La sagesse populaire contre le mépris politicien

On se moque de l’électorat caquiste qui veut le beurre – les baisses d’impôt – et l’argent du beurre – la bonification des services publics. Les Libéraux ne sont pas loin derrière le double langage de la CAQ sauf qu’il le font en deux temps soit les coupes post-électorales puis les demi-bonifications préélectorales. La variante péquiste consiste à tenir un discours social-démocrate en période électorale puis faire une politique néolibérale entre les élections. On stigmatise, avec raison, la veulerie politicienne qui trompe ainsi l’électorat. Pourtant, l’affaire a deux faces.

Le mépris politicien révèle certes une réponse mensongère découlant de la vérité du capital car son accumulation exige la maximisation du taux d’exploitation tant de la force de travail que de celle de la nature. L’envers financier de l’accumulation se cache du fisc par l’évitement légal que permet le droit bourgeois et par l’évasion illégale que favorise la collusion toute aussi bourgeoise. L’électorat populaire a raison de penser que l’on puisse bonifier les services publics sans augmenter SES impôts et taxes… en autant que l’on puise dans la cagnotte de l’accumulation du capital. D’autant plus que dans la version néolibérale du capitalisme, la part purement spéculative, exacerbant les inégalités afin de rémunérer son oisiveté, explose.

Québec solidaire serait-il, lui, transparent à cet égard? Il a la tentation du « dépassement du capitalisme » mais il résiste. Lui aussi se prosterne devant le veau d’or même si par derrière il lui darde les fesses pour lui arracher quelques concessions. Il sait, cependant, qu’à force d’être picoré le veau bien dodu pourrait déguerpir… car ni Trump ni Trudeau n’empêcheront la libre circulation des capitaux canadiens vers les ÉU. Le voisin du sud se fait très invitant. Ses écuries puent mais débordent de mangeaille. Québec solidaire se garde bien de prôner que l’on prive la bête de sa pitance que lui procurent les québécoises forces de travail et de la nature.

L’astucieux électorat d’ici saisit fort bien la contradiction. Il aspire à la gratuité des frais dentaires, de l’éducation et du transport collectif. Mais il comprend que les prémisses en sont une économie qui roule et dont les clefs se trouvent à Wall Street, à Bay Street et chez quelques sous-fifres pure laine. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras se dit-il. Il se sent pris au piège. N’y aurait-il pas lieu de tuer le veau d’or quitte à devenir végétarien et à se redistribuer également les victuailles qu’il bouffait tout en rendant sa part à la terre-mère? Entre la soumission au marché sous la houlette des transnationales, à ses droits de polluer et à sa taxe carbone, et le plein emploi écologique, il faut choisir.


Marc Bonhomme
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