Le tribunal de Blancs qui juge des Noirs coute cher aux contribuables canadiens

Le complot occidental en Côte d’Ivoire est une évidence. […] La rencontre avec le président Gbagbo fut pour moi déterminante. Lui, que tous identifiaient comme étant le responsable de tous les problèmes de son pays, m’est apparu comme un homme bon, qui répond honnêtement aux questions, même aux plus insidieuses, un humaniste qui veut le bien de son peuple. — Yves Rocheleau, député du Bloc Québécois (1993-2004)

Les Africains idéalisent le Canada comme un gentil pays sans tradition coloniale. Les Canadiens, eux, voient leur fédération comme un parangon de démocratie, de respect des lois et de défense des droits. Mais la réalité est tout autre. Le Canada est un pays traditionnellement raciste qui, après avoir parqué les Amérindiens dans des réserves, massacré les Métis et vassalisé la nation québécoise, agresse systématiquement l’Afrique et trompe le public avec de vastes campagnes de désinformation. L’une des principales manifestations d’hostilité du Canada envers les peuples africains est le financement de la justice internationale, que l’on a le culot de nous présenter comme une œuvre de bienfaisance. 

Depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome, en juin 2002, le gouvernement fédéral canadien a versé plus de 128 millions de dollars à la Cour pénale internationale (CPI), un tribunal fortement critiqué dont plusieurs pays africains se sont retirés ou songent à le faire. Loin de lutter contre l’impunité et de donner un sentiment de justice aux Africains, la CPI ressemble à un tribunal de Blancs conçu pour juger des Noirs. 

À Ottawa et dans les médias de l’oligarchie canadienne, on préfère évidemment ne pas parler des deniers publics accordés à la CPI pour ne pas attirer l’attention sur cette dépense qui ne donne rien de bon aux Africains ou aux contribuables canadiens ordinaires. Une dépense qui vise prétendument des objectifs louables, mais qui n’est bénéfique que pour les riches actionnaires des multinationales dont les profits reposent sur la recolonisation et l’humiliation de l’Afrique.

Calcul effectué à partir des Comptes publics du Canada et de la feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada. En 2009-2010, à la veille du printemps arabe et du renversement de Laurent Gbagbo, le Canada a versé une somme deux fois plus élevée que d’habitude à la CPI. Pourquoi? Le Canada avait-il une boule de cristal?

Les dirigeants africains qui défendent les intérêts de leur peuple et qui refusent de s’incliner devant la toute-puissance du capital néolibéral sont traités en parias et sont soit tués, soit traduits devant la CPI. Pendant ce temps, des meurtriers de masse aidés par le Canada et ses alliés ne sont pas inquiétés par la CPI et régentent des pays comme le Rwanda, la Libye ou la Côte d’Ivoire. C’est ainsi que le dictateur Alassane Ouattara a été installé au pouvoir, en Côte d’Ivoire, tandis que le président dûment élu, Laurent Gbagbo, et l’un de ses ministres, Charles Blé Goudé, étaient brutalement capturés et incarcérés à La Haye, aux Pays-Bas, où se trouve la CPI et où ils sont soumis à un simulacre de procès qui s’éternise depuis des années.  

Si, au moins, les contribuables canadiens pouvaient se dire que les 128 millions de dollars dont ils n’ont pas pu se servir pour financer leurs écoles et leurs hôpitaux ont aidé l’Afrique à améliorer son sort, ils y trouveraient un certain réconfort. Contrairement aux exploiteurs qui ne cessent de s’enrichir scandaleusement, les gens ordinaires n’ayant que peu de moyens font généralement preuve d’une grande générosité pour aider leurs semblables, au Canada et ailleurs. Mais l’argent dont les contribuables canadiens ont été privés a plutôt été détourné par leurs dirigeants corrompus, acoquinés à des compradors et des terroristes, pour empêcher les Africains de prendre en main leur destin et pour les maintenir dans la soumission et la pauvreté. Voyons, par exemple, ce qui s’est passé exactement en Côte d’Ivoire.

