La démocratie amochée

Aujourd’hui, j’vais vous parler d’un nouvel accord international unissant le Canada à l’Europe.  Même si concernant la démocratie amochée, tout séparatiste que je suis, j’aurais plutôt pu aborder l’affaire du référendum volé de 1995, et ce, parce qu’il y en a encore beaucoup à dire; après tout, les crottés des commandites et les sbires qui ont fraudé la démocratie à cette époque n’ont jamais payé pour leurs crimes.  Pis en plus, v’là ti pas que le fédéral appuie sans réserve ses deux limiers que sont les québécophobes Keith Henderson et Brent Tyler dans leurs opérations consistant à violer la règle démocratique du 50%+1, et ce, en se proposant de déchiqueter en morceaux la loi québécoise portant le numéro 99.  J’pourrais aussi vous parler de l’écoeuranterie qu’est la nouvelle loi mammouth de Stephen Harper (projet de loi C-4);  bien cachées au milieu de centaines de pages concernant le prochain budget d’Ottawa, l’on retrouve des clauses antisyndicales et des mesures anticonstitutionnelles qui réinventent illégalement les nominations à la Cour suprême afin de desservir encore une fois la cause du Québec.  J’aurais aussi pu m’épancher sur l’imbécillité du gouvernement péquiste qui nous a poussé dans des déchirements à ne plus finir au sujet de la charte du village des valeurs sans même soumettre le projet de loi au processus normal concernant l’adoption de telles mesures, sans même nous permettre, avant qu’on en débatte, de connaître vraiment la teneur de la loi qu’ils ont en tête et qu’ils espèrent être de nature à les conduire à la majorité parlementaire.

Mais non, là n’est pas mon propos.  Même si c’est pas un sujet très sexy, j’vais quand même vous parler de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada.

J’trouve carrément inacceptable, révoltant, enrageant, sacrant même (mais je me retiendrai pour ne pas faire de peine à ma mère) que des profiteurs à cravate censés parler au nom des peuples se soient rencontrés à la cachette, derrière des portes closes, des années durant, afin de négocier les termes d’une entente qui aura un impact déterminant sur l’avenir de centaines de millions d’humains. M’semble que j’ai jamais été consulté – pis vous autres non plus –  quant à savoir si je trouvais ça correct que mon Québec soit embarqué dans une patente conçue très spécialement pour les grosses multinationales apatrides par ce Canada qui négocie en notre nom, au nom d’une constitution que nos représentants politiques n’ont même jamais signée !  Franchement, je ne vois pas comment ils pourraient cracher plus généreusement sur la démocratie!

Pis m’semble que c’est aucunement plus brillant que mon gouvernement du Québec, le péquiste en l’occurrence, accepte pareille situation malodorante en criant haut et fort être prêt à dire « oui monsieur je le veux mettre mon pied dans ce piège à ours », alors que nous, les citoyens, on n’a même pas encore eu la chance de lire la maudite entente de principe qui fait tant bander Harper-le-politicailleux.  J’dois avoir tout faux encore une fois, tante Pauline saurait bien me l’dire, mais m’semble que c’est pas comme ça que devraient se comporter des supposés démocrates ! 

Parce que ce n’est pas anodin cette entente.  On n’est pas en train de décider quelle peinture de quel grand peintre québécois Harper retirera des murs d’Ottawa pour accrocher à la place une photo de la vieille picouille à couronne… Non pas ! Pis on ne parle pas non plus que des fromages du Québec qui devront faire face à une compétition française du style David contre Goliath avec cette affaire-là. Non plus.

Le vrai de vrai drame ici, c’est qu’un gouvernement souverainiste accepte sans broncher qu’on se contrefoute carrément de l’avis du Québec et des citoyens à Ottawa lorsque vient le temps de miner le pouvoir de nos institutions nationales pour le remettre entre les mains de structures supranationales (du style d’un tribunal d’arbitrage régissant les nouveaux échanges commerciaux entre le Canada et l’Europe).  Le drame, c’est que l’État québécois – le plus grand parmi nous aimait à dire René Lévesque – subit de ce fait une saprée volée de la part des ceuzes qui n’agissent que pour enrichir des compagnies qui sont déjà riches à milliards et qui considèrent le monde dans son entièreté comme un simple marché.  Le drame, c’est qu’on ne tienne aucunement compte de la souveraineté alimentaire en avalisant pareil accord de libre-échange.  Faudra bien qu’un jour ou l’autre on stoppe les niaiseries qui consiste à élever un dégueulasse bœuf aux hormones à Flin-Flon, pour l’abattre à Windsor et le foutre sur un bateau à Montréal à destination de Londres ou Paris !  Toute cette énergie utilisée par des grands conglomérats pour produire de la nourriture pourrie – ou n’importe quel autre produit – est en train de tuer la planète en la surchauffant comme un plat surgelé au micro-onde. C’est ça que favorise ce nouvel accord négocié et conclu dans le dos de la démocratie.

