Cette semaine, j’ai beaucoup réfléchi au sort qui est réservé aux nations amérindiennes au sein du Canéda. L’occasion était belle puisque le faiseux à Harper se proposait d’aller rencontrer une série de chefs (triés sur le volet s.v.p.) afin de donner l’impression que leurs situations le préoccupent. Alors aussi bien en profiter…
Il ne faut surtout pas perdre de vue que réfléchir au sort des Amérindiens, c’est d’abord et avant tout réfléchir aux conséquences qu’il y a de perdre tout contrôle sur sa destinée. Réfléchir au sort des Amérindiens, c’est donc, aussi, réfléchir à Nous, Québécois qui avons également perdu pas mal le contrôle sur nos vies collectives et notre destin national. Dans les faits, il n’y a que le degré de déliquescence et de servitude qui change quand on songe à leur sort et au nôtre. La province (pour les vaincus) de Québec n’est rien d’autre qu’une grosse réserve de luxe où on nous a parqués il y a belle lurette et où, surtout, le Canéda espère nous voir devenir enfin canadiens, dans le sens anglais du terme.
Au temps de la Nouvelle-France, Canadiens (c’est-à-dire les Nous en devenir) et Amérindiens (principalement Hurons) marchaient main dans la main, et ils le faisaient surtout lorsqu’il était question de faire face aux Anglais et à leurs propres alliés amérindiens (qu’on appelle Iroquois sans plus de précision). Si ce n’avaient été des Hurons, il est clair que la Nouvelle-France n’aurait pu tenir aussi longtemps face à l’envahisseur génocidaire (songeons au Grand Dérangement par exemple) de la Nouvelle-Angleterre. Les troupes françaises n’étaient aucunement assez nombreuses pour tenir le fort face à des contingents anglais qui n’avaient de cesse de tenter, par tous les moyens, de réduire à néant la colonie franco-canadienne. René Boulanger, mon ami, a très bien expliqué cela dans son livre La bataille de la mémoire. À lire d’ailleurs !
Une fois la Nouvelle-France détruite, les liens entre les Canadiens et leurs alliés amérindiens d’hier se sont réduits comme peau de chagrin. Certains des nôtres (ô honte à nous) ont même participé aux campagnes de répression organisées par les nouveaux maîtres des lieux (c’est-à-dire les Anglais) et destinées à écraser les insurgés du chef Pontiac. La grande alliance n’était plus. De bon augure tout cela ? Aucunement !
Il fallut des décennies avant que les Canadiens, formant depuis le peuple québécois, retrouvassent une sensibilité à l’égard de leurs frères d’antan. Cela eut lieu sous un gouvernement du Parti Québécois (étonnant n’est-ce pas !?). Celui de René Lévesque. Par l’entremise des porte-parole du gouvernement, le peuple québécois reconnut alors l’existence des onze nations amérindiennes habitant le territoire que nous partageons tous ensemble. Il était temps, vous me direz ! Sous l’égide de Bernard Landry (encore le PQ donc), on signa également la Paix des braves, une entente conclue dans le but de redonner le contrôle aux Amérindiens sur le nitassinan, leurs terres ancestrales. Tout ça exige d’être mieux mis en branle, c’est l’évidence même ; beaucoup reste à faire avant que nous puissions porter la coupe aux lèvres. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes depuis 2003 soumis à un gouvernement du Québec qui préfère mauditement les compagnies étrangères aux gens d’ici ; alors, ça se comprend que rien de grandiose n’ait été lancé dans le dossier amérindien depuis le départ de Landry.
Cette semaine, l’occasion était pourtant belle pour le mouvement indépendantiste de marquer des points aux dépens du Canéda, tout en tendant une main fraternelle aux Amérindiens. Il y eut cette grande rencontre – la première depuis que les conservateurs sont au pouvoir – entre le premier minisssse du Canéda et plusieurs grands chefs amérindiens de ce même pays. Ceuzes-là sont tannés de faire rire d’eux, sont écoeurés que le Canéda les traite comme des foutus citoyens de seconde zone, sont fatigués de crever dans des réserves infectes où ils sont soumis aux diktats de chefs de bande qui sont plus souvent qu’autrement des petits mafieux puants et accros aux chèques d’Ottawa. Il est proprement scandaleux qu’en 2012, plusieurs communautés amérindiennes vivent encore comme on le faisait au XIXe siècle (et même pire qu’à cette époque): sans eau courante ni électricité et entassés les uns sur les autres comme de pauvres réfugiés tentant de fuir leur vie misérable en prenant place sur un boat people qui plus souvent qu’autrement les conduit vers la mort. Comment le Canéda peut tolérer cela ?
