La Charte : un coup de matraque violent et mal administré

J’adhère à la première partie de ma citation de Cameron : « Nous avons échoué à promouvoir une vision d’une société à laquelle ils peuvent vouloir appartenir. » Mettons de côté le PLQ, qui eux sont des collabos avoués à la merci des politiques canadiennes, si le PQ était sérieux sur la promotion d’un Québec libre et différent, un Québec rassembleur et ouvert sur le monde, ce n’est sûrement pas en laissant le multiculturalisme prendre de l’expansion et créer des ghettos culturels, principalement à Montréal, porte d’entrée de l’immigration québécoise. Il fallait établir depuis longtemps les bases de notre société sur les valeurs communes qui nous distinguent, non pas seulement la langue française, ciment important de notre Nation, mais aussi toutes les valeurs que nous nous sommes données tout le long de notre parcours historique, surtout après la Révolution tranquille. Au lieu de ça, nous avons eu des politiques laxistes qui ont alimenté les confusions quant à ce que nous devons permettre et ce que nous devons baliser.

Les années passent, et un des pires gouvernements de collaborationnisme canadien et de corruption prend place dans la sphère politique québécoise : le gouvernement Charest. Là on s’entend tous pour dire, péquistes, solidaires et onistes, que ce gouvernement à fait reculer le Québec sur bien des sphères, et que le Québec de liberté nationale est à refaire. Et là, PQ au pouvoir, on décide de mettre sur pied la Charte des valeurs québécoises, et boum, les débats font rage. Au lieu de mettre en place les balises de façon graduelle, c’est le coup de bat de baseball dans la face, brutalement et cavalièrement, sans la moindre préoccupation des effets que leur propre laxisme ont engendrés comme droits acquis avec le temps. Lorsqu’on accepte depuis des dizaines d’années de ne pas contrôler les bases de notre immigration, de bien définir les balises du Québec et de ce qu’on souhaite comme société, qu’on ne crée jamais aucune rupture face au gouvernement néo-colonialiste canadien, on doit malheureusement se rendre compte que certaines personnes ont des acquis qu’on ne peut pas leur enlever du jour au lendemain, parce que cela devient socialement inacceptable. Il y a des vies humaines derrière les signes ostentatoires qu’il faut prendre en considération, on ne peut pas donner un bonbon à un enfant, et lui arracher de la bouche après quelques tétées. Il y a un processus et un délai raisonnable à respecter pour implanter des règles, comme il arrive souvent dans d’autres niveaux. On appelle ça un temps d’adaptation.  Malheureusement, les gouvernements ne regardent jamais les projets politiques sur la base de la vie de la collectivité, mais sur la base de la durée d’un gouvernement, sur la base programmée d’une élection. Le pouvoir avant l’intérêt public.

Si on poursuit la citation de Cameron : « Nous avons même toléré que des communautés ghettoïsées se comportent de façon à contrer nos valeurs. » C’est ce que je viens d’expliquer, c’est notre laxisme qui a promu ce que Parizeau a dénoncé en 1995, le « vote ethnique ». Jamais je ne pourrais accuser les immigrants de ne pas vouloir s’intégrer, même s’il existe des personnes, qui assurément, n’ont aucune volonté de le faire. Ce sont les gouvernements qui ont engendré ce phénomène. Prenons par exemple la communauté italienne, une communauté dont je suis un peu plus au courant, on peut voir la différence marquante entre les générations plus âgées, qui ont adopté la langue anglaise, et la génération issue des politiques de la loi 101, qui a fait en sorte que ces jeunes italiens ont réussi à s’intégrer aux valeurs québécoises, à la langue commune, et même au combat pour l’indépendance, comme dans mon cas. Lorsqu’un gouvernement établit des balises claires dans le bon timing historique, qui concordent avec les intérêts du peuple plutôt que des intérêts électoralistes, on arrive à créer de bons résultats.

Cameron poursuit en disant : « Tout cela amène les jeunes musulmans à se sentir déracinés. » Ce ne sont pas seulement les musulmans qui se sentent déracinés, dire cela c’est faire la même erreur que tous les autres qui crient contre l’islamisation, c’est de jeter le problème sur le dos d’un bouc-émissaire facile que tous se sont donné depuis la supposée guerre contre le terrorisme qui a suivi les attaques contre le World Trade Center aux Etats-Unis. De plus, on catégorise en fonction de la religion plutôt que l’ethnie, bien que le multiculturalisme promeuve autant la non-mixité des ethnies que la non-mixité des pratiquants des différentes religions, à une société qui devrait plutôt être rassembleuse et unie par des valeurs communes qui font du Québec ce qu’il est, hors je crois que les musulmans ne sont pas plus déracinés que les juifs ou les catholiques le sont. Ce n’est pas seulement une question de religion, c’est une question de pédagogie qui est absente de notre projet de société. Miser seulement sur le vote des Québécois, spécifiquement francophones, de souche, catholiques, permettra peut-être au gouvernement Marois de gagner ses prochaines élections, et cela semble être la stratégie, mais ne permettra pas de faire l’indépendance du Québec. À cet égard, je félicite Patrick R. Bourgeois de s’être présenté dans un château-fort libéral comme Viau pour rencontrer les Néo-Québécois avec un projet d’indépendance qui est vraiment inclusif, parce qu’il faut renouveler le discours avec la situation actuelle du Québec, métissé de différentes ethnies et croyance, mais dont la possibilité de ramer du même bord peut survenir si on décide d’y croire et de travailler en ce sens. Si on peut convaincre un Québécois de souche italienne comme moi, c’est que l’expérience est possible et renouvelable.