donner l’occasion de prendre leur distance avec La Meute ?

Faut-il remercier l’Inspecteur Camus de sortir de force des personnes du placard alors qu’elles ne savaient même pas qu’on les avait mises au placard de la honte ?

Au lieu de les exposer au mépris public, il aurait pu écrire à ces personnes pour les informer de la situation.

L’Inspecteur Camus, fait preuve dans ses méthodes d’un grave manque d’éthique. J’ai cependant l’impression d’avoir perdu mon temps en écrivant ce texte, car la route du dément est droite à ses yeux. (Proverbes, 12, 15).

Biographie – François Doyon – Ose te servir de ton propre entendement! Voilà la phrase fétiche de François, une phrase qu’il aime appliquer au jour le jour. Que ce soit dans ses luttes épiques contre les impostures intellectuelles, son amour pour les plantes que personne ne connaît par leur vrai nom ou son dévouement pour ses élèves, François ne se chauffe pas de n’importe quel bois. Spécialiste de la philosophie de Hans-Georg Gadamer, il est l’un des auteurs de Philosophical Apprenticeships, contemporary continental philosophy in Canada (Presses de l’Université d’Ottawa, 2009), de L’art du dialogue et de l’argumentation, s’initier à la pensée critique pour le cours « Philosophie et rationalité » (Chenelière Éducation, 2009) et de La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Léméac, 2016). Il vient de publier Les philosophes québécois et leur défense des religions (Connaissances et Savoirs, 2017). François Doyon est également contributeur pour la revue Québec sceptique.

Aprilus, le dessinateur

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Aprilus
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