La guerre et le coup d’État contre le démocrate et socialiste Laurent Gbagbo

La démocratie, c’est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit, qui est la Constitution. Qui ne respecte pas la Constitution n’est pas démocrate. Madame, c’est parce que j’ai respecté la Constitution qu’on veut m’amener ici? Alors, bon, je suis là, mais je compte sur vous. Je compte sur vous parce que je souhaite que tous les Africains, tous les Africains qui me soutiennent et qui sont tout le temps ici devant la Cour, devant la prison, qui sont dans leur pays en train de manifester, en train de marcher, tous ces Africains-là, qu’ils comprennent que le salut, pour les États africains, c’est le respect des Constitutions que nous nous donnons et des lois qui en découlent. — Laurent Gbagbo, le 28 février 2013, devant la Cour pénale internationale, à La Haye

La guerre civile de 2002 à 2011 en Côte d’Ivoire s’est terminée avec le renversement du président Laurent Gbagbo par les forces françaises et onusiennes venues aider les bandes armées d’Alassane Ouattara. En plus de ne pas respecter la Constitution, les lois et les institutions ivoiriennes lors de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, où Laurent Gbagbo a été proclamé élu par les institutions de son pays, ces bandes ont commis de nombreux crimes demeurés impunis, notamment le massacre de Duékoué, le 29 mars 2011, où elles ont tué plus de 800 civils. 

Le gouvernement du Canada a financé et encouragé les auteurs de ces massacres avec l’argent des contribuables canadiens, qui ont été de surcroit complètement bernés par les reportages mensongers de médias peu scrupuleux. On a fait croire aux Canadiens que le vrai gouvernement était celui d’Alassane Ouattara et que Laurent Gbagbo « s’accrochait au pouvoir » après avoir perdu les élections aux mains du « président reconnu par la communauté internationale ». En fait, M. Gbagbo se comportait en démocrate et proposait simplement qu’on recompte les votes pour dénouer la crise. 

À l’inverse, Alassane Ouattara appelait ses riches et puissants parrains à renverser par les armes le président élu en invoquant une déclaration du président de la Commission électorale indépendante, Youssouf Bakayoko, qui avait sorti arbitrairement des chiffres de son chapeau, hors du cadre prévu par la loi. M. Bakayoko avait lu sa déclaration au QG de M. Ouattara, devant un parterre de journalistes étrangers, en l’absence de la presse ivoirienne et à l’insu des autres membres de la Commission. Accréditer une pareille tromperie, comme l’ont fait les dirigeants et les médias canadiens, est exactement le contraire de la démocratie. C’est en contradiction flagrante avec les valeurs que le Canada se targue de défendre sur la scène internationale.

En plus d’inverser complètement la réalité et de favoriser le langage des armes, plutôt que celui des urnes, le bon élève qu’est censé être le Canada n’a cessé de se servir de ses médias pour occulter des faits cruciaux et propager l’idée que le deuxième tour de l’élection présidentielle s’était déroulé sans problème majeur dans toute la Côte d’Ivoire. Pourtant, des violations graves des droits de la personne et de la fraude massive avaient eu lieu dans la zone sous l’emprise des bandes armées, comme l’ont bien indiqué les observateurs de l’Union africaine, qui ont produit un rapport détaillé à ce sujet. Les bandes armées étaient encore omniprésentes en 2010 puisque l’engagement de les désarmer avant l’élection, conformément à l’article 3.2.1 de l’Accord politique de Ouagadougou (2007), n’avait pas été respecté. 

C’est le représentant du secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi, qui a fourni aux dirigeants et médias occidentaux l’alibi dont ils avaient besoin pour propager le mensonge de la victoire d’Alassane Ouattara. Ce fonctionnaire très malhonnête de l’ONU a déclaré que l’élection présidentielle s’était déroulé « dans une atmosphère démocratique […] malgré quelques incidents, parfois violents dans l’ouest et le nord du pays ». Il présentait donc comme des « incidents » les violations et les fraudes massives constatées par les observateurs africains et se substituait aux institutions nationales de Côte d’Ivoire, qui étaient pourtant les seules à pouvoir donner les résultats et proclamer un vainqueur, en vertu du droit ivoirien et du droit international.

Au début d’avril 2011, l’aviation française a répondu à l’appel d’Alassane Ouattara en pilonnant et en incendiant la résidence présidentielle, où se trouvaient Laurent Gbagbo et des dizaines de civils, y compris des enfants. Beaucoup d’autres civils venus manifester pacifiquement leur appui à leur gouvernement sont morts sous les bombes françaises et sous les tirs des bandes armées. D’autres encore ont été utilisés comme boucliers humains par ces mêmes bandes, dans les rues d’Abidjan, sous le regard des caméras. 

