Congrès du PQ: la démission tranquille

En 1984, plusieurs ministres, dont les illustres Jacques Parizeau et Camille Laurin, démissionnent avec fracas du gouvernement Lévesque, pour marquer leur désaccord devant la mise en veilleuse du projet indépendantiste prônée alors par le chef péquiste. Peu après, au moment où ce virage est entériné en congrès extraordinaire, près de cinq cents délégués quittent le plancher en guise de protestation. À l’époque, pourtant, l’indépendance est loin de caracoler au firmament des sondages, qui la placent dans les 20% d’appui populaire. Faut-il rappeler qu’aujourd’hui, la nomenklatura péquiste s’empresse de déclarer forfait devant des chiffres qui oscillent plutôt entre 30% et 40%.

Trente-trois ans et un référendum quasi gagnant plus tard, les congressistes du PQ s’apprêtent à officialiser docilement l’abandon pur et simple de l’objectif indépendantiste pour un mandat complet de gouvernement, ce qui veut dire, en tout réalisme, pour l’avenir prévisible. Quel contraste saisissant, quand on y pense un peu. Comment ne pas voir dans ce parallèle historique l’impressionnant fossé qui sépare le PQ d’autrefois, frondeur et bouillonnant, et celui d’aujourd’hui, fade et timoré?

De ce fossé, la soirée d’élection du nouveau chef, à l’automne dernier, donnait une autre démonstration éloquente. On avait eu l’idée d’y projeter, devant un parterre discipliné, peu démonstratif et, disons-le, d’âge plutôt mûr, des images de la victoire électorale de 1976, ce tremblement de terre anarchique, électrique et fumigène dans lequel on aperçoit Claude Charron sauter frénétiquement à pieds joints, Lise Payette léviter de bonheur, Gilbert Paquette surgir en déséquilibre, une jambe en l’air, et René Lévesque s’agripper à son lutrin comme si le ciel était en train de lui tomber sur la tête.

Même si toute comparaison avec ce soir mythique est forcément ingrate, le revoir dans le contexte aseptisé du PQ d’aujourd’hui forçait à se dire que, si l’équipe de 76, qui avait dans ses cartons des projets aussi révolutionnaires que la future loi 101, devait se transporter à notre époque, le PQ actuel la verrait comme une folle bande de dangereux exaltés.

Bien sûr, passer d’une certaine ingénuité à davantage de pragmatisme, puis à l’embourgeoisement, n’est pas un parcours exceptionnel pour une formation politique. Toutefois, certains cas sont plus spectaculaires que d’autres; c’est ce dont témoigne la transformation extrême du Parti québécois en parti de gérance provinciale complètement aplati devant les sondages.

Certains se demandent néanmoins si les péquistes, durant le congrès qui s’amorce, se diviseront en cherchant à compenser le renoncement à l’indépendantisme actif par davantage de fermeté sur la question linguistique. On peut plutôt penser que si le PQ est désormais capable de mettre l’indépendance de côté sans le moindre état d’âme, il est peu probable qu’une autre question, quelle qu’elle soit, puisse troubler sa cohésion capitonnée.

Jean-François Lisée et ses collègues sauront sans doute appuyer sur tous les boutons nécessaires à entretenir un certain état de grâce sur ce congrès — le premier en six ans, un intervalle record pour ce parti autrefois si fier de sa démocratie interne, qui allait en congrès aux deux ou trois ans, comme le font d’ailleurs la CAQ et le PLQ aujourd’hui –. On jasera mollement du « pays », on agitera le fanion de l’identité, puis on se remontera contre le gouvernement libéral.

Il reste pourtant des indépendantistes motivés au Parti québécois. Pour plusieurs d’entre eux, concilier convictions et fidélité partisane passe par la promesse de l’action « dans un second mandat », le concept le plus improbable inventé à ce jour par les ténors péquistes pour gagner du temps. Il s’agirait donc, d’ici là, de passer un mandat complet à « réparer », à « redonner confiance » et à « préparer » on ne sait quoi.

