Hommage à Muhammad Ali, le plus grand

Muhammad Ali est le plus grand, tout simplement. Il a été grand sur le ring, grâce à ses poings, il a été grand hors du ring, grâce à son intelligence, à son éloquence, à son arrogance mais aussi, et surtout, grâce à son courage.

Ses grandes qualités pugilistiques, je n’ai pas besoin de les rappeler ici, des plus grands connaisseurs de boxe sauront vous en parler abondamment, je pense entre autres à l’entraîneur de Steven Butler et Junior Ulysse, Rénald Boisvert qui tient un blogue fascinant sur le site 12rounds.ca. Par ailleurs, il faut voir ou revoir ses combats, les plus connus étant : sa victoire sur Sonny Liston en 1964 où il surprend le monde une première fois, ses combats contre Smokin Joe Frazier et le fameux Rumble in the jungle au Zaire en 1974, où il surprend le monde à nouveau avec sa victoire sur Georges Foreman.

Dans le livre « Le plus grand », co-écrit avec Richard Durham, une phrase résume bien sa vision sur son rôle de champion :

« Un boxeur ( comme d’ailleurs la plupart des sportifs) était exhibé au public, mais il était rare qu’on l’entende se prononcer sur des problèmes ou des sujets d’intérêt général. Tant pis si je me faisais traiter d’arrogant, d’insolent, de vaniteux, de ramenard, de grande gueule, de fanfaron, mais j’étais résolu à changer l’image de marque du boxeur aux yeux du monde, et en tout cas, l’image du champion du monde des lourds ».

C’est ce qui fait d’Ali un champion qui transcende son sport. À une époque où la ségrégation raciale attirait l’attention du monde sur les États-Unis, Ali arrive avec une verve qui bouscule cette Amérique blanche et protestante. Il faut se rappeler qu’au début du 20e siècle, un Noir ne pouvait pas être sacré champion du monde, et il a fallu attendre qu’un autre grand, Jack Johnson, pave la voie, en devenant le premier Noir champion du monde des poids lourds en 1908.

Ali vit une première aventure qui le forgera : à son retour des Olympiques de Rome, adulé, il porte sa médaille d’or des poids lourds nuit et jour, et lors de son retour à Louisville, Kentucky, on lui refuse l’accès à un restaurant réservé aux Blancs. Il proteste qu’il est le champion olympique. Rien n’y fait, le gérant ne veut rien savoir : « Y peut bien être n’importe qui, je m’en fous. Je vous l’ai déjà dit, on ne sert pas les nègres ici » (Le plus grand, p.72). Le même soir, il doit se défendre face à une bande de voyous racistes qui en veulent à sa médaille et à sa peau. Il s’en tira avec chance, sans trop de dégât, et balança sa médaille « en toc » dans les eaux du fleuve Ohio, dégoûté par cet épisode navrant.

Lorsqu’il devient champion du monde des poids lourds au niveau professionnel en 1964, il abandonne son nom d’esclave, s’appelant d’abord Cassius X puis Muhammad Ali. Les journalistes, chroniqueurs et commentateurs refusent de l’appeler ainsi et continuent, pour le diminuer, à l’appeler Clay.

Puis, l’offense suprême envers cette Amérique ségrégationniste vint lorsque Ali refusa son incorporation dans l’armée américaine et refusa donc d’aller se battre au Vietnam. « Je n’ai rien contre le Viêt-Cong […] Aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de nègre […] Je n’ai rien à perdre à me tenir debout pour mes convictions. Au pire, j’irai en prison et quoi? Ça fait 400 ans que nous sommes emprisonnés. » Mais au contraire, on lui fera payer cher : il ne pourra exercer son métier pendant les cinq prochaines années, sans compter les menaces qui pèsent sur lui d’un bout à l’autre de son propre pays, où il est vu comme persona non grata par un establishment qui transpire encore de son passé esclavagiste.

Ce ne sera pas cet establishment qui préfère les Oncles Tom qui réussira à le faire taire, ce sera finalement la terrible maladie de Parkinson…

Pour finir, se poser la question si Muhammad Ali a été meilleur que Sugar Ray Robinson, Joe Louis ou Rocky Marciano est un peu futile. Dans tous les cas, il restera toujours dans le livre de l’histoire de la boxe comme un grand, au côté des Jack Johnson, Joe Louis, Roberto Duran, Sugar Ray Robinson, Ray Leonard, Julio Cesar Chavez, Marcel Cerdan, etc, etc. Mais il sera également dans le grand livre d’histoire des gens qui se sont tenus debout et ont lutté toute leur vie pour les opprimés et contre les injustices à travers le monde, et restera à jamais associé aux grands penseurs de la lutte pour l’émancipation des Noirs américains, avec les Malcolm X, Martin Luther King, Bobby Seale, Huey Newton, Stokeley Carmichael, Rap Brown, Leroi Jones, Spike Lee, Public Enemy, etc.

Repose en paix Ali.


« Seul un homme qui sait ce qu’est la défaite peut plonger jusqu’au fond de son âme pour y puiser l’once supplémentaire de force qu’il faut pour gagner quand le match est à égalité »

-Muhammad Ali, Le plus grand, Richard Durham, 1975.


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Jules Falardeau
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