Le 11 avril 2011, le président Gbagbo a été capturé par les forces françaises, puis livré aux bandes armées, qui ont exécuté sommairement des dirigeants politiques et qui en ont gravement molesté d’autres ainsi que des membres de leur famille. Nombre de ces crimes ont été commis en plein jour au QG d’Alassane Ouattara, c’est-à-dire à l’Hôtel du Golf d’Abidjan. Les personnes molestées comprennent notamment le fils de Laurent Gbagbo, Michel Gbagbo, ainsi que sa femme, Simone Gbagbo, qui était âgée de 61 ans à l’époque. 

Des dirigeants et de nombreux militants du Front populaire ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, ont été emprisonnés, humiliés, maltraités et torturés. On a porté des accusations factices contre eux et on leur a fait de faux procès pour les maintenir en prison, à moins qu’ils acceptent de collaborer avec le nouveau régime dictatorial d’Alassane Ouattara. Ceux qui ont fui à l’étranger et qui, répondant aux appels hypocrites à la réconciliation lancés par le régime, ont osé rentrer d’exil plus tard ont été, eux aussi, jetés en prison et accablés d’accusations sans fondement. Obligés de fuir les massacres et les autres persécutions, des dizaines de milliers d’Ivoiriens sont encore réfugiés dans des camps hors de la Côte d’Ivoire, sept ans après la crise, parce qu’ils n’appartiennent ni à la bonne ethnie ni au groupe politique actuellement au pouvoir.

Le 29 novembre 2011, soit un an et un jour après l’élection présidentielle, Laurent Gbagbo a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye. Dans l’intervalle, de nombreux membres des bandes armées avaient obtenu des postes de ministre ou d’autres postes de haut dirigeant. En guise de remerciement pour l’aide financière accordée par le gouvernement du Canada, le régime d’Alassane Ouattara a permis à des entreprises canadiennes comme Canadian Natural Resources de décrocher de juteux contrats d’exploitation des ressources naturelles en Côte d’Ivoire, avec des entreprises françaises et étasuniennes.

Pour avoir défendu la Constitution, les lois et les institutions de son pays et pour avoir été un rassembleur et un champion des gouvernements multiethniques, le président Laurent Gbagbo, grand démocrate et père du multipartisme en Côte d’Ivoire, a été expédié en prison comme un vulgaire criminel par de puissants chefs d’État occidentaux qui disent défendre les droits de la personne et la démocratie, mais qui font exactement le contraire. Laurent Gbagbo et son ex-ministre Charles Blé Goudé subissent, à la CPI, d’un procès qui tient davantage du vaudeville que de la justice. 

Africains et Québécois critiquent vivement la justice internationale

Le 21 avril dernier, une conférence sur la justice internationale avait lieu à Montréal. Elle était présidée par Aziz Fall, professeur à l’Université McGill et l’Université de Montréal. Les deux conférenciers étaient l’avocat québécois John Philpot et son homologue ivoirien Rodrigue Dadjé. Me Philpot a été pendant de nombreuses années avocat de la défense au Tribunal pénal international pour le Rwanda. Me Dadjé est l’avocat principal de Simone Gbagbo. Tous les deux sont des experts de la justice internationale. 

Les médias avaient été invités à cette conférence, mais aucun journaliste ne s’y est présenté et aucun n’a manifesté quelque intérêt que ce soit. Évidemment, les journalistes canadiens savent déjà tout sur la justice internationale et n’ont que faire du point de vue des experts, sauf si ces derniers acceptent de régurgiter docilement à la télé les prétendues vérités qui servent à tromper les contribuables canadiens et à enchainer l’Afrique.

Les deux avocats ont vivement critiqué la justice internationale. Ils ont trouvé un écho favorable parmi le public présent. Lors de la période de questions qui a suivi la conférence, Africains et Québécois ont dénoncé à l’unanimité la partialité et le caractère politique d’un système qui vise les pays africains de manière disproportionnée. D’entrée de jeu, le professeur Aziz Fall avait précisé que, « sur dix affaires actuellement à la CPI, neuf visent des Africains. Il ne faut donc pas s’étonner que trois pays africains, le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie, se soient retirés du Statut de Rome. »

Au cours de la conférence, John Philpot a rappelé que « la justice internationale est née avec le Tribunal de Nuremberg, où l’humanité a affirmé que le crime d’agression était le plus grave de tous et que beaucoup d’autres crimes en découlaient. Pourtant, le crime d’agression n’existe pas dans le Statut de Rome. Celui qui déclenche une guerre ne risque pas d’être poursuivi par la CPI. C’est complètement insensé! Si la CPI était un tribunal sérieux, il y aurait de nouveaux visages parmi les accusés : Bush, Blair, Obama, Trump, Sarkozy, Macron. Les tribunaux internationaux sont des instruments de domination et de néocolonialisme. La CPI devrait tout simplement disparaitre. »

