Inclusion ou auto-assimilation?

La plus grande révolution que le Québec pourrait un jour, je l’espère, connaître, c’est son indépendance. Le peuple délie ses mains des chaînes que nous portons depuis bien longtemps et aspire à vivre dignement, la tête haute, avec comme partenaire : le monde. À l’heure où j’écris ce billet, le parti politique s’étant donné comme mission et comme objectif ultime, la réalisation de l’indépendance québécoise, y voue une attention désolante. Avant ce fut l’idéal premier que le parti réaliserait, maintenant ce n’est qu’un idéal parmi tant d’autres. C’est ce qu’affirme la prise de position claire de celui qui est devenu chef du parti et qui dicte de façon libérale cette idée aux autres députés, c’est-à-dire de repousser la tenue d’un référendum. Il ne s’agit pas là d’une mince affaire, d’une banalité. Non plus d’une simple remise à plus tard. Le message qui est envoyé c’est : le Parti Québécois n’est plus le parti pour réaliser l’indépendance. Certes, ses députés et ses membres souhaitent plutôt que de vivre dans un fédéralisme canadien, la souveraineté. Mais la réalisation de cette dernière n’est plus leur boulot. Alors à quelle utilité se rattacher à un parti qui est devenu affreusement provincialiste, où la simple illusion d’avoir un siège confortable à l’Assemblée nationale et de recevoir son chèque est suffisant pour ignorer l’aspiration d’une immense partie des Québécois(e)s?

Maintenant j’ai la fâcheuse impression que l’harakirisation du parti s’est faite reine. Par l’entremise d’une capsule vidéo du chef et de son bras-droit, où les deux parlent en anglais, la lame fut plantée dans le cœur du peuple québécois. Il faut osez repenser le PQ, j’en conviens, mais sont-ils obligés de se rabaisser à un bilinguisme mortel afin d’«inclure» tous les Québécois(e)s? Non. La réelle inclusion que l’on pourrait reconnaître chez nos élites politiques, serait de préserver absolument la langue majoritaire, celle de la culture québécoise, la langue française. Mais le parti semble plutôt pencher du même côté absurde que les autres : le bilinguisme comme moyen d’inclusion. Avec la CAQ, qui s’autoproclame maintenant parti bilingue, QS qui pose des questions en anglais à l’Assemblée nationale, et maintenant, le PQ qui lance une capsule en anglais, je m’ennuie profondément de Camille Laurin et de Gérald Godin.

Cela va maintenant bientôt faire 257 ans que le peuple québécois se bat, par quelque moyen que ce soit, afin de préserver ce qu’il a de plus précieux, son âme : la langue française.

Il y a de nos grands-mères, arrières-grands-mères, grands-pères, arrières-grands-pères, qui ont subis les pires des répressions qu’aucun Québécois n’a subies. Pendaisons, maisons brûlées, femmes violées, et j’en passe. C’en fut la récompense à ceux et celles qui désiraient plus que tout au monde, parler français, élever leurs enfants en français, vivre et travailler en français.

Peu après, nous sommes devenus un peuple-concierge. Un peuple d’exploités. Un peuple dominé, par une langue conquérante. Une langue impérialiste : L’anglais. Nous avons encore une fois subi une répression immense, parce qu’on ne parlait pas «white». Nous nous sommes donnés des outils pour contrer cette volonté insidieuse du dominant, de nous assimiler dans le vaste océan «white». Nous avons refusé de nous soumettre à la grande langue de Shakespeare. La langue de Wall Street. «La langue qui fixe l’heure à l’ouvrage». La langue des exploiteurs. Nous avons donc créé plusieurs mouvements, catalyser notre énergie dans des sociétés qui, de façon honnête, contestaient l’homogénéité suicidaire.

L’arrivée de l’un des plus grands partis politiques québécois, le Parti Québécois de 1976, confirma ce que beaucoup d’entre nous savaient déjà : nous ne pouvons vivre sainement dans un Québec bilingue, conjointement avec la langue la plus dominante du monde. Il fallait donc y prendre les grands moyens pour protéger notre âme. Nous l’avons légiféré. Ainsi, elle serait dorénavant sous un parapluie légal qui contesterait unilatéralement l’idée du vivre-ensemble «bilingual»,  puisqu’il en est impossible avec une langue dominante partout.

L’idée fut excellente et porta fruit, mais ô combien sanctionnée par la Cour Suprême. Elle ne respectait pas assez la «Constitution». On l’a réduit donc à l’insignifiance parce qu’on nous autorisait pas à l’appliquée chez nous. Nous avons encore une fois été méprisés par nos dominants.

Et pourtant, le parti qui défendait d’abord le français comme langue officielle et de ralliement, opte plutôt pour une inclusion à la «bilingual». Pourquoi? Pour un poids politique en leur faveur? Les anglophones ne sont pas plus dupes que les francophones. Ce n’est pas parce que, maintenant, le Parti Québécois leur parle dans leur langue que, soudain, ils vont voter massivement pour le PQ. Alors, pourquoi? Essentiellement pour participer à sa propre assimilation. Pour être des acteurs de premier plan. Pas question de se révolter au bilinguisme inopérant du Parlement canadien, bien au contraire. Pour participer à notre tour à ces idioties d’«inclusion» qui, au fond, n’ont rien d’inclusives. Je le répète : une réelle inclusion passe par la défense de notre langue populaire et majoritaire, la langue française. Rien ne les empêche d’aller rencontrer les communautés anglophones, allophones, ça c’est inclusif. Mais le Québec reste un État français, un territoire français, où l’on vie politiquement en français. C’est profondément triste de constater, alors que nous soulignons les 20 ans de la mort de notre cher Gaston Miron, qu’on ne défend plus politiquement cette langue, qui est l’âme du peuple québécois.

Alors que nous sommes à l’aube du 375e anniversaire de Montréal où les «happy birthday» vont se faire scander à plein, alors que nous sommes à l’aube du 150e anniversaire de la «Canadian Confederation», cette entreprise de propagande qui va nous rappeler que le bilinguisme français-anglais ne fonctionne que lorsque nous nettoyons le plancher, il aurait été temps que le Parti Québécois se réaffirme dignement et lutte pour la préservation de notre si précieuse langue. Mais en vain…

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