Joseph Facal et la théorie de l’impasse souverainiste

Parmi les soutiens les plus indéfectibles du Parti québécois dans sa mouture actuelle, se trouve un cercle de commentateurs martelant la théorie de l’impasse souverainiste. Leur propos est essentiellement le suivant: si le PQ décline, c’est la faute de l’option souverainiste.

Joseph Facal, l’une des figures de proue de cette école de pensée, signe ici un texte contenant un échantillon assez complet des arguments habituels des théoriciens de l’impasse.

Il dit d’abord — bien évidemment, puisque cela est l’élément central de la théorie de l’impasse souverainiste — que c’est parce qu’à leurs yeux, le PQ ‘”incarne un projet sur lequel le soleil de l’Histoire semble se coucher” que les électeurs le délaissent. Léger détail: de façon constante depuis des années, l’indépendance pure, sans notion de partenariat ni autre gadget, recueille entre 30% et 40% d’appui selon tous les sondeurs sérieux. Cela représente, à l’heure actuelle, jusqu’au double des appuis du PQ.

M.Facal oublie aussi commodément qu’il y a à peine plus d’un an, sous Pierre Karl Péladeau, un chef novice qui ne faisait pas consensus mais qui incarnait un indépendantisme beaucoup plus passionné et motivé que celui de Jean-François Lisée, le PQ était donné en bien meilleure posture qu’aujourd’hui.

Enfin, Facal passe également sous silence l’engagement fondamental et bruyant de M. Lisée: la promesse formelle et coulée dans le béton de mettre l’indépendance et le référendum de côté pour un mandat complet de gouvernement. Sur celle-là, accordons à Facal que les Québécois non-indépendantistes ne se sentent peut-être pas dupes de cette dernière version des sempiternels louvoiements péquistes autour de l’indépendance et du référendum.

Notre théoricien de l’impasse souverainiste recourt également aux faibles scores électoraux d’André Boisclair et de Martine Ouellet — à la chefferie, dans ce dernier cas — pour étayer sa thèse, les deux s’étant engagés à la tenue d’un référendum. Comme si les candidatures de Boisclair et de Ouellet avaient été exemptes de toute évaluation sur d’essentielles questions d’image, d’antécédents, de notoriété, de personnalité et d’orientation sur l’axe gauche-droite.

Facal ramène aussi l’un des arguments préférés des chantres du démissionnisme souverainiste, alléguant que sans la crise constitutionnelle du début des années 90, Parizeau n’aurait pas pu tenir de référendum. Cette affirmation péremptoire, fondée sur rien puisque personne ne sait comment se serait comporté Parizeau dans un contexte différent, fait comme si Parizeau lui-même, de par ses positions très claires, crédibles et déterminées, n’avait pas été un élément importrant, voire essentiel, dans l’édification de ladite crise. Elle fait comme si un contexte favorable ne pouvait que tomber du ciel, comme si la meilleure façon de braquer le Canada n’était pas justement de mettre l’indépendantisme de l’avant.

Se distancier de l’indépendance, décliner, dire que c’est à cause de l’indépendance, s’en distancier davantage, décliner davantage, et dire encore que c’est à cause de l’indépendance. Le Parti québécois est enfermé dans ce cercle vicieux depuis bon nombre d’années, entraînant avec lui le mouvement indépendantiste. Tant que ceux qui le guident ne quitteront pas un processus mental qui relève davantage de la dépression que de l’analyse éclairée, cette spirale délétère risque de durer, peut-être jusqu’à ce que de nouvelles forces politiques prennent enfin le relais d’un indépendantisme confiant et assumé.



Nic Payne
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