S’agissant de la partialité de la CPI, Rodrigue Dadjé a renchéri : « Ce tribunal a été créé supposément pour défendre les victimes. Pourtant, le Statut de Rome ne permet pas aux victimes de porter plainte. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a le pouvoir discrétionnaire d’enquêter ou non. Pourquoi la procureure ne fait-elle pas enquête lorsque les États-Unis bombardent sciemment un hôpital de Médecins Sans Frontières en Afghanistan et qu’il y a une abondance d’éléments incriminants? Les enquêtes de la CPI ont nettement des motifs politiques et elles visent des pays dont les richesses sont convoitées par certains États membres permanents du club de sorciers que l’on appelle communément le Conseil de sécurité des Nations Unies. »

Rodrigue Dadjé est outré de constater que « la procureure de la CPI ne semble pas s’émouvoir le moins du monde du massacre de milliers d’Ivoiriens par la rébellion au service d’Alassane Ouattara. Pourtant, selon les critères de l’antériorité, de la quantité et de la gravité, les crimes des pro-Ouattara mériteraient amplement de faire l’objet d’une procédure pénale avant les crimes hypothétiques des pro-Gbagbo. La CPI s’intéresse à des individus qui auraient apparemment détruit des bâtiments au Mali, mais ne fait aucun cas des meurtres de masse commis depuis 2002 dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Elle se comporte comme un bandit qui a l’onction des grandes puissances. »

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont présumés coupables jusqu’à preuve du contraire, en violation flagrante du principe de la présomption d’innocence. Les toges noires de La Haye grassement rémunérées avec l’argent des contribuables canadiens — les salaires des avocats et des juges de la CPI sont libres d’impôt — tentent avec acharnement d’imputer des crimes imaginaires aux deux hommes sans preuve crédible. Rodrigue Dadjé donne à cet égard un exemple de grossière mise en scène qui a été scandaleusement récupérée par la CPI comme si elle avait été un vrai crime. 

Il s’agit de la fameuse marche des femmes d’Abobo, le 3 mars 2011, où les forces de sécurité ivoiriennes auraient prétendument fait feu sur des manifestantes. Or, les victimes présumées sont en fait toutes portées disparues. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés et aucune expertise médico-légale n’a pu être effectuée, même si les familles de certaines de ces victimes, partisanes de Ouattara, prétendaient avoir enterré elles-mêmes leur proche. À l’époque, les médias du Canada et d’autres pays avaient fait beaucoup de tapage autour de cette fausse tuerie, qui avait été utilisée pour accabler le gouvernement de Laurent Gbagbo d’accusations infamantes. 

Les médias avaient diffusé des extraits d’une vidéo amateur de la marche des femmes, sans toutefois montrer la séquence où l’on voit l’une des mortes revenir miraculeusement à la vie et se faire dire de se recoucher parce que le tournage n’est pas terminé! Que la CPI continue de s’en servir dans le dossier à charge contre Laurent Gbagbo est un exemple de la partialité et de l’extrême mauvaise foi de ce faux tribunal qui, faut-il le rappeler, a couté jusqu’ici plus de 128 millions de dollars aux contribuables canadiens.

Par ailleurs, la CPI réclame inexplicablement l’extradition de Simone Gbagbo, ex-première dame de Côte d’Ivoire. Encore une fois, c’est l’Afrique qui est visée. Pour innover, sans doute, le tribunal de Blancs veut s’en prendre maintenant à une femme de race noire. Il cherche à ouvrir une procédure contre Mme Gbagbo pour les mêmes crimes qui lui ont déjà valu un procès en Côte d’Ivoire et dont elle a été acquittée, malgré les procédés déloyaux du régime Ouattara. « La CPI s’ennuie tellement qu’elle veut poursuivre des personnes qui ont déjà subi un procès, lance Rodrigue Dadjé. Le Statut de Rome est un contrat de dupe. Le but de la CPI n’est pas de faire respecter le droit. Les États africains doivent se réveiller et se doter d’un système judiciaire qui rendra la CPI inutile. »