Amis péquistes, vous pouvez vous bercer de cette chimère, mais vous ne pouvez pas exiger que tous en fassent autant. Outre le fait que la gouvernance est un exercice extrêmement usant qui compromet en quelques années tout momentum référendaire, votre chef s’est engagé solennellement à ne mener aucune démarche indépendantiste de gouvernement, ce que confirme le programme que vous adopterez dans les prochaines heures. Cela ne vous laisse pour champ d’action que les habituels rassemblements de souverainistes qui brassent de l’air entre souverainistes et la concoction d’outils de promotion confidentiels à même les maigres fonds militants.

Rien, dans l’avenir que vous dessinent vos leaders, ne permet de croire raisonnablement que les facteurs qu’ils invoquent aujourd’hui pour justifier la mise en veilleuse de l’indépendance, ne seront pas présents en 2022, et ce, de façon accrue. Puissiez-vous bientôt en prendre conscience malgré votre inétanchable soif de battre les libéraux à tout prix.

Pour l’heure, en tout cas, le congrès 2017 du Parti québécois marquera un nouveau sommet dans le processus de renoncement qui caractérise cette formation politique depuis maintenant une génération. Et cela se fera dans l’allégresse. C’est tout dire.

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6 Comments

  1. M. Payne,

    Je compte vous répondre en déconstruisant quelques-uns de vos arguments et en mettant en lumière, des éléments que je crois avez omis.

    1. « Trente-trois ans et un référendum quasi gagnant plus tard, les congressistes du PQ s’apprêtent à officialiser docilement l’abandon pur et simple de l’objectif indépendantiste pour un mandat complet de gouvernement, ce qui veut dire, en tout réalisme, pour l’avenir prévisible. Quel contraste saisissant, quand on y pense un peu. Comment ne pas voir dans ce parallèle historique l’impressionnant fossé qui sépare le PQ d’autrefois, frondeur et bouillonnant, et celui d’aujourd’hui, fade et timoré? »

    Votre prémisse est que ce que le PQ est entrain de faire va à l’encontre de ses positions historiques. Un fossé qui sépare le PQ d’aujourd’hui à celui d’autres fois. Or, vous utilisez, un évènement historique qui a davantage de similitudes avec le présent pour en faire la démonstration. Des gens, des grosses pointures, ont quitté parce qu’elles étaient en désaccord avec l’idée de vouloir faire davantage de pédagogie avant de s’engager à tenir un référendum. Vous conviendrez que la raison qu’ils sont parti est davantage similaire à la réalité actuelle du PQ. Ce qui vous n’empêche pas d’en arriver à la conclusion que le PQ d’aujourd’hui n’est plus du tout celui d’antan. C’est difficile de vous suivre d’autant plus que vous n’avez pas parler du beau risque.

    2. « Même si toute comparaison avec ce soir mythique est forcément ingrate, le revoir dans le contexte aseptisé du PQ d’aujourd’hui forçait à se dire que, si l’équipe de 76, qui avait dans ses cartons des projets aussi révolutionnaires que la future loi 101, devait se transporter à notre époque, le PQ actuel la verrait comme une folle bande de dangereux exaltés. »

    Déjà que faire des suppositions sur comment réagiraient des gens d’époques différentes sur un sujet données est un terrain extrêmement glissant en terme d’exercice intellectuel. Comment accorder un crédit, une justesse dans vos propos, sans y voir un omission grotesque de placer les gens dans leur contexte, leur époque et leur réalité. Le Québec de 1976 est bien différent du Québec de 2017. Autant le sont les québécois et leurs idées. Toutes comparaisons est donc boiteuse et difficilement utilisable pour établir un argumentaire sur aucun sujet sérieux en arriver à la conclusion qu’ils seraient vus comme de « dangereux exaltés »

