Discours pour l’événement Nic Payne

La première qualité dont notre parti doit tout d’abord faire preuve, selon moi, c’est l’intégrité.  L’intégrité comptable, certes, mais cela c’est d’une évidence telle qu’il ne sert à rien d’élaborer sur le sujet ici ce soir ;  et de toute façon, le mouvement indépendantiste, contrairement aux corrompus aux enveloppes brunes du camp d’en face, a toujours été exemplaire en la matière.  Alors ne perdons pas de temps avec ça et entrons plutôt dans le vif du sujet.  Et le vif du sujet concerne l’intégrité des idées.

Trop longtemps, le mouvement indépendantiste québécois a été dirigé par des gens qui poursuivaient – consciemment ou pas – deux objectifs simultanément :  les privilèges personnels, les jobs, la gloriole et le souverainisme.  Le problème est que le second objectif a régulièrement été mis de côté par ses défenseurs car les ennemis de la liberté québécoise étaient si nombreux et si puissants qu’ils menaçaient de rendre impossible l’atteinte du premier objectif.  Vous aurez bien compris que je parle ici au premier chef du PQ.  Ce parti, pour protéger ses acquis électoraux, a trop souvent mis la souveraineté en veilleuse.  Il a multiplié les culbutes stratégiques, allant de l’étapisme aux conditions gagnantes à la gouvernance souverainiste, pour s’assurer de ne pas faire peur.  Car les médias de l’ennemi lui ont fait croire – et peureux comme il est, il n’a pas été dur à convaincre – que ses idées faisaient peur aux gens d’ici. 

L’intégrité des idées a donc été violée par le PQ.  Ce parti – sauf l’exception Parizeau – ne s’est pas présenté devant les Québécois sous son vrai visage.  Il a préféré revêtir des masques pour protéger ses acquis.  Il a de ce fait trahi les gens.  Et la cause qu’il prétend servir.  Résultat : nous sommes toujours asservis aujourd’hui, nous Québécois, à une nation étrangère.

« Je crois que nous n’avons tout simplement pas le droit de cacher nos idées dans des garde-robes ».  Nos idées sont nobles.  Elles animent le monde depuis la nuit des temps.  Les Algériens eurent raison de briser leurs chaînes.  Les Haïtiens aussi.  De même que les Écossais, les Catalans, les Palestiniens ou les Basques ont raison de se battre pour y parvenir.  Et nous aussi, Québécois indépendantistes, nos idées sont nobles et elles méritent d’être présentées au peuple pour ce qu’elles sont.  Des idées de liberté, de dignité et de justice !

J’ai pour ma part été à l’école politique de Pierre Falardeau.  Ce que j’ai appris au contact de cet indépendantiste, c’est qu’il était normal et sain de dire ce que l’on pense, au risque de déplaire à ceux que nous combattons de toute façon.  Pierre disait « qu’on va toujours trop loin pour ceux qui vont nulle part ».  Je crois qu’Option nationale, Nic Payne, Sol Zanetti, moi et vous, devons méditer ces sages paroles.  Car nous sommes tous susceptibles, un jour ou l’autre, par crainte de la polémique ou tout simplement pour s’quêter des caresses pis de l’amour, parce que c’est plus agréable à recevoir qu’une gifle en pleine face, de mettre nos idées les plus révolutionnaires de côté afin de ne pas déranger ceux qui ne les apprécient pas encore.  N’oublions jamais qu’un pays, ça ne se fait pas sans tension.  Et si aucune tension il y a pendant que nous oeuvrons à notre tâche, c’est tout simplement que nous travaillons mal.  De ça, j’suis bien convaincu !

Je veux aussi vous parler de courage. Du courage dont nous devons faire preuve en défendant le projet de pays du Québec.  Au cours de mes années de militantisme, j’ai été confronté à toutes sortes de situations qui prouvaient bien à quel point nous devons être courageux pour nous investir dans une cause de libération nationale.  J’ai vu des militants perdre leur emploi, j’ai connu des militants qui avaient été emprisonnés jadis ou lors de manifs que nous organisions, nous avons été matraqués, j’ai reçu la visite de la police politique ou les avocats du véreux en chef, nous avons été traînés dans la boue dans les journaux au service de la cause ennemie ;  et à l’étranger, j’ai rencontré des amoureux de la liberté qui risquaient leur vie en s’investissant au service du bien commun et de la construction d’un monde nouveau, plus humain.  J’ai aimé les militants d’ici, je les aime toujours, comme j’aime ceux d’ailleurs.  Nous ne sommes pas tous obligés de faire des sacrifices aussi importants, à chacun de choisir jusqu’où il est prêt à s’investir.  Mais une chose demeure :  une part de sacrifice est nécessaire !

