Les attentats, alibi pratique de la nouvelle Inquisition

Les attentats sont drôlement pratiques pour les dirigeants politiques qui voudraient pouvoir se mettre le nez dans la vie privée et les activités politiques de tout le monde. La secrétaire d’État à l’Intérieur du Royaume-Uni, Amber Rudd, nous dit que la police devrait avoir un passepartout pour déchiffrer n’importe quelle communication cryptée, notamment sur WhatsApp.

Comme nous le rappellent si bien les interlocuteurs privilégiés des médias et les journalistes aux liens étroits avec le SCRS, les pauvres ignares que nous sommes ne devraient pas adhérer aux « théories du complot », mais ceux qui nous régentent ont tout à fait raison, eux, de vouloir sonder les esprits 24 heures sur 24, juste au cas où ils pourraient conjurer à la dernière minute une des nombreuses conspirations qu’ils voient naitre quotidiennement dans leurs cauchemars. Comme chacun le sait, Internet est un incubateur à idées radicales contre lequel la société doit être protégée.

Pour justifier sa proposition, Mme Rudd nous rappelle que le prétendu terroriste décédé du pont de Londres a communiqué avec une personne se trouvant dans un appartement de Birmingham au moyen de l’application de télécommunication cryptée WhatsApp, quelques minutes avant son attentat. Mais quel rôle cette communication a-t-elle joué dans « l’organisation » d’un attentat bricolé avec une bagnole louée et un couteau ? Quelles instructions secrètes aurait proférées, à l’autre bout du fil, l’interlocuteur de Khalid Masood, pendant que le riz au curry cuisait dans le restaurant de l’étage du bas ? « Embraye, Khalid, et puis lâche-toi lousse ? »

Si je suis malade mental, ai-je besoin d’une communication cryptée avec la centrale terroriste locale avant de louer un char et de passer chez Canadian Tire m’acheter un canif ? Comment les « autorités » vont-elles choisir les communications à intercepter ? Radio-Canada et les autres médias ne cessent de nous répéter que des gens « se radicalisent » en un clin d’oeil et que des « loups solitaires » peuvent sévir à tout moment. De qui faudra-t-il se méfier exactement ? Qui devra être surveillé ? Selon quels critères ? La religion ? L’allégeance politique ?

Le 9 janvier 1973, la GRC a volé la liste des membres du Parti Québécois. Selon les patrons de la GRC, la sécurité nationale était menacée par les émules de René Lévesque, Jacques Parizeau et Camille Laurin. Aujourd’hui, grâce au projet de loi C-51, la GRC et le SCRS n’ont plus besoin d’avoir recours aux introductions par effraction. Bien installés dans le confort de leurs bureaux, les agents payés avec nos impôts peuvent tranquillement lire les communications non cryptées des militants indépendantistes encore un peu trop naïfs. Tous les partis politiques indépendantistes québécois sont assurément des cibles prioritaires pour la GRC et le SCRS, qui ont à peu près les mêmes préoccupations que Mme Rudd et qui aimeraient, eux aussi, pouvoir écouter les communications cryptées, dont la popularité est en hausse depuis les révélations de Wikileaks et d’Edward Snowden.

Mais le voeu de la GRC et du SCRS sera peut-être exaucé si Facebook, qui est propriétaire de WhatsApp, et les autres sociétés informatiques sont obligées de fournir un passepartout aux censeurs et espions du MI5 et du MI6. Les services britanniques pourront déchiffrer les communications cryptées des honnêtes gens que les paranoïaques considèrent comme des terroristes potentiels et n’auront qu’à transmettre les messages qu’ils jugeront « dangereux » à leurs amis du Groupe des cinq (Five Eyes) postés à Ottawa. C’est un scénario tout à fait plausible, d’autant plus que les serveurs des grandes multinationales comme Google, Microsoft et Apple, où transitent beaucoup de communications, peuvent être situés un peu partout dans le monde et ainsi échapper aux lois canadiennes.

Mme Rudd et ses homologues d’Ottawa peuvent compter sur leurs médias pour préparer psychologiquement la population à une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales. RDI, LCN et compagnie nous rebattent sans cesse les oreilles avec des crimes pas toujours clairs que leurs amis politiques qualifient immédiatement d’attentats terroristes, afin que la police puisse mener des enquêtes interminables dans le plus grand secret.

Ce matraquage médiatique est efficace. Beaucoup de moutons de Panurge traumatisés par leur téléviseur ont tellement peur qu’ils sont prêts à prendre leur douche tout nus sous le regard scrutateur du SCRS. On ne sait jamais, un séparatiste va peut-être se mettre un suppositoire au TNT et se faire exploser au milieu d’une famille de castors.

 


Bernard Desgagné
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