Chroniques de Pierre-Luc Bégin

Jeudi, 17 janvier 2013 | 
Écrit par Pierre-Luc Bégin   

C’est toujours la même histoire : le PQ « réclame », mais n’agit pas. Cette fois, c’est dans le dossier de l’assurance-emploi. Ottawa a procédé à une réforme inacceptable qui pénalise gravement les travailleurs québécois. La réponse du PQ? « Réclamer » poliment à Ottawa de suspendre sa réforme le temps que le gouvernement fédéral en évalue les impacts sur la « province ». Pas de farce. C’est pitoyable de faiblesse. Harper doit bien rigoler. Hé!, les amis, la libération politique du Québec ne se fera pas en demandant gentiment, mais en prenant ce qui nous revient. Soyons sérieux, bordel!

Comme le rapporte notamment Radio-Canada, les conséquences de cette réforme seront très graves pour de nombreux Québécois : « En vertu des nouvelles mesures fédérales, les chômeurs sont tenus d'accepter tout emploi considéré comme étant raisonnable, moyennant quoi ils perdront leurs prestations d'assurance-emploi. Des travailleurs pourraient ainsi devoir accepter des baisses de salaire allant jusqu'à 70 %. D'autres pourraient devoir accepter un emploi qui se trouve à une heure de leur domicile. Les dépenses encourues par ces déplacements seront assumées par les travailleurs eux-mêmes. » Bref, ce que fait Ottawa est inacceptable. Mais dans les faits le PQ l’accepte et se contente de « réclamer » une étude. Aussi bien parler dans le vide.

Pourtant, le Québec possède de nombreux outils capables de créer un rapport de force avec Ottawa et même de le faire plier. Par exemple, un des plus forts est la gestion et le prélèvement par Québec de la TPS. Ainsi, plutôt que de demander poliment des études à Ottawa, le PQ pourrait menacer de cesser de verser la TPS au fédéral tant que ce gouvernement maintient sa réforme au Québec. Quoi? Ottawa pourrait cesser de verser les prestations d’assurance-emploi aux travailleurs québécois? Quel cadeau nous ferait-il! Parfait!

Le PQ aurait ainsi toute la légitimité de créer un programme d’assurance-emploi québécois (en plus de conserver la TPS). Cependant, ne vous énervez pas, il est presque impossible qu’une telle crise survienne, car Ottawa aurait trop à perdre. Devant un tel coup d’audace de Québec, il y a fort à parier qu’Ottawa demanderait plutôt de négocier pour éviter la crise. En fait, la simple menace de conserver la TPS à Québec et d’ainsi remettre en cause la fiscalité et surtout l’unité canadiennes suffirait probablement. Sinon, si Ottawa faisait par miracle l’erreur de pousser Québec à l’acte en jouant la ligne dure des représailles économiques et politiques (par exemple en retenant des transferts dus au Québec), merveilleux! Ottawa créerait une crise politique immense qui pourrait nous rapprocher grandement de l’indépendance.

Mais le PQ est minoritaire, et il pourrait se faire renverser?

Lâchez-nous avec ça. Le PQ ne se fera pas renverser s’il agit, c’est faux. En tout cas, pas tant que les libéraux n’ont pas de chef. Oubliez ça. Par ailleurs, la CAQ et le PLQ seraient-ils assez bêtes pour prendre le bord de Stephen Harper contre le Québec, ce qui pourrait être très dommageable pour eux? S’ils étaient assez stupides pour faire cela, tant mieux, il faudrait les remercier : quel magnifique enjeu pour une campagne électorale!

Je sais, je rêve.

Je rêve, car le PQ refuse de se battre contre Ottawa. Le PQ « réclame ». Le PQ demande. Le PQ exige, même, parfois. Ça revient toujours au même : paroles, paroles, paroles, qui ne font pas un pli sur le front (ni ailleurs) à Stephen Harper. D’ailleurs, la ministre fédérale responsable de l'assurance-emploi, Diane Finley, a envoyé Québec se faire voir ailleurs. Elle a même nié que le gouvernement fédéral procède à une réforme, ce ne serait que des précisions apportées au programme d’assurance-emploi! Une telle réponse n’est pas surprenante. Il n’y a aucune menace sérieuse du PQ envers Ottawa. Que des paroles sans conséquences.

Harper, lui, de son côté, comme tous ses prédécesseurs à Ottawa, agit, agit et agit encore. Qu’il soit MINORITAIRE ou MAJORITAIRE, il ne négocie pas, il prend. Sans demander de permission à quiconque. Il agit dans tous les domaines pour imposer ses politiques et il gagne. De notre côté, notre gouvernement supposément indépendantiste fait des incantations dans le désert. Peuple à genoux, attends ta délivrance. Merde!

Dire que le PQ pourrait encore jouer un rôle important dans la lutte de libération nationale. S’il reste des militants de la base dans ce parti, il serait temps qu’ils brassent la haute direction, car à l’évidence celle-ci se moque d’eux et de tous les indépendantistes. Depuis 17 ans.

Pierre-Luc Bégin

P.S. Si vous n’aimez pas mon exemple de la TPS, il y en aurait bien d’autres. Le PQ pourrait retirer le Québec du Conseil de la fédération, abolir le poste de lieutenant-gouverneur, mettre en place un rapport d’impôt unique, rapatrier une foule de pouvoirs... Il y aurait mille gestes d’indépendance à poser. Est-ce trop demander au PQ d’en poser un seul?

 

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