Si la cause du pays du Québec était facile, il y a bien longtemps qu’elle aurait été couronnée de succès.  Mais faire un pays francophone en plein cœur de l’Amérique du Nord, en scindant en deux un pays du G8, agissant de manière à déplaire au monde anglo-saxon sera toujours extrêmement difficile.  Ceux qui s’investiront dans pareille lutte devront être très, très courageux.  Et ils devront être solidaires envers ceux qui, à intervalles réguliers, seront frappés par les bras politiques, policiers ou médiatiques du camp ennemi.  Ils le seront non pas parce qu’ils sont de méchants radicaux.  Ils le seront tout simplement parce qu’ils auront marqué des points dans le filet adverse.  Le moment sera alors venu de les remercier pour leur sacrifice, et non pas de leur cracher au visage parce qu’Ottawa le demande.

Le Parti Québécois a trop longtemps agi de la sorte.  Il a vomi sur Michel Chartrand, sur Pierre Bourgault, sur Jacques Parizeau, sur Yves Michaud et sur Pierre Falardeau.  Il a été trop con pour se rendre compte que ces fiers Québécois nous faisaient avancer vers la victoire.  La peur au ventre, le parti de René Lévesque a dénoncé le courage des nôtres.

Jamais Option nationale ne devra agir de la sorte.

Je veux également vous parler de persévérance.  De la persévérance dont nous devons faire preuve avant de porter la coupe aux lèvres.  Libérer un pays est une tâche de longue haleine.  Plusieurs avant nous n’ont pas vu le pays naître.  Plusieurs autres ne le verront pas.  Peut-être même les plus jeunes parmi nous ce soir n’assisteront pas au grand soir dont nous rêvons tous.  Mais cela ne doit pas nous décourager.  Nous devons accepter de travailler pour l’avenir sans peut-être assister au résultat final de tout notre travail. 

Les Irlandais ont combattu des siècles durant avant d’obtenir l’indépendance d’une partie de leur pays en 1922.  Les Grecs ont été occupés durant 1000 ans.  Les Écossais ont perdu leur indépendance en 1707, les Catalans en 1714, les Basques au XIXe siècle ;  mais ils ne désarment pas pour autant, espèrent toujours, aujourd’hui, se libérer des griffes de systèmes politiques étrangers.  La victoire de certains de ces peuples étant peut-être même à portée de main.  Il ne faut donc pas désespérer de notre propre sort.

Dès les lendemains de la Conquête, le sentiment indépendantiste a fait son chemin, chez nous, en notre pays.  C’est très mal connu qu’il y eut des mouvements indépendantistes dès la fin des années 1700.  À en croire certains, l’indépendantisme aurait commencé avec les patriotes de 1837-1838.  Hé bien non, dès les lendemains de la Conquête, n’en déplaise à l’historien à gages qu’est Laurier Lapierre, il y avait des gens, ici, qui trouvaient ça grave ce qui se passait et qui sont entrés dès lors en résistance.  Pis ç’a continué comme ça jusqu’à aujourd’hui, même si le séparatisme des années 1960 à aujourd’hui est plus dynamique que bien d’autres dans notre histoire.

À côté de cela, qu’est-ce que deux ans passés à construire un parti résolument indépendantiste ?  Je vous le demande !  J’en croise régulièrement qui me disent :  « c’est la fin, Option nationale, c’était un beau rêve, mais le chef est parti jouer du piano à Londres, que va-t-on devenir pauvres de nous »….Voulez-vous bien vous calmer les nerfs.  Ça va prendre pas mal plus de temps que deux ans à construire Option nationale, pis ça va en prendre beaucoup plus pour donner naissance au pays du Québec.  Pour l’heure, la situation d’ON s’améliore, on a eu une belle course, de bons candidats, la permanence a été relevée avec brio par Louis-Philippe Dubois et son équipe, Nathaly Dufour tient de main de maître le fort avant que Nic ne soit élu chef, nos artistes sont toujours avec nous, on a des militants, des sous, et on est prêts pour la campagne. 

Moi, je suis confiant en l’avenir d’ON.  Et confiant en l’avenir du Québec. Soyez-le tout autant, en étant prêts à défendre l’intégrité de nos idées, en faisant preuve de courage et en étant persévérants, et si vous faites ça, je vous garantis que nos lendemains seront radieux.

Merci, je vous aime.  Bonne fin de course et vive le Québec libre !

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