Crise grecque : des leçons pour le Québec

Quand un État veut acquérir ou défendre son indépendance, il y a certains principes qui doivent être respectés. Sinon, la situation risque de bien mal tourner. C’est ce qui se produit présentement en Grèce. Et si le Québec n’est évidemment pas dans la même situation économique et politique que la Grèce, on peut néanmoins tirer des leçons importantes de la crise grecque dans l’optique de l’indépendance du Québec.

Tout d’abord, principe fondamental, il faut à la tête de l’État que l’on veut affranchir ou dont on veut préserver l’indépendance des dirigeants armés d’une volonté de fer. Devant la voracité des impérialistes, la mollesse, les hésitations et les compromissions mèneront à coup sûr à la défaite. En Grèce, il appert que Tsipras n’avait pas cette volonté inébranlable de ne pas céder devant les requins de la finance et autres mondialistes néolibéraux. Pensant faire des compromis, il a mis un genou à terre. Erreur. Aujourd’hui, la Grèce se fait piler dessus. Cette faiblesse des leaders a aussi été un problème important du mouvement indépendantiste québécois contemporain. Qui, à part Jacques Parizeau, a eu le courage de faire face à toutes les menaces, a été ferme devant tous les chantages, a maintenu le cap sans faiblir parmi nos dirigeants? Si le dirigeant hésite ou se met à faire des compromis sur l’essentiel, tout s’effoire. Comprenons-le.

Ensuite, cette volonté doit bien sûr s’appuyer sur une préparation solide qui permet la rupture sans trop de turbulences. Il est aujourd’hui évident que le gouvernement Tsipras n’avait pas préparé la sortie de la Grèce de l’euro. Et bien sûr ça ne s’improvise pas. Toute la stratégie de Tsipras n’était donc que du bluff. Alors quand les gouvernements européens et les financiers se sont montrés intransigeants, le choix est devenu clair : ou bien une sortie improvisée et chaotique de l’euro, ou bien accepter tout ce que voulaient les prédateurs de la Grèce. Il a opté pour la seconde option. En fait, n’étant pas préparé à autre chose que le maintien de l’euro, il n’avait pas le choix, sinon entre l’effondrement ou la mise sous tutelle. Pouvait-il laisser la Grèce s’effondrer? Mieux aurait valu se préparer… Le lien avec le Québec? Depuis Parizeau, rien ou presque n’a été fait dans le mouvement indépendantiste pour préparer l’indépendance. Si PKP est sérieux, c’est d’abord à cela qu’il doit s’atteler avec son institut de recherche. Sinon, il devra céder à la moindre menace de turbulence. Et n’en doutez pas, ce ne sont pas les menaces ni le chantage de la part d’Ottawa qui manqueront si nous allons vraiment vers l’indépendance. Soyons prêts.

Autre leçon importante : les référendums, ça ne vaut rien. Bien, entendons-nous, c’est un exercice de consultation démocratique intéressant pour connaître la volonté du peuple. En cela, ce n’est pas rien. Cependant, en bout de ligne, ce sont les actes et les gestes d’État qui comptent vraiment. Regardons ce qui s’est passé en Grèce : les Grecs ont rejeté à 61% un plan d’austérité… bien moins contraignant que celui finalement accepté par le gouvernement Tsipras. Au Québec également, un référendum n’est que consultatif. Il n’oblige en rien ni Ottawa ni Québec à faire ou reconnaître l’indépendance. Après un Oui majoritaire, c’est la volonté de nos dirigeants indépendantistes à poser les gestes de rupture qui jouera. Et sans préparation, cette volonté s’effoirera. Il faut éviter une telle tragédie grecque.

Peut-être une note positive en terminant. Malgré le résultat final désastreux pour les Grecs, ceux-ci auront quand même réussi à ébranler momentanément les colonnes du temple européen et mondialiste de la finance. Ils ont eu peur à Bruxelles! Mais ils étaient prêts à tout.

Si seulement Tsipras s’était préparé… Si seulement il avait voulu…

Bon été quand même.

