La trahison

Encore une fois, le principe fondateur du gouvernement qui, en théorie, doit représenter et protéger son peuple, est bafoué.

Le projet de loi 106 sur la Politique énergétique 2030 et l’exploration des hydrocarbures devrait être adopté sous bâillon cette nuit, soit la nuit du 9 au 10 décembre. Devant l’Assemblée nationale, une poignée de manifestants se disent prêts à passer la nuit dehors. Ils montrent leur mécontentement quant à ce projet et la façon dont il est adopté.

C’est une nuit froide qu’ils passeront là, une des premières nuits du long hiver qui s’annonce.

Le projet de loi 106 est un cheval de Troie libéral, un long document qui prévoit la mise en œuvre de la Politique énergétique 2030, mais qui dans un autre volet, «encadre» l’exploitation pétrolière, c’est-à-dire qu’il accordera aux compagnies pétrolières des pouvoirs d’expropriation et de forage. La volonté des propriétaires du terrain visé ne vaudra rien, les compagnies pétrolières auront la liberté de forer sans l’approbation des gens qui y habitent, de les exproprier s’ils s’y opposent ou si leur demeure est «sur  le chemin». Le projet de loi 106 accorde les mêmes droits quant à la construction d’un oléoduc, soit un droit de passage quasi universel.

Les forages devront être approuvés par le gouvernement, mais c’est celui-ci qui, à l’origine, a vendu les permis de forage au prix de 10 ¢ par hectare. Il serait donc un peu crédule d’espérer que le gouvernement se pose en rempart et qu’il protège ses citoyens. Le gouvernement Couillard a depuis longtemps démissionné de cette fonction.

Le bâillon, lui, supprime la possibilité de débattre davantage. Il met fin à ce processus de discussion et de saine critique qui est au cœur de la démocratie parlementaire. Le peuple a dit non, mais le lobby pétrolier en a décidé autrement, et le gouvernement libéral, fidèle à lui-même, se range une fois de plus du côté des grands intérêts privés.



Samuel Racine
À propos de

Étudiant et passionné de politique.