La personne qu’il faut

La campagne référendaire au Bloc Québécois bat son plein, alors que les membres devront répondre à deux questions les 1er et 2 juin prochains : une sur le mandat du Bloc, l’autre sur le leadership de Martine Ouellet. Veut-on d’un Bloc Québécois proactif pour l’indépendance, partout et tout le temps, et veut-on de Martine pour s’assurer que ce soit le cas? Voilà les questions. Et voici mon analyse.

Il semble qu’une large majorité de membres devrait se prononcer pour un Bloc Québécois qui met de l’avant l’indépendance sur toutes les tribunes, avant, pendant et après les élections, comme disait Monsieur Parizeau. Je n’ose croire que les membres du Bloc veuillent revenir à un parti qui joue à la loyale opposition de Sa Majesté comme au temps de Duceppe et autres has been politiques pensionnés d’Ottawa. Par contre, un certain nombre de membres semblent se questionner sur la chefferie, et c’est sans doute légitime avec le psychodrame créé par les démissionnaires et les médias. Est-ce que Martine Ouellet est encore la bonne personne pour appliquer l’article 1 du programme du Bloc? Allons-y voir.

Si l’on veut d’un Bloc Québécois fièrement et proactivement indépendantiste, quelles sont les qualités requises pour la personne appelée à mener ce combat difficile, mais essentiel? La connaissance des dossiers? Je n’ai jamais entendu personne, même parmi ses pires critiques, remettre en cause les grandes connaissances de Martine Ouellet et la pertinence de ses analyses, que ce soit sur l’énergie, le transport, le développement durable, l’économie, la langue et la culture, etc. Personne ne remet en doute ses grandes compétences intellectuelles ni ses connaissances. Martine est solide, donc.

Quoi d’autre, alors? La détermination? Il faut un maximum de détermination, c’est crucial. C’est là où tout se joue. Sans une détermination à toute épreuve, on s’écrase. Eh bien s’il y a un(e) politicien(ne) qui a su faire montre de persévérance, de détermination, qui a prouvé pouvoir faire face à toutes les tempêtes sans fléchir, c’est bien Martine Ouellet! Même ses adversaires le reconnaîtront. Ils appellent cela entêtement? Mais comprenons bien qu’il faudra être férocement entêtés pour faire l’indépendance avec tous les obstacles qui se dressent sur notre route! Mais nous pouvons si nous le voulons vraiment, ardemment. Si nous sommes prêts à faire face à tout. C’est le cas de Martine Ouellet.

Enfin, il y a la capacité de mobilisation. Oh! j’entends d’ici ses adversaires dire que Martine n’est pas rassembleuse! Qu’elle a perdu plein d’appuis au Conseil national, au Forum jeunesse ou dans je-ne-sais-trop quelle instance! Certes, il y a eu des défections, mais pourquoi? Je n’ai pas toutes les réponses, mais voici quelques remarques…

Tout d’abord, cela me fait penser à l’arrivée de Jacques Parizeau à la tête du Parti Québécois à la fin des années 1980. Aucun député (sauf Godin) ne l’appuyait. AUCUN! Et ce fut la désertion massive des johnsonnistes dans l’appareil… Ça quittait à pleine porte parce que ça ne voulait pas de la souveraineté partout et tout le temps comme le préconisait Monsieur. Ça voulait uniquement « l’affirmation nationale » comme d’autres veulent uniquement « la défense des intérêts du Québec ». En fait, ça pensait surtout à son plan de carrière… même au prix de rejeter la souveraineté comme nécessité urgente et vitale. Mais qui avait raison, Parizeau ou les johnsonnistes? Voilà.

Par ailleurs, je connais assez bien la game et les appareils politiques du mouvement souverainiste après 23 ans de militantisme pour vous dire que beaucoup des défections au Bloc peuvent s’expliquer par un phénomène bien humain, mais déplorable : la peur. Peur que l’indépendance nuise électoralement. Peur pour sa carrière personnelle. D’ailleurs, des sources m’ont confirmé sans surprise qu’il y avait eu beaucoup de tordage de bras pour amener certain(e)s à retirer leur appui à Martine. « Tu vas être barré(e) partout dans le mouvement souverainiste si tu appuies Martine Ouellet ». « Tu ne seras jamais candidat(e) du Bloc après Martine ni du Parti Québécois… ». Etc. Je peux comprendre que certain(e)s aient peur. Mais on ne bâtira pas le renouveau indépendantiste sur la peur et la soumission au chantage.