Il faut savoir que le Canéda a, historiquement, adopté des politiques racistes. On se rappelle du sort qu’il réserva aux communautés francophones en interdisant les écoles séparées (nos écoles), répondant de ce fait aux 56 désirs (et même plus) des intolérantes et racistes loges orangistes. On se rappelle également que c’est ce pays qui enferma les Japano-Canadiens et les Italo-Canadiens dans des camps de concentration au cours de la Deuxième Guerre mondiale. On se souvient également que c’est le ministre responsable de l’Immigration de cette même époque qui refusa de tendre une main salvatrice aux Juifs qui fuyaient les charniers européens en leur permettant de vivre au Canéda. Celui-là préféra les retourner d’où ils venaient, les condamnant – ce qu’il savait très bien - à une mort certaine ; d’une certaine façon, on peut donc dire que le Canéda participa à l’Holocauste. Et que dire des traitements accordés aux Amérindiens par ce même Canéda ? De la Loi sur les Sauvages de 1871 à Louis Riel que les respectables décideurs anglais pendirent en 1885, en passant bien sûr par les Béotuks (soumis à la Terre-Neuve anglaise cette fois) qui furent exterminés jusqu’au dernier et jusqu’à Attawapiskat, le Canéda a amplement fait la preuve qu’il désirait retirer cette épine du pied que constituent les nations amérindiennes, au mieux en les parquant bien loin des regards, au pire en les faisant carrément disparaître de la croûte terrestre.
Cette semaine, Stephen Harper n’a strictement rien fait pour renverser la vapeur. En cela, il a été conforme au pays qu’il dirige ; il a été au mieux insensible au sort des Amérindiens. Au pire, il s’est réjoui, par ses gestes et décisions, que la Loi sur les Indiens (l’ancienne loi sur les Sauvages de 1871) s’applique toujours, ce qui fait des Amérindiens, face à cette inique loi, des enfants qui n’ont même pas droit à la propriété, et du Canéda un pays raciste et paternaliste qui mérite les plus sévères condamnations!
L’occasion était par conséquent très belle pour le mouvement indépendantiste de se rapprocher des Amérindiens, tout en déstabilisant le Canéda intolérant. Il eut fallu qu’on leur tende franchement la main en dénonçant à grands cris l’odieuse loi sur les Indiens et ce Canéda qui la maintient envers et contre tous, projetant par le fait même à l’international une écoeurante image d’apartheid.
Malheureusement, je n’ai point entendu Pauline Marois intervenir sur le sujet. Il est vrai qu’elle était fort occupée à conserver sa mainmise sur son parti et à faire entrer dans les rangs des ouailles qui pèchent grand par excès d’indiscipline et de lèse-majesté envers la dame ciment St-Laurent. Mais je n’ai pas davantage entendu Amir Khadir ou Jean-Martin Aussant dénoncer pareille situation. Peut-être l’ont-ils fait et j’ai manqué leurs interventions. C’est possible. Mais une chose demeure, et c’est qu’il faudra que le mouvement indépendantiste allume ses lumières et comprenne que l’on ne peut marcher vers le pays du Québec sans proposer une place digne de ce nom aux Amérindiens dans ce monde nouveau. Et cela ne peut être qu’un foutu strapontin du même type que celui que nous occupons présentement, sous le joug du Canéda, à l’Unesco (en guise d’exemple). La grande alliance doit exister à nouveau !
Cette semaine, j’ai également écouté (et regardé en même temps, c’est dire si j’étais concentré ! ) le documentaire produit par l’acteur américain Leonardo Dicaprio et intitulé La 11e heure. C’est un portrait terrifiant de la présente situation environnementale qui est brossé dans ce document. Et il y est question des Amérindiens, bien sûr. Des porte-parole de ces nations expliquent, d’une certaine façon, à quel point le monde de consommation dans lequel nous vivons actuellement a détruit complètement leurs cultures. Les Amérindiens n’ont pas seulement été asservis. Ils ont été également brisés – et entièrement - dans leurs modes de vie. À sa manière, Pierre Perrault l’explique admirablement dans Le goût de la farine (un document à voir impérativement).
Évidemment, petit citoyen que je suis et que nous sommes, nous les militants, on ne peut pas grand chose eu égard à la loi sur les Indiens. On peut gueuler, certes, mais au bout du compte, c’est Harper, lui qui se soucie autant du Québec que de sa dernière chaussette et des militants indépendantistes que de ses vieilles bobettes sales, qui décide. Il porte l’odieux, bien sûr, de maintenir cette loi en vigueur, mais c’est quand même lui qui décide.
Par contre, il existe un terrain où il nous est plus facile d’intervenir. Et je parle cette fois du maudit Plan Nord avec lequel le gang à Charest n’a de cesse de nous rebattre les oreilles. Cette opération consiste ni plus ni moins qu’à donner les richesses de ces territoires aux compagnies étrangères, tout en permettant aux gens d’ici de ramasser une miette ou deux qui tombent toujours des tables des oligarques lorsque ceux-ci consomment le monde. Ce plan est de la même engeance que tout le reste qui caractérise les relations qu’entretiennent les faiseux du Canéda avec les nations amérindiennes : ils se foutent d’eux éperdument et ne pensent qu’au cash. Dans ce cas-ci, ils se proposent d’ouvrir des routes et de faire des trous dans les territoires que fréquentent les Amérindiens depuis toujours. Le monde de consommation a besoin de ressources nouvelles pour continuer de fonctionner, et ces osties-là vont tout faire pour leur vendre à bon prix.
