Encore la satanée peur

Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? — Claude Péloquin

La peur sera toujours très mauvaise conseillère pour ceux qui aspirent à faire du Québec un pays souverain. Nous l’avons vu à maintes reprises dans le passé. Néanmoins, il y en a un qui semble avoir tout à coup oublié les enseignements dont notre parcours est jalonné. Nous ne le nommerons pas, par charité chrétienne, mais il fait partie de nous, les indépendantistes. Du moins, c’est ce qu’il prétend. 

Ces jours-ci, l’anonyme a peur de perdre sa job. Pas une mcjob chez Walmart au salaire minimum, bien sûr que non, mais plutôt une situation grassement rémunérée, environ 175 000 $ par année, au Parlement d’Ottawa. Enfermé dans ses petits raisonnements circulaires de comptable borné, effarouché, il se voit à un mandat électoral d’une généreuse rente fédérale qui lui permettrait de militer à vie dans son salon. Il tremble de peur, il fait des cauchemars en songeant à la manne qui pourrait lui glisser entre les doigts. On connait bien la rengaine pour l’avoir trop souvent entendue avec son cortège d’excuses plates. Mais qui aurait cru que lui nous la chanterait un jour?

Boire la cigüe dans le calice d’argent et regarder son âme de patriote sombrer dans l’oubli. Seuls les plus forts survivent. Pas les comptables, ni les minables.

Dans leur logique interne vouée aux poubelles de l’Histoire, le timoré de parlement et ses suiveurs n’ont d’autre solution que celle que leur dictent les grands manipulateurs de notre espace faussement démocratique de citoyens à programmer. Aveuglés tantôt par leur ambition très personnelle, tantôt par leur orgueil, tantôt par leur misogynie, les intrigants sont prêts à faire le sacrifice de la plus courageuse d’entre nous, attaquée par quelques gros rats sortis de l’égout pour aller directement à la télévision d’État, parce qu’elle a porté l’étendard de nos aspirations très haut, avec fierté et conviction. 

Ragots et cancans informes répétés à l’infini ont fini par devenir des vérités dans la grosse tête du futur rentier fédéral et de sa suite. Vite! Ils veulent revoir sous la bannière du Bloc les apôtres de la dépendance comme moyen de défense des intérêts. Le fric va couler à flots dans les coffres du parti, se disent-ils, et on trouvera bien un chef de paille qui sera plus stratégique, plus facile à encadrer. Un chef avec un bonnet d’âne qu’on met dans un coin pour qu’il ne dérange pas trop. Dans les hautes sphères, à Ottawa et sur Bay Street, nos maitres sont morts de rire à la vue de leurs sujets dociles. Leurs dividendes sont à l’abri, et le spectacle du grenouillage leur plaît. 

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Le Canada n’a que des mirages à offrir aux Québécois et il le sait très bien. Bilinguisme asymétrique, accord renié, référendum volé, scandale des commandites, gouvernement d’extrême droite religieuse, vague orange venue mourir sur le rivage de l’insignifiance, régime de corruption et de paradis fiscaux: les électeurs vont de déception en illusion et ne seront jamais que trahis par leurs représentants transformés en guignols au service de l’argent et de la nation majoritaire. Comment donc, à chaque élection, convaincre le peuple que souffle enfin un vent nouveau? Les actionnaires majoritaires du Dominion of Canada savent comment mettre les institutions au service des mirages. Ils peuvent compter sur leurs troupes de choc médiatiques. D’un trait de plume, la puanteur de la fosse à purin devient comme par enchantement une brise printanière fleurant le lilas.

Lorsqu’est arrivée dans le décor une Québécoise aguerrie et intelligente, sachant parler à ses compatriotes simplement, avec son coeur et sa tête, les actionnaires ont vu la conjoncture se dessiner et le péril qui en résultait pour eux. La nouvelle cheffe du Bloc débarquait dans un vide abyssal à Ottawa. En octobre 2019, les Québécois risquaient d’être passablement déçus du Trudeau junior, et le pouvoir de séduction du nouveau fédéraliste orange et du born again Christian conservateur laissaient beaucoup à désirer. Les Québécois auraient-ils vraiment envie d’élire un champion des accommodements religieux délirants qui milite pour que les motocyclistes aient le droit de porter une épaisse chevelure bien enrubannée en guise de casque? Succomberaient-ils aux charmes de monsieur pro-vie et pro-pipeline?

Il n’en fallait pas plus pour que les journalistes de combat de l’oligarchie canadienne interviennent avec les mêmes tactiques antidémocratiques qui sont employées partout dans le G7 et ses dépendances afin de verrouiller l’enclos et de maintenir les peuples dans l’ignorance et la servitude. Il s’agit essentiellement de créer un univers parallèle que le consommateur d’infodivertissement prendra pour la réalité. C’est une cryptodictature ayant comme principe la maitrise totale de l’espace de réflexion pour injecter des idées toxiques dans le cerveau des contribuables et faire d’eux des automates obéissants. J’ai vu le résultat de l’omniprésent mensonge appelant de tous ses voeux les bombes humanitaires et j’ai touché de mes mains tremblantes la souffrance de ses victimes dans les camps de réfugiés. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Au Québec aussi.