En outre, plus on parle de Martine Ouellet qui ne serait supposément pas rassembleuse, plus je constate qu’elle a additionné autour d’elle des forces essentielles pour le mouvement indépendantiste. Des figures intellectuelles comme Denis Monière ou Gilbert Paquette, par exemple, se sont jointes à son équipe. D’aillleurs, Gilbert Paquette a déclaré la chose suivante lors du rassemblement en appui à Martine Ouellet dimanche dernier : « Ceux qui disent que Martine ne peut pas travailler en équipe, je les démens, je les condamne, ils n’ont jamais essayé vraiment ». C’est clair.

Il y a eu également la publication cette semaine d’une lettre d’appui à Martine Ouellet signée par une trentaine de personnalités féminines. Parmi elles, des noms importants : Andrée Ferretti, Pol Pelletier, l’ex-députée Diane Bourgeois, etc. Et j’ai pu observer au fil des dernières semaines nombre d’appuis de militants provenant de tous les horizons : militants du Bloc, bien sûr, mais aussi militants péquistes, militants issus d’Option nationale, d’autres de Québec solidaire, plusieurs de la société civile, des SSJB, puis d’autres organisations encore, dont l’organisation du Québécois, etc. Bref, Martine Ouellet rassemble… ceux qui veulent bien se rassembler pour faire l’indépendance et y travailler vraiment. Quotidiennement. Au-delà des questions de personnalité.

Mais bon, admettons, supposons que Martine doive laisser sa place à quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui aurait une meilleure connaissance des dossiers, une personne qui serait plus rassembleuse, quelqu’un de plus déterminé… Mais qui est ce messie, ce sauveur, cet être suprême, saint-chrême?!

Il serait temps que les démissionnaires cessent de faire les hypocrites et nous révèlent publiquement qui est leur homme pour remplacer Martine Ouellet. Et qu’ils ne viennent surtout pas me faire croire qu’ils n’ont personne, eux qui, de leur propre aveu, se préparent à la remplacer depuis le lendemain de son accession à la chefferie. Alors, qui veut la job de Martine? Gilles Duceppe dans un mauvais remake du Retour de la momie? Son ami Pierre Paquette? Un autre duceppiste comme Fortin? Ah non, vous n’avez personne, vraiment? Juré, craché? Bien, entre Martine et personne, on va choisir… Martine, je pense, hein? Non, mais…

Je rajouterais que ce qui se joue au Bloc présentement est très important pour l’avenir du mouvement indépendantiste, pour sa pérennité, pour le maintien de forces militantes parmi les plus vives. Depuis que le PQ a largué l’indépendance dans un premier mandat et alors que QS n’est pas encore parvenu à convaincre complètement de sa détermination indépendantiste, le Bloc sous Martine Ouellet est devenu le refuge de beaucoup des meilleurs militants du mouvement indépendantiste, notamment parmi les plus jeunes.

Vous voulez écœurer à jamais ces militants de la politique partisane, les détourner pour toujours des partis politiques souverainistes et perpétuer la crise dans le mouvement indépendantiste? Votez contre Martine Ouellet. Vous voulez plutôt miser sur ces militants déterminés qui l’appuient et vous mettre en mode reconstruction, action, détermination, plutôt que grenouillage, hésitations et défections? Appuyez Martine qu’on en finisse avec la crise et qu’on avance. Parce que si Martine est remplacée par un duceppiste qui veut nous ramener à « la défense des intérêts du Québec » par la loyale opposition de Sa Majesté, ça n’a pas fini de brasser.

En tout cas, moi, je sais ce que je ferai : je voterai oui. Pour un Bloc Québécois indépendantiste en actes et non seulement en paroles, et oui à Martine afin de nous assurer que ce soit bien le cas.

Pierre-Luc Bégin

P.S. Je reconnais que parmi les réfractaires au leadership de Martine Ouellet, tous ne sont pas animés par la peur ou par des motifs odieux. Ils ne sont pas nombreux, mais il y en a pour qui c’est simplement un problème d’affinités avec la cheffe. Et c’est la vie : on ne peut pas avoir des atomes crochus avec tout le monde. À ceux-là je dirai : faire l’indépendance va exiger d’énormes sacrifices. Travailler avec quelqu’un dont la personnalité nous plaît moins n’est peut-être pas le moindre, mais c’est loin d’être le plus grand sacrifice à faire si vous voulez vraiment l’indépendance. Notre libération nationale doit passer avant ces questions d’affinités personnelles.