    3. « Jean-François Lisée et ses collègues sauront sans doute appuyer sur tous les boutons nécessaires à entretenir un certain état de grâce sur ce congrès — le premier en six ans, un intervalle record pour ce parti autrefois si fier de sa démocratie interne, qui allait en congrès aux deux ou trois ans, comme le font d’ailleurs la CAQ et le PLQ aujourd’hui »

    Vous omettez de dire, et j’espère que ce n’est pas par malhonnêté intellectuelle, que depuis 2011, il y a eu 2 élections et 2 courses à la chefferie. Que ces exercices démocratiques sont exigentes au niveau des ressources. Qu’elles demandent de l’argent et du temps des bénévoles, des instances régionnales et de la permanence. Sous-jacent à votre omission, vous y allez d’une critique du PQ d’aujourd’hui versus celui d’avant sur l’angle de la fierté démocratique. Ce pourrait-il que vous faites un raccourci quelque peu malhonnête en utilisant cette rhétorique pour justifier votre position? Ce pourrait-il que ce ne soit pas du tout par manque de fierté démocratique que ce soit le premier congrès en 6 ans?

    4. « Amis péquistes, vous pouvez vous bercer de cette chimère, mais vous ne pouvez pas exiger que tous en fassent autant. Outre le fait que la gouvernance est un exercice extrêmement usant qui compromet en quelques années tout momentum référendaire, votre chef s’est engagé solennellement à ne mener aucune démarche indépendantiste de gouvernement, ce que confirme le programme que vous adopterez dans les prochaines heures. Cela ne vous laisse pour champ d’action que les habituels rassemblements de souverainistes qui brassent de l’air entre souverainistes et la concoction d’outils de promotion confidentiels à même les maigres fonds militants. »

    Alors voilà deux conceptes à déconstruire. Je vais commencer par le plus facile des deux. Pourquoi ne pas utiliser de l’argent gouvernemental pour faire la promotion de l’indépendance? La politique a évoluée beaucoup depuis des années, notamment au niveau de l’éthique. Ce n’est pas un comportement éthique, que d’utiliser l’argent des contribuables de toutes horizons, pour promouvoir le projet d’un parti politique. Peut-être qu’avant la question ne se posait pas. Mais en 2017, l’éthique est importante. Ça me semble tellement évident que je suis étonné que vous ayez utiliser ça comme argument afin de critiquer le PQ.

    Ensuite la question de la gouvernance qui serait tellement usante qu’elle comprometterait un éventuel référendum. Puisque M. Payne aime regarder dans le passé, regardons dans le passé. Le PQ de 76 s’est fait élire avec 41.37% des voix. Le référendum de 80 a été perdu avec un score de 40.44% des voix. À l’élection suivante, en parlant du beau risque et en ne promettant pas un référendum le PQ a gagné avec un retentissant 49.26% des voix. En bref, bien que rien de garantisse le succès de la stratégie actuelle de Jean-François Lisée, rien ne garantie non plus son échec. A preuve les résultats du PQ qui démontrent que même après une défaite référendaire, le beau risque et l’usure, il fut possible pour le PQ d’augmenter ses appuis en 1981. Bien évidemment, il existe également, dans l’histoire du PQ, des exemples contraires. Je ne discrédite pas qu’on peut avoir l’opinion que ce ne soit pas la bonne approche, mais on ne peut pas, utiliser comme l’a fait M. Payne, un argument subjectif et le présenter comme étant un fait indéniable. la phrase suivante de M. Payne parle bel et bien d’un « fait ». « Outre le FAIT que la gouvernance est un exercice extrêmement usant qui compromet en quelques années tout momentum référendaire ».

