L’affaire du coloc noir

Bon, j’ai résisté le plus que j’ai pu à la volonté de réagir à cette affaire (http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201503/01/01-4848579-bureau-blouin-met-fin-a-un-flirt-entre-jeunes-pequistes-et-le-fn.php).

Cette affaire concerne surtout des organisateurs du candidat à la direction du Parti Québécois, Bernard Drainville, qui voulaient signer une lettre conjointe avec des cadres du Front national, parti de France, afin de dénoncer la hausse des droits de scolarité des étudiants français au Québec. Je me disais que de plonger tête première dans cette histoire nauséabonde ne donnerait rien de bon. Qu’il valait mieux faire comme si rien était et détourner le regard.

Et puis j’ai lu et relu la déclaration du jeune militant péquiste Charles Picard-Duquette (qui lui est un partisan de Pierre Karl Péladeau) qui a dit sur Facebook, et tel que rapporté par La Presse, pouvoir signer la lettre car personne ne pourra jamais l’accuser d’être raciste « puisqu’il a un coloc noir ». Et je me suis dit qu’il valait la peine de faire valoir mon point de vue à ce sujet. Malgré les grincements de dents que je provoquerai certainement dans la bouche de certains. Et les vifs courroux que je m’attirerai. Du style: « tu fais de la pub à La Presse! », « tu parles d’affaires pas belles! », « Le FN est super ouvert maudit ignare ! » (On connait la rengaine).

Malgré tout ça, je me suis dit que je devais intervenir car trop de militants semblent banaliser la portée du discours du FN. Et ne pas comprendre l’impact que tout rapprochement du mouvement indépendantiste avec ce parti français pourrait avoir sur notre cause.

Qui suis-je pour vous faire de telles mises en garde vous me direz ?  Hé bien qu’un simple militant qui se permet de s’adresser à d’autres militants. Alors vous ferez bien ce que vous voudrez de mes dires.  Après tout, c’t’à vous les oreilles…

D’emblée, le discours du jeune Picard-Duquette m’a rappelé les tristes paroles du Doc Mailhoux. De passage sur le plateau de Tout le monde en parle il y a quelques années de cela maintenant, ce dernier avait invoqué des études obscures déclarant les noirs moins intelligents que les autres « races » pour défendre son point de vue selon lequel la « sélection naturelle » exercée lors des tueries liées à l’esclavage avaient eu un impact très négatif sur les neurones des noirs d’aujourd’hui. Parce que les plus forts seulement avaient survécu. Ce qui ne signifie pas nécessairement que c’étaient les plus intelligents.  Et ces moins brillants de perpétuer ainsi la “race”.  C’était, grosso modo, la thèse du psychiatre.

Cela n’avait pas plu aux autres invités sur le plateau. Pour se défendre d’être raciste, le sinistre docteur leur avait dit qu’un ami noir lui apportait régulièrement des prunes (et elles étaient très bonnes en plus). Cela devait prouver hors de tout doute son ouverture et affection à l’égard de « ces gens ». C’était débile comme ligne de défense. On en conviendra tous. Ce n’était pas plus brillant de la part du jeune Picard-Duquette de dire qu’il pouvait signer une lettre conjointe PQ-FN  parce qu’il a un coloc noir.

Dans l’histoire de Mailhoux, le FN intervient également. Quelque temps après son passage à l’émission de Guy A. Lepage, celui-ci avait fait connaître son admiration pour Jean-Marie Le Pen, fondateur et alors chef du Front national. Il l’avait fait via le plateau d’une émission de télé animée alors par Benoît Dutrizac. Cela était malaisant. Surtout quand on se rappelait des propos du doc à l’égard des noirs et des prunes tels qu’articulés à Tout le monde en parle.

Depuis quelques années, on voit de plus en plus de militants prendre la défense du Front national. Pour expliquer qu’il est faux de prétendre que ce parti loge à l’extrême droite de l’échiquier politique, ils misent alors sur les politiques sociales du FN;  une façon comme une autre de faire oublier les positions passées de son chef historique, Jean-Marie, lui qui a trop régulièrement flirté avec le négationnisme pour qu’on ne soit pas très suspicieux à l’égard de ce parti. Maintenant que sa fille Marine le dirige, il est vrai que les coups de gueule maladroits sont beaucoup plus rares. Mais il n’en demeure pas moins que le FN traîne et traînera toujours dans son sillon une réputation nauséabonde.  Plus à raison qu’à tort selon l’avis de plusieurs.

Comme on peut s’en douter, ces appuis québécois au FN se sont décuplés dans le cadre du débat entourant l’adoption de la charte de la laïcité du PQ.

À mon point de vue, Léo Bureau-Blouin a eu raison de siffler la fin de la récréation en rappelant les troupes de Drainville à l’ordre. Drainville a eu aussi raison de sortir publiquement pour marquer la grande distance qui existe entre le PQ et le FN. Mais le mal est fait. Cette histoire nuira au parcours de Drainville vers la chefferie du PQ. Cette histoire aurait bien sûr nui à n’importe quel candidat. Mais dans son cas c’est encore pire, car il est le père spirituel de la charte de la laïcité.

À l’avenir, il faudra éviter de tels faux pas. Le PQ, et tous les autres véhicules du mouvement indépendantiste n’ont rien à gagner à fricoter avec le FN ou tout autre organisation sentant l’extrême droite. Lorsque je travaillais avec les autres partis indépendantistes européens, j’ai toujours gardé une grande distance avec l’un d’entre eux:  le Vlaams Belang flamand.  Parce qu’il véhicule des idées très à droite.  Si les jeunes péquistes avaient co-signé une telle lettre unissant le PQ à des Frontistes, quels auraient été les bénéfices pour notre cause au juste? Aucun. Mais cela aurait donné bien des munitions à Couillard et aux libéraux.

Pour défendre notre cause, il me semble qu’on n’a absolument pas besoin du FN (ni d’aucune autre force d’extrême droite d’ailleurs), peu importe le discours que ce parti français maintenant dirigé par Marine Le Pen tient dans des circonstances X ou Y. Alors tenons-nous en bien loin. Et cherchons des appuis auprès d’autres acteurs politiques que ceux-là.  Agir ainsi serait pas mal plus stratégique et rentable.

Avis du simple militant que je suis à tous les autres.