Le 1er novembre 1987, René Lévesque nous quittait. Aujourd’hui, plusieurs commentateurs ou militants reviennent sur sa carrière. Beaucoup lui élèvent un monument plus grand que nature. Il aurait été le plus grand des politiciens québécois de l’ère moderne. Je ne suis pas de cet avis.
Bien sûr, René Lévesque a été un homme politique très important dans l’histoire du Québec. Il a su captiver les foules comme peu d’autres politiciens ici. Il a suscité l’adhésion à sa personnalité chez beaucoup de Québécois. En effet, les Québécois se reconnaissaient très souvent en lui, car Lévesque était profondément québécois, dans ses nombreuses qualités comme dans ses non moins nombreux défauts. Passons sur ses qualités que tout le monde souligne et que je reconnais volontiers et mentionnons quelques défauts puisque personne n’en parle. Par exemple, sur la question nationale, enjeu crucial s’il en est un, Lévesque s’est révélé hésitant, craintif, complexé même. Est-ce là les caractéristiques d’un libérateur de peuple? Désolé, mais Félix s’est trompé. On ne libère pas un peuple en entretenant le caractère hésitant et craintif de ce même peuple.
Au contraire, un vrai chef d’État doit montrer un grand contrôle, de l’ambition et la plus grande assurance possible lorsqu’il mène la nation vers sa libération! C’était par exemple l’attitude de Jacques Parizeau, qui nous a menés au seuil du pays en 1995. Pour Parizeau, nous ne sommes pas « peut-être quelque chose comme un grand peuple ». Pour Monsieur, nous sommes un grand peuple. Nous avons droit à l’indépendance. Nous pouvons le faire. On fonce!
Lévesque était loin d’être un fonceur… Son étapisme et ses craintes auront brisé le formidable élan du peuple québécois vers sa libération, élan qui s’amorce au début des années 1960 pour stopper avec l’élection du gouvernement Lévesque en 1976. Le PQ démobilise alors le mouvement indépendantiste, se limite à être un « bon gouvernement » provincial, ce qu’il sera (le meilleur de notre histoire sans doute), et repousse le combat pour l’indépendance en fin de mandat. Et encore, je dis « indépendance », mais la souveraineté-association de Lévesque et de Claude Morin n’était pas un projet indépendantiste très clair, c’est le moins que l’on puisse dire. Lévesque misait davantage sur l’idée « d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ». Et après l’échec de 1980, suivi du coup de force de Trudeau, ce fut le fiasco du « beau risque » avec les fédéraux… Le PQ et surtout le mouvement indépendantiste n’auraient bien pu jamais s’en relever. Par chance, Parizeau est revenu au bon moment après l’intermède Johnson pour remettre le train sur les rails et tenter de recréer l’élan. Il a presque réussi.
Lévesque a quand même connu ses bons moments, surtout à la fin des années 1960 et au début des années 1970 lorsque, dans ses discours ou ses entrevues, il parlait du colonialisme au Québec, il dénonçait les Rodhésiens du West-Island et il n’hésitait pas à définir les partis fédéralistes comme des partis de rois-nègres au service de rapaces intérêts étrangers, en fait lorsqu’il parlait d’indépendance sans crainte, avec son cœur, avec passion. Je salue la mémoire de cet homme-là.
Par contre, cela ne me fera pas oublier que Lévesque et ses proches à la Claude Morin ont brisé l’élan du peuple québécois. Sans compter que Lévesque a été d’une mesquinerie sans nom contre Bourgault et les rinistes. Cela n’est pas à son honneur.
On peut donc saluer Lévesque et souligner son importance dans l’histoire du Québec, mais on ne m’en fera pas un dieu. Bourgault et Parizeau, pas parfaits eux non plus, ont été bien davantage à la hauteur de la situation.
Pierre-Luc Bégin
P.S. Ne manquez pas ce 1er novembre à 19h à la SSJBM le lancement du livre Octobre de force, de Simon Tessier, publié aux Éditions du Québécois : http://editions.lequebecois.info/nouvelles/lancement-de-livre/lancement-du-livre-loctobre-de-force-repression-et-etat-dexceptionr
#4 | RE: Lévesque ou l'élan brisé
Pierre-Luc Benoit » 30-10-2012 22:09
Pierre-Luc Benoit, étudiant à la maîtrise en études québécoises à l'Université du Québec à Trois-Rivières
#3 | Il n'est....
Danielle leblanc » 30-10-2012 18:02
J'ai lu votre article! Je n'ai pas à le commenter, mais j'aimerais vous dire qu'on ne parle pas..ou plutôt on n'écris pas par pur plaisir de déplaire aux inconditionnels de M. René Lévesque des choses négatives....voyez-vous, M. Lévesque n'est pas là pour vous répondre et je sais qu'il le ferait mieux que moi!! Moi, journaliste ou pas, je ne m'amuserai jamais à parler négativement d'une personne décédée!!! J'ai admiré et aimé M. Lévesque avec ses qualités et ses défauts..J'en fais autant pour toutes les personnes que j'aime et elles en font autant pour moi! Je suis certaine que même morte, elles ne diront ou n'écriront jamais rien de mal sur moi!! J'espère qu'on vous aime autant!!!
Mes salutations
Danielle Leblanc
#2 | RE: Lévesque ou l'élan brisé
Laurent Desbois » 30-10-2012 16:51
René Lévesque est considéré par les Québécois et par les jeunes comme le plus grand premier ministre du Québec. Les gens se souviennent d’un politicien déterminé, visionnaire et intègre en oubliant l’homme délinquant, désorganisé et instinctif. Un politicien qui disait tout haut ce que la majorité pensait tout bas.
journaldemontreal.com/.../...
#1 | RE: Lévesque ou l'élan brisé
Laurent Desbois » 30-10-2012 16:44
«Moé, le monde, j’veux pas savoir d’où ils viennent, j’veux savoir où ils vont. Le monde, ils peuvent être blancs, jaunes, noirs, mauves, bleus avec des pitons jaune-orange : j’m’en câlice. S’ils veulent se battre avec moé, c’est mes frères!» Pierre Falardeau
Mes adversaires, ce sont les fédéralistes orangistes et j’en ai les mains pleines!!! (Conservateurs, libéral ou… NDP)