Lorsque Vastel, Buzzetti et consorts ont pour mission de semer la zizanie, elles font comme les casques blancs amis d’al-Qaïda qui inventent des attaques chimiques pour justifier le recours aux missiles de croisière en appui au terrorisme. Dans les vidéos djihadistes ou dans les pages du Devoir, ce qu’on raconte a l’air vrai jusqu’à ce qu’on y regarde de près. Tiens, tiens, le tyran est en fin de compte un chef admiré, porté par la multitude comme un symbole de la résistance dans les rues où les caméras de Radio-Canada et de TVA ne vont jamais. Les comparaisons ont leurs limites parce que personne ne parle de bombarder la permanence du Bloc, évidemment. Néanmoins, les Québécois devraient s’inspirer du courage des Syriens qui sont encore dans leur pays et qui gagnent leur guerre contre la furie impérialiste et ses hordes de modérés à kalachnikov.

Mme Buzz et ses amis liberticides vont de fuite en source anonyme y cueillir les pseudofaits dont ils ont besoin pour construire leur fiction. Et ils ont de bons complices tire-au-flanc d’infiltrés un peu partout. Des complices influents et volubiles, capables d’attirer les innocents sur des chemins sans issue, où l’embuscade les attend. Vous voulez accéder instantanément à la notoriété? Trouvez un projet qui va dans le sens des intérêts des patrons de presse, et vous verrez tout de suite les micros accourir pour nuire à notre cause.

Peut-on croire un seul mot de ce que racontent les journaleux à gages sur les tribunes de l’oligarchie? Prenons le cas du petit Alec Castonguay, que les directeurs de l’information trimbalent un peu partout comme si son avis avait de l’importance. Le 28 février 2018, dans L’actualité, il publiait un brulot infect où il citait des sources anonymes. Selon l’une d’elles, Martine Ouellet aurait voulu qu’à l’automne, toutes les questions posées par le Bloc aux Communes portent sur la Catalogne. Ah oui? Me semble. Lorsque j’ai écrit à M. Castonguay pour lui demander poliment s’il avait cherché à obtenir le point de vue de Mme Ouellet elle-même, il a répondu: «Je ne discute jamais de mes sources.» Dire n’importe quoi est un comportement typique des mythomanes affolés, pris dans les sables mouvants de leurs fabrications.

Évidemment, le peu de crédibilité des reportages assassins n’a pas empêché leur large diffusion. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Et le doute s’est installé dans beaucoup d’esprits, y compris parmi les militants les plus sincères. La psychose s’est même répandue parmi les chroniqueurs qui sont considérés comme sympathiques à la cause du Québec, mais qui partent de la même information que tout le monde, sans remettre en question les supposées vérités que nous assènent les faux journalistes.

N’oublions pas non plus que les Facal, Legault et Bock-Côté sont rémunérés, eux aussi, et que leur marge de manoeuvre n’est pas totale. Ils travaillent pour des gens qui ne nous ont jamais convaincus de leur allégeance réelle et qui, pour faire de l’argent avec les nouvelles, doivent s’employer à atteindre un public aussi vaste que possible. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre et on n’attire pas non plus le lectorat souverainiste avec des Luc Lavoie. Il faut faire des concessions tout en gardant le contrôle de l’usine à fausses nouvelles.

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L’électeur québécois se fiche pas mal de savoir si la cheffe d’un parti a pu froisser un rat ou un comptable. Comme l’a si bien écrit notre camarade Pierre-Luc Bégin dernièrement, «on s’en contre-saint-ciboirise si, politiquement, [la cheffe] est la personne qui nous mène dans la bonne direction». Le peuple aime élire des gens qui ont l’air de savoir où ils vont et qui sont capables de se serrer les coudes. Il aime les gens qui lui parlent vrai comme Miron, Godin, Bourgault, Lévesque, Laurin, Parizeau.

La solidarité a comme principe fondamental l’adhésion à des idées et des valeurs. Cette adhésion est le premier critère qui devrait nous guider lorsque vient le temps de décider à qui unir nos voix. Le Bloc Québécois a un programme clair et une cheffe admirable. Il est temps de cesser de se comporter comme un troupeau mené à l’abattoir. Comme des girouettes qui changent d’avis selon la direction du vent. Résistons. Désobéissons aux ordres de l’état-major fédéral transmis par la chaine de commandement médiatique. C’est certain qu’il va venter encore. La tempête n’est pas finie parce nos adversaires ont de gros moyens. Mais notre navire est capable de les affronter, j’en suis convaincu, pourvu que nous ramions tous dans la même direction. Trouvons d’autres solutions que de renier nos aspirations et allons chercher en nous-mêmes la force de surmonter notre peur.


Bernard Desgagné
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