Heureusement, ce n’est pas tout le monde qui se laisse acheter pour une poignée de petit change. Ces jours-ci, des Amérindiens ont décidé de bloquer la route qui ouvrira le Nord aux exploiteurs de tout acabit. Soumis au froid de la barricade hivernale, mais malgré tout bien décidés à ne pas plier, à ne pas broncher, ceux-là veulent faire face aux creuseurs de trous, aux chercheux d’eldorado; ils veulent les confronter pour protéger ce qui leur reste de culture, de modes de vie sains. Et je les applaudis ! À tout rompre !
Mais faut faire plus que les applaudir. Il faut les aider. Les soutenir. Les REJOINDRE !
Le Plan Nord est de nature à permettre enfin aux Québécois, soumis à un colonialisme qui les laisse gros-Jean comme devant, de s’allier aux Amérindiens qui assistent bien impuissants au salopage de leurs terres ancestrales par des trous-du-cul qui n’auront de répit que lorsque la grande extinction de masse des espèces (dixit Hubert Reeves) aura commencé (et encore, ils vont tenter de faire une piastre avec la tragédie la plus tragique). Le Plan Nord doit être le prétexte qui nous permettra de refaire la grande alliance. Québécois et Amérindiens unis dans le combat contre les forces obscures de l’industrie de la consommation tout aussi débridée que malade, contre les assimilateurs de peuples et les destructeurs de cultures, contre les souilleurs des consciences, et les enculeurs de mondes nouveaux, ça serait beau, crissement beau, n’est pas?
Mais pour ça, il nous faudra avoir le courage de nos ambitions. Être prêts à nous dresser contre les plus puissants de ce monde qui tournent de plus en plus les yeux vers nos richesses et à nous battre avec fougue jusqu’à ce qui ressemblera le plus possible à une victoire. Et pas morale cette fois ! Et faudra accepter, bien sûr, d’en payer les conséquences ; même les plus douloureuses. Ça fait peur. Je sais. Mais la fin des temps ténébreux l’exige !
#3 | La Liberté et le Yogourt
Patrick » 02-02-2012 16:36
Merci pour votre texte. J'ai lu beaucoup, je comprends mieux votre position aujourd'hui. Étalement urbain, constructions bétonnées et réseaux goudronnés, mise sous tutelle des peuples distincts pour fabriquer les plus gros Yogourt humain jamais vu, tout le monde pareil, rangé en boîte, de l'eau, des vivres, et des murs... Pub, Presse, Tévé, Bouches en cul-de-poule, création d'une illusion de Rocheuse, croissance de la cécité publique, six ou septième génération de pirates de l'orge, propagande écrite en noir sur du papier blanc.
Et la banlieue qui passe du Sud au Nord par un Plan, constitué pour l'essentiel d'une carte, avec des "X" dessus pour montrer les trous planifiés. On prépare la banlieusardisat ion de Chibougamau, à grands coup de béton et de "clawbar", dans des quartiers en carré, dans des moulins à vent, où l'entrepreneur en construction et le développeur de condos sont directement liés au portefeuille des pétrolières.
Patrick
#2 | RE: La grande alliance
Laurent Desbois » 27-01-2012 16:40
« en passant bien sûr par les Béotuks (soumis à la Terre-Neuve anglaise cette fois) qui furent exterminés jusqu’au dernier »
Les Micmacs ont été amené de Nouvelle-Écosse à T-N pour participer à l’extermination des Béotuks. J’ai toujours cru que les anglais avait fait cela, mais on me dit que ce sont les français qui ont fait çà et donc commencé l’extermination des Béotuks.
Qui dit vrai selon toi ?
#1 | RE: La grande alliance
Laurent Desbois » 27-01-2012 16:16
Amir Khadir: le Québec pratique l'apartheid contre les premières nations
http://www.youtube.com/watch?v=DJ2APhs2hA0&fb_source=message
L'orateur qui précédait Amir Khadir était un warrior mohawk ayant fait référence au français comme étant la langue de l'oppresseur.
« Le 15 mai 2011 Amir Khadir participait à un rassemblement pour 'l'intifada' au métro Mont-Royal, où il a notamment accusé le Quebec de pratiquer un régime d'apartheid. L'orateur précédent un warrior mohawk, a fait référence au français comme étant la 'langue de l'oppresseur'. Jamais notre bon député n'a jugé bon de se dissocier de ces propos au cœur de son allocution. C'est une honte venant d'un membre de l'Assemblée Nationale. Il devrait se sentir gêné quand il prétend mettre le cap sur la défense de la langue... »