Le verdict favorise encore le côté des élites

Quelque peu prévisible, Alice Paquet n’aura pas eu gain de cause contre son agresseur. Gerry Sklavounos est entièrement innocenté des accusations de viol. La vie continue et ce dernier pourra vraisemblablement retourner à son poste comme si de rien était.

Lorsqu’on regarde la situation après-coup, d’un point de vue de quelqu’un qui n’a jamais vécu ça, on peut affirmer qu’Alice Paquet a quand même mal joué ses cartes. Elle s’attaquait à gros, elle ne l’aurait pas eu facile de toute façon. Mais ne pas avoir étalé autant de déclarations contradictoires, ou avoir rétracté certaines autres, elle aurait peut-être réussi à le faire tasser du caucus plus efficacement et même rallier la solidarité des autres victimes de harcèlement, accusations qui planent encore contre Sklavounos sans que ce soit du tout réglé. Mais bon, j’admets que c’est facile de dire ça lorsqu’on a les idées claires et qu’on est pas perturbé par un événement aussi traumatisant que le viol.

Ce système de justice fait pour les riches et les possédants demande d’avoir des preuves livrées avec une âme de béton et un cœur en charbon pour espérer avoir un début de commencement de possibilité de gagner contre son agresseur, parce que la victime part inévitablement à -10 et qu’elle est discréditée avant même d’ouvrir la bouche pour lancer la première parcelle d’accusation. Et ça, Philippe Couillard le sait très bien, il joue de prudence pour ne pas salir encore plus la réputation de son parti. Cela semble presqu’impossible étant donné qu’ils sont déjà pas mal au plus creux niveau réputation, ils doivent avoir dépassé le fond depuis longtemps.

Le PLQ, doit-on le dire, vit une hécatombe au niveau des scandales : les uns après les autres, les députés tombent comme des mouches. Une fois lavés de leur mauvais coups et oubliés par le public, ils reviennent avec le sourire et tentent tant bien que mal de revenir au caucus des ministres, mais Couillard est pris entre l’arbre et l’écorce. Il n’a plus le choix de se libérer de ses éléments le plus douteux, les prochaines élections approchent, on doit montrer patte blanche. Il ne veut pas couler avec son parti dans les profondeurs de l’abîme avec les autres, surtout qu’il a déjà lui-même vécu un gros scandale avec son ami renié Arthur Porter. Parlez-en à Sam Hammad, frustré de s’être fait repoussé comme backbencher pour encore un bout, il semble s’être fait barré indéfiniment par son chef. Entre nous, espérons que Sklavounos subisse au minimum le même sort.

La demande de Couillard est assez intéressante à l’égard du principal intéressé : il devra pratiquement trouver un moyen contourné de s’excuser d’être un sale pervers et promettre d’avoir de la retenue avec les femmes pour espérer revenir comme ministre. Va-t-il être capable de faire ça avec le meilleur pokerface possible? En tout cas, j’ai hâte d’entendre cette pièce d’anthologie de l’hypocrisie.