    5. « Rien, dans l’avenir que vous dessinent vos leaders, ne permet de croire raisonnablement que les facteurs qu’ils invoquent aujourd’hui pour justifier la mise en veilleuse de l’indépendance, ne seront pas présents en 2022, et ce, de façon accrue. Puissiez-vous bientôt en prendre conscience malgré votre inétanchable soif de battre les libéraux à tout prix. »

    Je suis d’accord avec M. Payne sur ce point. On ne peut pas savoir dans quel état sera l’appui à l’indépendance en 2022. Ceci étant dit, on ne peut pas mettre de côté et ignorer, comme si elle n’existait pas, la stratégie de Jean-François Lisée d’utiliser le temps entre 2018 et 2022 afin de faire des gestes, tant au niveau législatif qu’au niveau partisan, pour essayer de faire en sorte qu’en 2022, le contexte y soit meilleur. En bref, ne pas pouvoir croire raisonnablement que le contexte sera plus favorable est autant un argument valide que de ne pas pouvoir croire raisonnablement que le contexte ne sera pas plus favorable.

    J’aimerais terminer en mentionnant que je respecte les opinions de M. Payne et qu’elles sont valables dans le débat sur la souveraineté. Je ne considère pas avoir le monopole de la certitude. Cependant, je ne peux que m’objecter lorsque ces arguments sont apportés de la façon dont M. Payne s’y prend. Soit en utilisant partiellement l’histoire, en omettant des faits élémentaires ou encore en présentant des opinions comme étant des faits.

    Merci.

    Michel Duchesne Boulianne

    • Je ne suis pas d’accord avec votre point de vue. On dirait que vous avez écrit ce texte avant le congrès avec de vieilles idées préconçues. Le discours de Lisée hier soir était à l’opposé de ce que vous soulignez. Aussant rejoindra probablement le PQ. Il est temps de rentrer au bercail, tous derrière Jean-François Lisée.

    • Lisée n’est ni Parizeau, ni Marois… par lui, le hochet est plutôt un étendard. Il faut oublier nos luttes fratricides. Il est plus que temps, pour tous les indépendantistes, de rentrer à la maison. Le plan de match est clair maintenant.

      • Si les membres du PQ avaient donné sa chance à Martine Ouellet à la dernière course à la chefferie, il y aurait eu de très très très très très fortes chances que je remette les pieds dans la demeure péquiste, mais votre actuel bourgeois attentiste, vous pouvez vous l’enfoncer bien profond ou je pense!

        En choisissant Lisée, vous aurez besoin d’un ostie de gros rouleau de PQ parce que vous vous êtes tiré une balle dans le pied et avez assuré une réélection des osties de Lidéraux aux prochaines élections!

  2. Congrès du PQ 2017 : manque d’audace et d’ambition!

    En tant que délégué au Congrès du PQ de 2017, participant à l’atelier sur la langue, j’ai constaté que plusieurs délégués sont complètement subjugués par le chef, un chef anglomane et adepte de l’étapisme à l’extrême. Je dirais même qu’ils sont prêts à vendre leurs âmes pour trouver un compromis. Ils ont finalement rejeté en plénières plusieurs résolutions que nous avions adoptées en atelier sur la langue, notamment l’application de la Loi 101 aux CPE et aux entreprises de plus de 10 employés, ainsi que le retour à l’affichage en français seulement dans les commerces. Pendant l’atelier, on a refusé de prolonger le débat sur l’application de la Loi 101 au Cégep, un sujet pourtant très important. Les membres de l’exécutif, les députés, et le chef ont influencé le vote des délégués pendant tout le processus. J’ai même remarqué que l’on tremblait tous à la seule idée de remettre le référendum au programme advenant un revirement dans les sondages. Selon moi, plusieurs délégués se sont fait enfirouaper. Je reste péquiste et fervent militant pour la langue française et l’indépendance du Québec, mais ce congrès m’a déçu et je prévois l’assimilation des francophones et l’effondrement du système d’éducation francophone à plus ou moins brève échéance. Je prévois aussi que le PQ se perdra dans la division des votes à cause de son manque d’audace et d’ambition … à moins que l’on vote intelligemment!

    Daniel Roy

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