La crise des réfugiées : Le grand test anti-impérialiste dardant la gauche

Impertinente capsule estivale # 2

Les ÉU, afin de terroriser les réfugiées de la faim et de la répression de la part des gouvernements hérités du colonialisme et du néo-colonialisme, séparent les enfants de leurs parents. Ils appliquent aux latinos ce qu’ils ont toujours fait aux noirs du temps de l’esclavage et du système Jim Crow comme aujourd’hui aux jeunes pères emprisonnés à la brassée si ce n’est tués au moindre prétexte. L’Union européenne de civilisation bien chrétienne est plus expéditive. Elle laisse périr en mer arabes et noirs ou les laisse moisir dans des camps invivables. Comme c’est gênant, elle essaie de soudoyer les pays du Maghreb pour soit les réduire en esclavage soit les abandonner au désert.

Le Canada, pays de haute morale dirigé par un premier ministre cool, contraint les réfugiées à l’illégalité avant de les renvoyer chez elles. Déjà peu nombreuses à franchir la frontière, ayant compris le message elles le sont encore moins. Peut-on attendre une autre moralité d’un pays qui laisse assassiner à la pelletée les jeunes femmes autochtones et incarcère plus souvent qu’à leur tour les jeunes hommes de la même origine. Leurs familles en ressortent-elles plus unies?

Ah, ce Québec exemplaire!

Heureusement qu’il y a le Québec, dont la police traite les peuples aborigènes comme des citoyens de première classe, si peu discriminatoire qu’il n’a pas besoin d’une enquête sur le racisme systémique pour se regarder dans le miroir! La montée de l’extrême droite relève sans doute d’une saine réaction nationaliste contre le cosmopolitisme néolibéral anglo-saxon! Le peuple québécois n’est-il pas un opprimé sans revers de la médaille? C’est si commode de renvoyer la patate chaude à Ottawa et à Washington. Finalement, le peuple québécois pourra peut-être tenir ses élections du premier octobre entre soi sans se faire assommer par une crise estivale causée par ces dérangeantes réfugiées franchissant illégalement la frontière au sud de Montréal. Ses politiciens pur laine pourront les ignorer ou presque sans insister sur des tests de valeur ou linguistiques. Les Solidaires, voix morale de l’Assemblée nationale, sauveront la réputation du Québec en prêchant l’accueil pimenté d’une politique d’embauche des minorités visibles dans les services publics en proportion de leur part dans la population. Gauche et progressistes n’ont pas d’autre choix que de soutenir les Solidaires et de solliciter l’électorat progressiste à voter pour eux.

Tout est bien qui finira… mal

Tout est bien qui finit bien… jusqu’au déboulement de réfugiées qui finiront par venir en masse dans un contexte de crise économique et politique qui finira par arriver. On doit s’attendre à ce que cette crise et ses conséquences guerrières et migratoires soit pire que la grande récession de 2008-09. L’endettement mondial est aujourd’hui pire qu’à ce moment-là alors que la Chine peu endettée avait pu, en concertation avec les ÉU, sauver le système. S’ajoute la crise du libre-échange sur fond d’intensification guerrière et migratoire ce qui bloque la concertation des super-grands comme le dernier G-7 en Québec l’a dramatiquement illustré. Le ressort fondamental de cette situation explosive vient d’une ultra centralisation et d’une ultra concentration de la richesse et du pouvoir rappelant celles du début de l’ère impérialiste qui avaient provoqué de massives migrations et qui avaient abouti aux hécatombes des deux guerre mondiales. L’accalmie de type faux espoir de 1937 ne durera pas.

Le libre-échange anticapitaliste

À l’autre bout du spectre, les « sans frontières » réclament le droit d’installation pour tout immigrante quelque soit sa motivation. Cette revendication relève du libre échange anticapitaliste : totale liberté de circulation des personnes (et des idées ce que nie cette détestable « propriété intellectuelle » justifiant toutes les rentes), et circulation démocratiquement contrôlée du capital que ce soit sous sa forme pure de l’argent ou sous sa réciproque de la marchandise. Le hiatus politique de cette position de principe c’est la porte ouverte au capital pour ouvrir sélectivement les frontières selon les besoins de sa politique de main d’œuvre habituellement contre les intérêts du prolétariat national. D’où le tapis rouge « voleur de job » déroulé à la droite identitaire à laquelle répond le moralisme démocratique « citoyenne du monde » et l’utilitarisme social-démocrate comme quoi l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte. Ce sont là des arguments méritants mais qui ne répondent pas à l’angoisse populaire de l’inégalité, de la pauvreté, de la précarité et même de l’anglicisation si ce n’est du sexisme amplifiés par l’immigration à la mode capitaliste dans le cadre du marché global.

La revendication oubliée du plein emploi devenu écologique

On est ici au cœur de l’internationalisme prolétarien pour lequel la migration est devenue le test suprême en cette ère du néolibéralisme guerrier sur fond des crises climatique et de la biodiversité lui servant de caisses de résonance. Pour être crédible, cet internationalisme a besoin d’une politique qui fasse la liaison entre ce qui est immédiatement ressenti par le prolétariat national des pays du « vieil impérialisme » et les besoins impérieux de survie de celui des pays dépendants en particulier les plus amochés par l’impérialisme ancien ou nouveau. La réponse trop oubliée, y compris par Québec solidaire qui ne l’a pas retenue dans sa plateforme électorale 2018 telle que proposée à son dernier congrès, est aussi ancienne que la lutte pour le socialisme. C’est le plein emploi de la dignité et de la liberté, celui de la baisse du temps de travail sans perte de revenu, de condition de travail et de services publics. Adapté à ce XXIiè siècle de bouleversement potentiellement fatal de l’écosystème terrestre, ce plein emploi est devenu plein emploi écologique.

La grande migration qui prépare celle du retour

Les premiers contingents proviendront certes des sans travail au besoin réadaptés aux nouveaux emplois puis de la conversion des emplois de l’industrie de l’armement, des hydrocarbures, de l’intoxication publicitaire, de l’obsolescence programmée. Reste que la combinaison des anti-productivistes et anti-consuméristes baisse du temps de travail, bonification considérable des services publics, révolutions de l’agriculture, des systèmes énergétiques et de transport, de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire permettra et peut-être nécessitera l’absorption de main d’œuvre de l’extérieur qui cogne en foule à la porte. L’envers de la médaille de ce retournement socio-économique implique de combattre bec et ongles l’impérialisme et ses sous-fifres locaux qui sont la source de cette nouvelle grande migration. Ainsi se créeront les conditions d’une anti-capitaliste grande migration inverse le temps venu.

Les cibles température des Accords de Paris sont le phare sur la colline anticapitaliste

Ce plan de plein emploi écologique est la tâche programmatique prioritaire de Québec solidaire pour un Québec indépendant rejetant le Canada pétrolier, pour mieux lui servir de stimulant contre-exemple, et accueillant en français les nouveaux damnées de la terre. Cette tâche n’est rien d’autre que la mise en œuvre des exigeantes et nécessaires cibles de température des Accords de Paris requérant une baisse drastique des émanations de gaz à effet de serre d’ici 2030. Cette baisse va bien au-delà de la cible officielle gouvernementale pâlement dépassée par Québec solidaire dans le respect des contraintes du marché sous contrôle des transnationales qui ont appris à composer avec les marché et taxe carbone et qui même les souhaitent. Il ne suffit pas de brandir une cible élevée pour 2050, calendes grecques servant d’échappatoire politicienne.