L’art de se tirer dans le pied

Toutes les histoires de grenouillage contre la cheffe du Bloc Québécois qu’on entend circuler depuis des mois maintenant m’ont toujours tapé sur les nerfs, je dois bien le dire.

De l’extérieur où je me situe désormais, je n’ai jamais trop compris en quoi un député bloquiste pouvait s’opposer à Martine Ouellet quand celle-ci disait vouloir réorganiser la stratégie du Bloc Québécois afin que celui-ci mise davantage sur l’indépendance, que les dossiers du saumon du Pacifique, pour avoir du succès.  Je ne vois pas comment des députés bloquistes peuvent être en désaccord quand Martine Ouellet mise sur les 35% d’appuis à l’indépendance dans la population québécoise pour remonter son parti, au lieu de tenir un discours de carpette autonomiste de gauche qui parvient difficilement à distinguer le Bloc du NPD.

Il me semble que l’immense échec que Gilles Duceppe et ses troupes ont subi en 2011, aux mains de ce même NPD, devrait être bien suffisant pour comprendre que la stratégie de l’attentisme et du parlage de tout sauf d’indépendance ne peut être porteuse d’avenir pour une formation souverainiste à Ottawa.  Tant qu’à aller à Ottawa, je me dis qu’on est aussi bien d’y aller pour les bonnes raisons.  Et ces bonnes raisons, c’est simple, c’est d’utiliser toutes les ressources qui s’y trouvent afin de préparer du mieux qu’on le peut le possible accès du Québec à l’indépendance (un jour peut-être).

Tout ça me semble tellement évident que je ne comprends pas ce qui peut loger dans la tête du groupe des sept députés opposés à la cheffe Martine Ouellet.

Aujourd’hui, quand j’ai appris que les sept démissionnaient, j’étais d’abord furieux contre eux.  Se tirer dans le pied de la sorte, je trouvais ça franchement idiot.  Le mouvement indépendantiste connaît des jours tellement difficiles qu’on n’a pas en plus besoin de donner un coup de pouce à nos adversaires en nous faisant nous-mêmes hara-kiri.  Puis, j’ai respiré.  Et j’ai décoléré; un peu.  Ce qui m’amène finalement à remercier le groupe des sept pour son geste d’aujourd’hui.  Quand on est dans un navire et qu’on rame constamment à contre-sens, on est une véritable nuisance.  Ces sept nuisaient à ce que le Bloc doit devenir, en plantant poignards par-dessus poignards dans le dos d’une cheffe brillante, qui a été élue démocratiquement, et qui est appuyée par ses membres.  Les directions choisies par cette même base depuis quelques années amènent le Bloc à devenir plus indépendantiste qu’il ne l’a probablement jamais été.  Ce ne sont pas sept députés qui peuvent changer ça.  La démocratie d’un parti a parlé, et les sept devaient quitter.  Et ils l’ont enfin fait, alors bravo!

Parce qu’un moment donné, Martine Ouellet ne peut travailler toujours entourée de mutins.  Le dernier congrès du Bloc, Mme Ouellet souhaitait qu’il porte sur l’indépendance.  Les mutins n’aimaient pas ça.  Alors ils ont fait capoté de manière complètement irresponsable le congrès en poussant Martine Ouellet dans les câbles, en la forçant à parler de son salaire au lieu d’indépendance.  Franchement, bravo!

On lui a fait le même coup pour la partielle de Chicoutimi.  Des informations ont été coulées dans les médias, elles se sont rendues à Caroline St-Hilaire, et elle a pris le micro pour dénoncer le climat tendu qui devait régner au Bloc à cause, supposément, de Martine Ouellet.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le climat tendu a été créé de toutes pièces par les sept, et non par Martine Ouellet.  Mes contacts partout dans la structure me disent qu’il est très agréable de travailler avec Mme Ouellet.  Qu’elle est conciliante, à l’écoute des idées des autres et qu’elle prend soin de son monde.  Lorsqu’elle était ministre péquiste, on ne pouvait pas davantage l’accuser de ne pas travailler en équipe.  Tout ça aurait changé comme par magie?  Du jour au lendemain? On devrait croire ces sept qui le prétendent?  Ces députés qui, dirigés d’une certaine façon par un Luc Thériault qui a dit lors d’une entrevue, plus tôt aujourd’hui, qu’ils avaient déjà formé un bloc contre la cheffe seulement 72 heures après son élection, sans même lui donner la moindre chance de prouver qu’elle pouvait être bonne dans son nouveau rôle?  Ce sont ces gens-là qu’on devrait croire et non pas Martine Ouellet et les gens qui l’entourent?  Ce ne sera pas mon cas en tout cas.

Mais qui tire les ficelles?  Qui souhaiterait revenir à la bonne vieille culture bloquiste qui a conduit à la catastrophe de 2011? Est-ce que les sept agissaient de leurs propres initiatives seulement? Mes sources me disent que Gilles Duceppe a son rôle à jouer dans tout ça.  De même que ses anciens soldats, qui évoluent ailleurs maintenant, mais qui regardent toujours en direction du Bloc.

Gilles Duceppe a quand même fait de bonnes choses pour le Bloc.  Mais maintenant qu’il est parti à la retraite, s’il aime toujours son ancien parti, il devrait le laisser évoluer vers autre chose que ce qu’il en a fait lors de son règne, règne qui s’est terminé comme on s’en souvient tous.  Enfin, il me semble que ce serait la chose à faire.

En ce qui me concerne, je considère que Martine Ouellet dirige brillamment les troupes indépendantistes et que c’est notre rôle à nous, indépendantistes, de la défendre.  Depuis quelques années, je n’interviens presque plus en ce qui concerne la politique québécoise, mais les coups de Jarnac du groupe des sept sont suffisamment révoltants pour que je prenne aujourd’hui la plume pour réclamer  que ça cesse enfin! Martine Ouellet est efficace, brillante et elle est cheffe du Bloc parce que les membres le voulaient.  Alors fichez-lui la paix, bon sang!