Chroniques de Bernard Desgagné

Samedi, 08 octobre 2011 | 
Écrit par Bernard Desgagné   

Cramponnez-vous, la descente aux enfers commence. Bienvenue dans le monde réel à ceux qui ont l’habitude des potins du Réseau de la désinformation et de La Presse canadienne. Une crise économique? Bien pire. C’est l’effondrement total du système qui est en train de se faire dans un crescendo de troubles sociaux et de guerres. La bulle néolibérale est crevée, et l’atterrissage sera dur. Très dur.

La semaine dernière, dans «Al-Qanada», je vous parlais de l’attaque que l’OTAN prépare contre la Syrie et qu’elle cherche à justifier, comme en Côte d’Ivoire et en Libye, par une campagne de mensonges. Or, la tension a monté d’un cran mardi, lorsque, pour la première fois depuis 2008, la Russie et la Chine ont utilisé leur droit de véto au Conseil de sécurité. Les deux pays ont rejeté le projet de résolution concocté par le club des puissances occidentales en faillite dans le but de légitimer encore une fois des bombardements, du moins aux yeux des peuples occidentaux, y compris les Québécois, qui en paient la facture. L’Inde, le Brésil, le Liban et l’Afrique du Sud se sont abstenus lors du vote.

C’était la première fois qu’un véto était utilisé au Conseil de sécurité depuis juillet 2008. À l’époque, les moralisateurs va-t-en-guerre voulaient légitimer l’étranglement économique du Zimbabwe de Robert Mugabe, un autre mauvais client de Wall Street, au terme d’une campagne de diabolisation dont seuls les médias et les marionnettes pseudohumanitaires occidentales ont la recette.

Immédiatement après le vote de mardi, les États-Unis ont réagi avec agressivité, par la voix de leur ambassadrice à l'ONU, Susan Rice. Les Français ont renchéri. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, et l’ambassadeur de France à l’ONU, Gérard Araud, ont indiqué que le rejet de la résolution ne les arrêterait pas

La veille, le radiocadnassé François Brousseau nous mettait encore des idées dans la tête. «En Syrie, ce n'est pas comme en Libye […] c'est une révolte populaire pacifique avec des manifestations dans la rue contre un pouvoir violent», a-t-il affirmé. J’ai immédiatement porté plainte… pour la forme. Je sais pertinemment que cette bande de menteurs ne cessera de mentir que lorsque nous leur enlèverons leurs micros. 

Ce n’est pas pour rien que Radio-Cadna a choisi un tartuffe comme Brousseau pour nous mélanger au lieu de donner la parole à Michel Chossudovsky, qui, depuis Montréal, décrypte l’actualité internationale à la télévision russe. Radio-Cadna et al-Jazeera: même combat. Les mensonges colportés par la chaine qatarie al-Jazeera, puis relayés par les médias occidentaux, au début de la crise en Libye, ont joué un rôle déterminant pour convaincre l’opinion publique que Kadhafi «tuait son peuple». Il n’y a pas longtemps, nous avons appris que le directeur général de cette chaine, basée dans une monarchie pétrolière amie de Washington, collaborait avec la CIA. Il a aussitôt démissionné, mais les médias occidentaux en ont très peu parlé. À Radio-Cadna, parions qu’Hubert Lacroix et Alain Saulnier n’occupent pas leur poste pour leur intégrité et leur désir de bien informer le public, mais plutôt pour leur docilité.

Je ne doute pas que les milliardaires qui nous gouvernent par pantins interposés soient assez malades et affolés pour affronter la Russie et la Chine en attaquant la Syrie, puis l’Iran, peut-être avec les armes nucléaires d’Israël (raison pour laquelle l’OTAN a commencé à installer récemment un radar en Turquie, suscitant de vives protestations dans ce pays ainsi qu’un avertissement du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui trouve que c’est une «grande erreur» de la part de la Turquie). Les psychopathes de Wall Street n’en sont pas à une tuerie près et ont déjà décidé qu’ils avaient le droit de vie ou de mort sur n’importe qui, pas seulement Ben Laden, comme en témoigne l’assassinat de Shaykh Anwar al-Awlaqi, le 30 septembre, avec un drone de la CIA, sans égard aux lois, et sans égard aux conséquences. Ils préfèrent peut-être faire sauter la planète plutôt que de renoncer à une partie de leur richesse éhontée. C’est très inquiétant. Néanmoins, la réalité risque de les rattraper chez eux avant qu’ils aient le temps de déclencher la Troisième Guerre mondiale. 

Les États-Unis sont en train de connaitre leur «printemps arabe», qui a commencé avec le mouvement OccupyWallSt (Occupons Wall Street!). Ce mouvement, qui a reçu des appuis importants, notamment ceux de Noam Chomsky et de Michael Moore, n’a rien à voir avec les imbéciles du Tea Party. Depuis le 17 septembre, de simples citoyens réclament dans la rue la «justice économique». Ils veulent botter le cul de la cleptocratie qui a remplacé la démocratie. Des foules réunissant des gens de tous les âges et de tous les milieux, du camionneur tatoué à l’octogénaire munie d’une canne, se rassemblent de plus en plus nombreuses. 

