La mort de Kadhafi

Son ancien garde du corps révèle que Khadafi a refusé l’exil disant vouloir mourir sur la terre de ses ancêtres. Juste pour cela, on peut dire qu’on n’a pas eu affaire à un fou mais à un homme. Et qui parlait comme un homme libre. Aujourd’hui, il ne faut pas craindre de dire que cette guerre civile n’en était pas une mais une agression impérialiste formidablement orchestrée par tous les services de renseignement occidentaux y compris israéliens qui ont profité des conflits internes de la Libye pour y instaurer un régime à leur botte tel qu’ils le rêvaient depuis des décennies. La Libye, jadis colonie italienne, résistait depuis 42 ans aux diktats des grandes puissances. Ironiquement, c’est Berlusconi, le satyre qui gouverne l’Italie qui a sonné la charge à l’invitation de Sarkozy, l’homme de paille de la pétrolière Total.
Sous couvert de protéger les civils, les forces de l’OTAN dirigées par le général Bouchard ont mis tout le poids de leur armement dans une opération de changement de régime et ce malgré les appels de l’Union Africaine à la négociation et malgré les multiples demandes de cessez-le-feu du gouvernement libyen. L’OTAN avait décidé que tous les combattants qui attaquaient l’armée libyenne étaient des civils à protéger. Procédé cynique qui visait à dénaturer jusqu’à l’absurde la résolution du conseil de sécurité de l’ONU ayant permis l’intervention. Dans toute cette histoire, les principes les plus élémentaires de souveraineté des états-membres ont été bafoués. Tellement que l’ensemble des pays d’Afrique ont refusé d’appliquer le mandat d’arrêt émis par le tribunal pénal international devenu un tribunal politique au service de l’impérialisme occidental.
Comme dans toute guerre, l’information a été contrôlée pour entraîner l’adhésion du grand public. Par contre en Russie, en Chine, en Amérique latine, les médias dénoncent l’opération pour ce qu’elle est, une aventure coloniale présentée comme une aide humanitaire et ce pour le plus grand bénéfice des grandes puissances.

Comme québécois, nous avons participé comme féodaux de l’état canadien à la destruction orchestrée de la nation libyenne. Nous avons bombardé, détruit, tué et maintenant, nous sommes les témoins complices du meurtre d’un chef d’état et de sa famille presque entièrement immolée et ce à la grande joie de Stephen Harper, l’homme des pétrolières et de la puissance impériale anglo-saxonne.
Peu importe comment se construira la vérité officielle désormais, il restera dans la mémoire du peuple libyen l’image d’un homme qui s’est dressé contre le monde colonial et qui est mort comme un patriote, c’est le moins que l’on puisse dire. Ses dernières journées effaçant peut-être dans la mémoire des siens, des images plus sombres qui accompagnent toujours les régimes dits autoritaires. Son testament qui appelle les siens à résister contient trois articles qui traverseront le temps.

“Que le peuple libyen sauvegarde son identité, ses réalisations, son histoire et l’image de ses ancêtres et ses héros et qu’il ne soit pas attaqué dans les sacrifices de ses hommes libres.
Que continue la résistance à toute agression étrangère subie par la Jamahiriya, aujourd’hui, demain et pour toujours.
Que soient convaincus les hommes libres de la Jamahiriya que nous aurions pu monnayer, avec notre cause, une vie personnelle meilleure, stable et en sécurité. Nous avions eu tant de propositions, mais nous avons choisi d’être au front par devoir et honneur. Et même si nous ne gagnons pas aujourd’hui, nous allons offrir une leçon aux générations futures pour qu’elles puissent gagner, car le choix de la Nation est la bravoure et la vendre est une trahison que l’Histoire retiendra ainsi et pas autrement.”

Nous lui avons fait la guerre. À lui, à son régime mais j’en suis sûr, aussi à son peuple. Il était sûrement conforme à l’image que les médias ont fait de lui. Il avait aussi du sang sur les mains. Mais en avait-il moins que ceux qui l’ont assassiné ? En avait-il moins que les Américains et les Européens qui comptent par millions les victimes de leurs guerres coloniales ? Nous lui avons fait la guerre mais au juste que nous avait-il fait ?