Les folies, ça suffit un moment donné !  Et on aurait espéré que le grand cri enragé contre toutes ces débileries provienne du gouvernement du Québec.  Mais c’est trop demander j’imagine…

Que Marois allume donc ses lumières pour une fois, et qu’elle comprenne qu’on n’a juste pas le droit d’abdiquer comme elle le fait dans ce dossier en applaudissant comme un p’tit singe à la réussite du fédéral qui sert joyeusement les intérêts du grand capital en servant sur un plateau d’argent l’Europe aux Nord-Américains et vice-versa. 

Probable que la dame de fer rouillé du PQ ne s’en rende pas compte.  Mais son nouveau maître PKP risque d’en avoir plein les bras avec cet accord dans les années à venir.  Peut-être même trop pour pouvoir s’occuper de l’avenir du PQ (snif snif pour elle)! Faudra attendre de lire les petits caractères au bas de l’entente, mais tout ça n’augure rien de bon…

J’sais pas si la châtelaine de l’île Bizzard a suivi les dossiers qui suivent, mais il se trouve que le Québec a toutes les misères du monde à vendre son bois d’œuvre aux États-Unis depuis des années maintenant.  Les Amerloques reprochent au Québec et au Canada de trop subventionner les compagnies forestières de par ici.  Dans le cadre de l’ALENA, ça s’ferait pas ça, madame, parce que ça contreviendrait aux règles régissant le libre marchandage.  Conséquence :  notre industrie forestière se meurt, incapable de vendre à nouveau des planches à l’oncle Sam.

Autre exemple pertinent :  quand Québec a empêché les malades du schiste de venir forer la vallée du Saint-Laurent, parce qu’ils risquaient de contaminer pour de bon notre nappe phréatique, ben c’est encore dans le cadre de processus secrets d’arbitrage du style de l’ALÉNA que les États adoptent afin de faire plaisir à qui on sait que la compagnie étrangère Los Pine Resources a déposé une poursuite de 250 millions$ contre le Canada.  Selon ces voyous du grand capital, le Québec n’aurait tout simplement pas le droit de disposer ainsi de son territoire en imposant un moratoire sur toute exploitation du gaz de schiste. Ça nuirait à leurs affaires, pis à cause de ça, ben kekun doit payer pour leur manque à gagner ; comme toujours dans de tels cas, ces affreux personnages se tournent vers les coffres publics.

Ces deux exemples nous permettent de mieux prévoir l’avenir d’Hydro-Québec, dont le président du conseil d’administration est PKP (voilà le lien !), dans le contexte de l’accord de libre-échange Canada-Europe.  Le Canada nous dit que les fromagers du Québec peuvent ben s’étouffer  avec leurs produits tant que le bœuf de l’Ouest et les grandes industries trouveront leur compte avec cet accord.  J’ai ben hâte de voir ce que les Européens vont dire quand ils vont se rendre compte que l’aluminium québécois qui envahira leur marché grâce à cet accord profite de tarifs d’électricité préférentiels !  Car il faut bien l’admettre, les Québécois financent de leurs poches, en payant des factures d’électricité domestiques très élevées, l’énergie que donne aux grandes compagnies, question de favoriser l’économie du Québec, la société d’État qu’est Hydro-Québec.  Ça m’étonnerait bien gros que les Européens se disent :  « ben oui, r’garde donc ça, y’ont des grandes rivières au Québec, ils peuvent par conséquent donner leur électricité aux compagnies qui battent les nôtres, c’tu plate de perdre de l’argent d’même ! ».  Plus probable est le fait qu’ils déposeront des poursuites contre Hydro-Québec auprès du tribunal du libre-échange Canada-Europe, avec l’impact que cela aura sur Hydro-Québec. 

PKP risque de la trouver moins drôle lorsqu’il devra se dépatouiller de tous ces problèmes…À moins que le plan derrière tout ça soit en plus de privatiser Hydro-Québec, question de faire plaisir aux tizamis encore plus  !  Tant qu’à s’faire fourrer par le privé, aussi bien que ça soit à fond la caisse, pas vrai !