Pierre-Luc Bégin

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7 Comments

  1. J espere qu un jour ca arrive ici car le mur les gouvernement il l on poignee mais il joue a l autruche etnous les petits quebecois que nous sommes continuons de les encourager c est incroyable

  2. Cher M Bégin, vous avez parfaitement identifier la faille de M. Tsipras et de son parti Syriza. Toutefois d’autres l’ont fait beaucoup plus rapidement. L’union populaire républicaine (UPR), seul parti politique français véritablement souverainiste, avait anticipé la déception générale. Pour vous en convaincre, consultez ce que l’upr écrivait sur son site dès le 26 janvier 2015 au lendemain des élections en Grèce, upr.fr/actualite/europe/les-grecs-vont-maintenant-constater-que-syriza-est-un-parti-leurre . Ayant lancé la serviette relativement à l’attitude de Syriza face à la troika, mon regard se porte désormais sur l’Espagne où doivent se tenir des élections législatives d’ici la fin de l’année. Pouvons nous mettre nos espoirs dans « Podemos » pour changer le cour de l’histoire? J’ai de sérieux doutes lorsque Wikipedia nous apprend que Podemos est un parti allié de Syriza. Il est fort probable qu’il faille attendre jusqu’en 2017, année électorale en France, pour qu’enfin la sorti de l’euro soit débattu sérieusement grâce à la candidature de M. François Asselineau au poste de président de la république et grâce à son parti, l’upr. D’ici là, nous devrons faire preuve de beaucoup de patience…

  3. Analyse intéressante, mais un postulat totalement faux de Bégin.
    Croire que c’est le leader qui fait le résultat est de se placer volontairement dans l’obligation d’attendre un Messie.

    On ne fait pas un pays pcq Harper est toxique, mais pcq le Canada est toxique.
    Donc on ne cherche pas à remplacer un leader par un autre, mais un système par un autre.
    Remplacer le système canadien autoritaire, obéissant à la Reine, par un système républicain, obéissant au peuple.

    Dans une approche systémique, travaillant à créer un système de gouvernance plutôt qu’un statu-autorité, le leader n’est pas le décideur, l’autorité, mais un outil du système, un fournisseur de service.
    Le leadership est un rôle du système, pas une autorité suprême.

    Ce qui s’observe en Grèce ( partout dans le monde, car la démocratie n’existe nul-part ) est le résultat de l’architecture autoritaire, positionnant le leader comme étant le décideur suprême détenteur des pouvoirs fédérés de tous.

    Dans cette architecture verticaliste, le leader a un statu et non un rôle.
    Il peut ignorer le référendum car il est le réel détenteur du pouvoir.

    La solution n’est pas de trouver un leader-Messie bon pour le peuple, pour occuper le statu ayant tous les pouvoirs, mais de créer un rôle de leader ayant comme pouvoir la volonté du peuple.
    Et une des volontés du peuple pourra alors être de décider de remplacer à volonté la personne occupant le rôle de leader.
    .

  4. Je suppose que vos rélfexions ont un peu évoluées avec la lumière qui c’est fait sur certains évènements. Mais Tsipras a eu un fusil sur la tête. Et a expliqué très clairement au peuple qu’il n’avait pas le choix. Il a aussi fait comprendre son mécontentement envers l’entente. Certes, il aurait pu prendre le temps qu’il avait été accordé en se faisant cracher dessus par les votants de l’UE, pour bien préparer la Grèce à une sortie précipitée de l’euro. Mais le coupable ici, est l’UE, qui, en jouant au jeu du deadline improvisé ( qui n’est même pas respecté par ses membres d’ailleurs ) veut convaincre la population mondiale que de voter pour la gauche est inutile. C’est ça de gagner le jeu. Et ça fonctionne à vous lire, vous tombez totalement dans la panneau. Et dire que vous êtes les pures et dures de la révolution….! S’aguérrir à la défaite devrait être le mot d’ordre de la militance indépendantiste. Parce que vous faites dure. Je crois que le gouvernement Grec a compris que ce n’était pas le moment et que bien des aspects préparatifs de base pour une sortie de l’euro n’avait pas été abordés pour que la sortie ne soit pas catastrophique. Alors laissons leurs le temps. Certains vont démissionner, d’autres unions vont s’effectuer. Et souhaitons que les parlementaires soient en mesure de bien préparer le peuple grecque à une sortie de l’euro. Ça sent une autre élection plus qu’autre chose. Car, c’est tout de mêmes les élites financières européenes les adversaires ici. Vous êtres dans le champ si vous croyez que ce sera une partie de plaisir et de révolution noble et pure par le sang…Vous pouvez ben empêcher les reconstitutions historiques, mais des fois, quand je vous lis. J’me dis que ce serait votre plus grand fantasme de voir une pendaison publique du XVIIIe siècle.

  5. Ce qui est surtout révélateur sur cette crise en Grèce, c’est le silence du PQ qui n’a même pas été foutu de défendre la souveraineté de la Grèce et après, ils veulent donner des leçons d’indépendance à QS qui ont pourtant été les seuls à le faire, même Option Nationale n’a pas le lever le petit doigt pour les défendre. C’est à se demander, si le PQ n’est pas contre l’austérité.

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