Le Canada devrait se regarder avant de faire la leçon aux Africains

L’ex-député du Bloc Québécois Yves Rocheleau me rappelait encore récemment l’époque où, en 2001, il a pu constater sur place, en Côte d’Ivoire, ce qui se tramait contre Laurent Gbagbo. Un jour, il est allé prendre une bière avec un Néerlandais qui lui a avoué avoir honte du rôle joué par l’ambassade de son pays dans la campagne de dénigrement contre Laurent Gbagbo. Un haut placé de l’ambassade des Pays-Bas en Côte d’Ivoire avait dit à Yves Rocheleau que Laurent Gbagbo ne serait plus au pouvoir « dans un an ». C’était un peu plus d’un an avant le coup d’État raté du 19 septembre 2002, qui s’est mué en guerre civile désastreuse. Savez-vous comment s’appelait le Néerlandais parti prendre une bière à Abidjan avec Yves Rocheleau? C’était Bert Koenders.

Plutôt que de faire comme Yves Rocheleau et de dénoncer l’infâme complot des moralisateurs occidentaux contre un chef d’État dument élu, M. Koenders a préféré s’occuper de sa carrière. Il est devenu président de l’Assemblée des parlementaires de l’OTAN, puis ministre de la Coopération et du Développement des Pays-Bas. En aout 2011, il oublie complètement ses scrupules et retourne en Côte d’Ivoire pour succéder à l’affabulateur Young-Jin Choi au poste de représentant du secrétaire général des Nations Unies. Pendant son mandat, les assassins à la solde de Ouattara se livrent au massacre de Nahibly sans qu’interviennent les Casques bleus dont il est responsable. En fin de compte, pour couronner sa carrière, M. Koenders devient ministre des Affaires étrangères dans son pays. Il prend désormais sa bière non loin de la prison où est incarcéré Laurent Gbagbo. Il n’y a rien de tel que l’ambition et un généreux salaire pour anesthésier une conscience morale.

Aujourd’hui, la parodie de justice de la CPI est insupportable à Yves Rocheleau, mais ce qui le choque encore davantage, c’est le silence des élites politiques canadiennes et québécoises à ce sujet. À l’époque où la guerre civile commençait en Côte d’Ivoire, le chef du Bloc Québécois, Gilles Duceppe, s’était même moqué de M. Rocheleau et de son admiration pour Laurent Gbagbo. Heureusement, Gilles Duceppe n’est plus chef du Bloc Québécois, bien qu’il dirige une honteuse cabale contre la chef actuelle de ce parti, Martine Ouellet, une femme extraordinaire par son courage et son intelligence. Quoiqu’il ait toujours prétendu être pour l’indépendance du Québec, M. Duceppe est en fait un homme du système canadien, contrairement à Mme Ouellet, qui subit présentement une pluie de mensonges et de calomnies rappelant celle qui s’est abattue sur Laurent Gbagbo lorsqu’il était président. Mais qu’est-ce exactement que le système canadien?

Au Canada, le système électoral uninominal à un tour permet à un chef de parti politique de gouverner sans partage avec moins de 40 % des voix aux élections générales. Même si la majorité des Canadiens n’a pas voté pour lui, le premier ministre du Canada peut avoir le contrôle absolu du législatif et de l’exécutif. Le premier ministre nomme les ministres et les sénateurs, qui sont toujours des amis du régime et jamais des membres de l’opposition. On est très loin de l’esprit fraternel de Laurent Gbagbo, qui nommait des opposants politiques à des postes de ministre dans une perspective de réconciliation nationale. 

Le pouvoir du premier ministre du Canada s’étend au système judiciaire puisque son ministre de la Justice nomme les juges à tous les échelons de la magistrature. En outre, dans les faits, le premier ministre choisit le gouverneur général et les lieutenants-gouverneurs, qui sont les représentants de la reine d’Angleterre, chef d’État officiel du Canada. 

Les contribuables canadiens sont encore obligés de donner leur argent pour entretenir le faste de la royauté britannique, au XXIe siècle, et la Constitution de leur pays ne mentionne aucunement le peuple tout simplement parce que le peuple canadien n’est pas souverain. Il est soumis à la reine d’un autre pays, qui occupe une place de choix dans la Constitution. Même la Charte canadienne des droits et libertés, si souvent présentée avec un orgueil délirant comme un document de référence pour l’humanité, ne mentionne pas le peuple. Elle dit, dans sa première phrase, que « le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». Évidemment, il s’agit du droit défini par les riches, pour les riches.

Le premier ministre du Canada ou l’un de ses ministres nomment en outre le chef d’état-major de la défense, les commissaires de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ainsi que beaucoup d’autres hauts fonctionnaires occupant des postes clés de l’appareil étatique.

