Il y a déjà longtemps que le ministre de la Santé sait que Montréal et le Québec n’ont pas les moyens de construire deux méga centres universitaires. Notamment, par une étude de la firme américaine Bains, spécialiste des grands projets, qui conclut que seule une alliance entre le CHUM et le Mc Gill Center permettrait de construire une technopole d’envergure internationale. Pourtant le gouvernement Charest devant l’injustice d’un financement égal pour un Centre anglophone et un Centre francophone à Montréal, a continué à les garder en concurrence l’un vis-à-vis de l’autre devant le refus de Mc Gill d’entrevoir un partenariat ne serait-ce que pour les disciplines de pointe les plus chères.
C’est comme si Montréal avait à se payer deux stades olympiques, un pour les anglophones et un pour les francophones ou bien deux métros, un pour les anglophones et un autre pour les francophones. En fait, la ségrégation linguistique est la seule raison qui fasse que les Québécois devraient payer deux fois un tel équipement pharaonique. Une fois pour les 90% de francophones et une autre fois pour les 10% d’anglos. Une fois pour les 80% de médecins formés à l’université de Montréal qui continueront à exercer au Québec et une autre fois pour la majorité des médecins de Mc Gill qui iront travailler à l’étranger une fois leurs études terminées. Tout ça à 50-50 bien sûr. Comme l’a déjà souligné le chroniqueur Robert Laplante, on est ici, en pleine situation Rhodésienne. Sans vouloir déplaire à M.Laplante, je dirais plutôt que notre situation ressemble davantage à celle des États Sudistes au temps de la ségrégation raciale. Laquelle a pris fin dans les années 60, alors que la ségrégation linguistique au Québec n’a pas même trouvé un seul député à l’Assemblée Nationale pour la dénoncer depuis les débuts du mouvement indépendantiste. Sous prétexte de maintenir les droits de la minorité anglophone, on entretient le vieux système d’extorsion qui fait que le gouvernement du Québec finance un régime d’exclusion et d’Apartheid qui assure à la bourgeoisie anglophone montréalaise des institutions princières payées à même les contributions du salarié québécois alias Jean-Baptiste le Tondu.
Déjà, partager les ressources à part égale est un scandale mais voilà maintenant qu’on apprend que le Fonds Canadien d’Innovation a refusé d’investir dans le projet présenté par le Chum mais qu’il va par contre financer le projet de Mc Gill à hauteur de 150 millions. Presque dans la même semaine, le Gouvernement du Québec annonce un investissement immédiat de 100 millions qui se rajoutent aux 50 millions déjà amassés par Mc Gill auprès des donateurs de la bourgeoisie anglo-montéalaise. Mc Gill a tout ce qu’il lui faut pour démarrer le projet alors que le CHUM en est réduit à se doter d’un échéancier qui renvoie la réalisation du projet aux calendes grecques.
Devant cette aberration, les défenseurs du régime colonial d’Apartheid s’en tiennent à blâmer l’incompétence des décideurs du Chum ou de l’Université de Montréal. Or le regretté Docteur Denis Lazure avait déjà dénoncé, avant sa mort, l’absurdité d’engloutir les maigres ressources de la santé dans deux projets aussi inefficaces sur le plan des ressources médicales. Le Gouvernement du Québec sait maintenant que seul le projet Rhodésien de Mc Gill verra le jour. Il le savait bien avant la démission du ministre Couillard et le limogeage du directeur du CHUM. Le Fonds Canadien pour l’Innovation allait-il refuser à Robert Rabinovich (Vieil ami de Charles Bronfman) et aux administrateurs du McGill Health center, tous des membres en vue de l’Establisment Canadian, la petite faveur de compléter leur campagne de financement pour le centre Mc Gill? Eux, qui sont les boss de la politique canadienne par leur financement sans réserve du Parti Libéral du Canada et du non moins servile Parti Libéral du Québec?
Maintenant, il devient plus clair que seul le projet de Mc Gill verra le jour, ce n’est donc plus un financement à 50-50 entre la minorité coloniale et la majorité française. Mais c’est 100% pour Westmount et 0% pour les nègres blancs d’Amérique.
Le Gouvernement Charest s’est bien rendu aux arguments des deux chercheurs américains, il n’y aura qu’un seul CHU à Montréal… mais anglophone! Un projet inutile pour l’avenir de la médecine et de la recherche québécoise. Un projet dément et spoliateur. Un scandale hérité de notre situation d’ex colonie britannique.
En conséquence, il serait plus que temps que le Parti Québécois écoute les sages conseils du regretté Docteur Lazure et se rallie à la position d’un seul CHU pour Montréal et francophone s’il vous plaît. Il serait temps que le milieu médical québécois sorte de sa passivité et commence à dénoncer le projet McGill plutôt que de se flageller sur la question de la bonne ou mauvaise gestion des institutions francophones. Ce n’est pas la gestion, le problème, mais l’institution. Le projet McGill, en fait ne doit jamais voir le jour s’il ne devient pas un projet national plutôt qu’un projet de la bourgeoisie Wasp. Enfin, il serait plus que temps que les étudiants de l’Université de Montréal s’ouvrent aussi les yeux. C’est à eux d’abord de mener la bataille pour un seul CHU. Sinon, l’Université de Montréal n’aura pas plus de rayonnement dans cette ville au futur très anglophone que n’importe quel Cégep de Quartier.
Je me souviens d’une assemblée des Haïtiens de Montréal, peu avant le renversement du régime Duvalier. Leur slogan, c’était : « C’est assez » Et bien, pour nous aussi, c’est assez.
Montréal doit devenir définitivement française et pour cela, le seul méga-hôpital universitaire qui sera érigé se doit d’être français.
Sinon, nous venons de prendre un terrible aller simple pour la louisianisation du Québec.
Les manifestants pour un Mc Gill Français en 1969 avaient singulièrement raison. Mc Gill est un monstre qui dévore le cœur de notre nation et corrompt nos élites au sommet de l’échelle sociale. Pour cela, le projet du Mc Gill Health Center ne doit pas exister.
René Boulanger
2 septembre 2007