Tellement nombreuses et persévérantes, les foules, que le Réseau de la désinformation a été obligé d’en parler cette semaine, surtout lorsque la police de New York a arrêté 700 manifestants pacifiques, ce qui a été un formidable coup de pub et a déclenché une vague d’indignation et de sympathie. Amorcé à New York, sur Wall Street, le mouvement gagne actuellement d’autres grandes villes des États-Unis. C’est vraiment tout le peuple qui en a marre, pas seulement les plus politisés de la société. 


Répression policière à Wall Street

Pour l’instant, le taux de chômage aux États-Unis est de 10 %, ce qui est déjà passablement élevé. (Ce taux constitue une sous-estimation puisque les chômeurs qui n’ont plus droit à l’assurance-chômage ne sont pas comptés.) Mais la crise économique s’aggravera indubitablement et fera beaucoup de ravages. Imaginez ce que seront les manifestations lorsque le chômage atteindra 15 ou 20 %. Les manifestants seront peut-être moins pacifiques, un peu comme en Grèce, pays désormais sous l’emprise des technocrates apatrides du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, dans une Europe antisociale et antidémocratique aux antipodes de l’idéal de prospérité et d’harmonie entre les peuples qui a été invoqué pour sa création. Je m’attends à voir beaucoup de monde dans les rues avant longtemps, y compris des gens qui n’auront plus rien à perdre. Le printemps prochain sera très chaud aux États-Unis. Et le Québec ressentira très fortement l’onde de choc.

Vous comprendrez que, dans tout cela, les enquêtes sur la corruption dans le monde de la construction m’apparaissent comme un simple divertissement. Ce n’est pas que je nie l’importance de lutter contre la corruption ou que je ne voie pas la pourriture nauséabonde que renferme le Parti libéral de Jean Charest. Mais j’ai toujours cru que ce qui se passait de vraiment grave au Québec se faisait derrière le paravent de la légalité. Avec son plan nord, Charest prépare le pillage de nos ressources naturelles, mais il n’ira jamais en prison pour ça. Monique Jérôme-Forget nous propose les PPP comme antidote contre la corruption. Or, les PPP, c’est du vol légalisé des deniers publics. La privatisation des profits et la nationalisation des pertes. 

La base industrielle de l’Occident ayant été sacrifiée sur l’autel du capitalisme financier, les ultrariches qui nous gouvernent (et non les petits caïds de l’asphalte) ont recours, pour continuer de s’engraisser, à des escroqueries légales comme les produits dérivés contaminés aux prêts hypothécaires à risque, comme le pillage des ressources naturelles, comme la guerre financée avec l’argent des contribuables, comme les PPP et comme la privatisation des services publics. Tout cela est parfaitement légal.

Je lisais mardi dernier la lettre de Jeanne Le Gal qu’a publiée dans sa chronique mon camarade Jean-Pierre Durand. Mme Le Gal nous invite à nous opposer à l’exploitation du pétrole dans le golfe du Saint-Laurent. Elle s’insurge comme d’autres s’insurgent contre le harnachement de nos dernières rivières sauvages, contre les éoliennes de la discorde qu’on plantera dans le parc régional du Massif du Sud et ailleurs, contre l’extraction du gaz de schiste, contre l’exploitation de l’uranium sur la Côte-Nord, contre les PPP, contre la privatisation des services de santé et contre le sous-financement des universités. Chacun sa cause. Chacun dans son coin.

Pauvre Mme Le Gal! Si elle savait! Même si les Québécois étaient huit-millions à signer une pétition, il n’y aurait aucune chance pour que cesse l’exploitation du pétrole du golfe Saint-Laurent. Ceux qui ont besoin de ce pétrole pour faire fonctionner leur machine de guerre sont les mêmes qui viennent d’entreprendre la construction du pipeline Keystone, destiné à faire couler vers le sud un océan de pétrole issu des sables bitumineux. Ce sont les mêmes qui n’ont pas hésité à bombarder et à tuer des milliers de personnes en Côte d’Ivoire et en Libye, pour du pétrole encore, et qui sont prêts à risquer une guerre nucléaire au lieu d’accepter qu’ils ne sont pas propriétaires de la planète. Qu’est-ce qu’une mobilisation dérisoire de citoyens armés de stylos ou de pancartes devant la fureur de ces psychopathes?

L’origine de nos grands problèmes actuellement est le néolibéralisme sauvage et triomphant, dont Charest et Harper ne sont que les exécutants. Le peuple doit reprendre en main l’économie et les ressources financières qui lui permettent d’orienter son destin. Les richesses plus concentrées que jamais entre les mains d’un très petit nombre doivent être redistribuées. Les moyens de production accaparés par le grand capital doivent être collectivisés. Tant que nous ne mordrons pas la carotide des multimilliardaires, nous aurons l’air de Don Quichotte.


 

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