De surcroit, le pouvoir du premier ministre et de son Cabinet s’exerce sur les médias, qui sont soumis à la réglementation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), un organisme dont les administrateurs sont nommés par le gouvernement. Le président de la société d’État Radio-Canada est, lui aussi, choisi par le gouvernement, qui peut alors compter sur lui, sur ses directeurs de l’information et sur ses faiseurs de nouvelles pour soumettre le public à des campagnes massives de propagande et de désinformation dont beaucoup de simples citoyens ne sont même pas conscients. Ces campagnes ont une incidence profonde et durable sur les croyances des Canadiens et les empêchent de faire des choix libres et éclairés.

Quand ce n’est pas Radio-Canada qui lave les cerveaux, ce sont les médias de l’oligarchie canadienne qui se servent de leurs valets journalistiques pour faire élire des marionnettes corrompues à la tête de l’État fédéral ou des provinces. Radio-Canada et les médias directement sous l’emprise de l’oligarchie règnent sans partage sur le monde canadien de l’information et se servent de leur pouvoir énorme pour marginaliser ou diaboliser les politiciens aux idées dangereuses pour le patronat, comme l’idée de faire du Québec une république souveraine dont l’économie ne dépendrait plus du pétrole et où l’État serait vraiment au service des citoyens. 

Le Québec possède d’immenses ressources, y compris un vaste potentiel hydroélectrique et éolien encore inexploité, et il est traversé par le fleuve Saint-Laurent, un majestueux cours d’eau donnant accès au coeur de l’Amérique du Nord. L’indépendance du Québec par et pour le peuple québécois ne plait pas du tout à l’oligarchie canadienne, qui lutte constamment contre ce projet émancipateur avec des milliards de dollars de propagande mensongère.

Le Canada est une monarchie-oligarchie dont l’unique raison d’être est le maintien des privilèges révoltants de la classe dominante. Peu importe le parti politique au pouvoir, le gouvernement du Canada cultive les inégalités et protège un odieux système de paradis fiscaux, de trafic d’influence et de népotisme légalisé. Les discussions sur l’égalité des citoyens ne sont admises au Canada que dans la mesure où elles ne concernent que l’orientation ou l’identité sexuelle ou encore la discrimination envers les femmes. L’égalité n’est pas un sujet admissible si elle remet en cause l’obligation de se prosterner devant les investisseurs. 

La mécanique néolibérale, avec son cortège d’inégalités économiques qui touchent très durement les immigrants et les autochtones, ne doit jamais être remise en question. Songer à nationaliser des pans très rentables de l’économie, où des actionnaires canadiens et étrangers engrangent de juteux profits, est un crime de lèse-majesté.

Il est également de très bon ton, au Canada, de préconiser des augmentations faramineuses des dépenses militaires alors que les écoles, les universités et le système de santé sont sous-financés, que des personnes âgées n’ont qu’un bain par semaine, que le logement est inabordable et que des itinérants cherchent leur pitance dans les rues des grandes villes. Ainsi, le « gouvernement de la classe moyenne » de Justin Trudeau est tellement favorable à la réduction des inégalités qu’il a l’intention de se servir des deniers publics pour augmenter le budget de la défense nationale de 73 % sur dix ans. L’argent ne servira pas tant à protéger les Canadiens qu’à occuper ou bombarder des pays africains ou moyen-orientaux pour y semer le chaos tout en prétendant y répandre la démocratie.

C’est le Canada que nous venons de décrire qui se permet de donner des leçons de démocratie à l’Afrique et qui finance la CPI pour qu’on y incarcère des démocrates exemplaires comme Laurent Gbagbo. Les Africains devraient-ils continuer d’idéaliser un pays où, comme au temps de l’esclavage, des maitres font fortune en privant des êtres humains de leurs droits les plus fondamentaux? 

À mon humble avis, les Africains auraient plutôt intérêt à chercher l’affaiblissement des États qui les tyrannisent et qui entretiennent l’injustice internationale. Militer pour l’indépendance du Québec irait dans ce sens. Quant aux indépendantistes québécois, ils devraient s’intéresser davantage à l’Afrique pour tisser des liens fructueux et pour découvrir des raisons additionnelles de s’affranchir du régime canadien.

Les neuf juges de la Cour suprême du Canada, un tribunal de Blancs qui n’a jamais compté aucun juge autochtone ou issu d’une minorité visible et qui a souvent rendu des jugements très contestables.


Bernard Desgagné
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