Chroniques de Patrick R. Bourgeois

Jeudi, 04 avril 2013 | 
Écrit par Patrick Bourgeois   

Le Québec est décidément une terre étrange où l’on a bien de la difficulté à nommer un chat pour ce qu’il est, c’est-à-dire un simple chat, où l’on retrouve des experts en matière de vente de vessies qu’on fait passer pour des lanternes.  Et le Parti québécois est certainement le roi des animaux au cœur de ce royaume fumiste.  Le simple fait qu’il n’ose dire que sa gouvernance souverainiste n’est rien d’autre qu’une simple stratégie de repli autonomiste en dit long sur la peur que l’on a, en ce parti, de nommer clairement les choses.

À ce chapitre, la dernière frasque en lice est la stratégie défendue par le ministre Alexandre Cloutier dans le dossier de l’assurance-emploi.  Parce que les péquistes ne sont pas cons, ils se rendent compte, comme les autres Québécois, qu’Ottawa va passer sur le corps du Québec une fois de plus.  Et parce que le rapport de force du Québec est amoindri face à Ottawa, ils se rendent aussi compte, comme les autres, qu’on n’y peut pas grand chose (enfin si on se refuse encore et toujours à prendre les grands moyens). 

Parce qu’il faut bien faire de quoi en attendant de mourir, les péquistes ont conséquemment décidé d’organiser un pestacle mettant en scène Gilles Duceppe lui-même.  Le but ?  Faire passer Ottawa pour le grand méchant loup dans la bergerie du lys.   Pour y parvenir (et ça ne sera pas bien difficile car ce fédéral néocolonial travaille d’arrache-pied contre les intérêts du Québec), ils ont décidé de créer une commission nationale d’examen sur la réforme de l’assurance-emploi.  Juste le nom dit bien qu’il n’arrivera pas grand chose avec ça.

En fait, tout ce branle-bas de combat est cousu de fil blanc.  Pauline Marois, qui n’a pas les deux mains sur le volant mais bien les deux bras attachés dans le dos, désire profiter du contexte pour faire croire aux Québécois que la gouvernance souverainiste, ce n’est pas qu’un voeu pieux, que c’est quelque chose de concret malgré tout.  Et pour rendre la chose concrète, ça prend bien des gestes concrets, pas vrai ? La motivation du PQ, ici, est purement et simplement électoraliste.  Ils espèrent que les électeurs nationalistes seront suffisamment charmés par ce show de boucane pour les maintenir au pouvoir, voire même leur accorder la majorité tant rêvée.

C'est pourquoi le gouvernement a décidé d’investir 1,5 million$ (ce qui n’est pas grand chose) dans une stratégie qui se conclura comme on le sait déjà tous : les commissaires proposeront au Québec de réclamer le rapatriement de l’assurance-emploi dans sa plénitude, même si c’est chose impossible à obtenir.  

Est-ce que Québec obtempérera et formulera pareille demande? Peut-être pas.  Si tel est le cas, le fiasco sera total.  S’il décide plutôt de réclamer une concession du fédéral, il enfourchera ce cheval de bataille dans une position de faiblesse.  Pourquoi ?  Parce que le gouvernement péquiste, par le truchement du ministre Alexandre Cloutier, a déjà cloué le dernier clou dans le cercueil de cette offensive d’opérette, et ce, en clamant sur tous les toits que le gouvernement du Québec, peu importent les circonstances, se refusait à imposer des gestes de rupture.  Ce qui donnera naissance à un scénario de cette engeance : 

-       « Donnez-nous la gestion de l’assurance-emploi, bon ! », de crier Pauline Marois (qui ne s’exprime plus en anglais, heureusement pour nous).

-       « Well, well, well….Je pense que je gonna refuse your offer, miss Marois », (Harper qui accepte de faire quelques efforts bilinguistes pour plaire au Québec).

-       « Ben là, on fait quoi debord ???? », (Pauline Marois prise de court et ne sachant plus que faire)

-       « Well, well, well….Je pense que you can go back to Qwebeck ! », (Harper savourant sa victoire totale, le Québec s’étant humilié de lui-même)

Le problème avec la gouvernance souverainiste, c’est que ça accroît le rapport de force d’Ottawa parce que ça lui donne le dernier mot.  C’est Ottawa qui décide de concéder – ou pas- les pouvoirs que Québec réclame afin d’occuper pleinement ses champs de juridiction.  Et Québec est bien impuissant sur ce champ de bataille car il affirme haut et fort, avant même que la lutte ne s’enclenche, qu’il ne violera pas la constitution qu’il s’est fait imposer en 1982 et qu’aucun gouvernement d’ici n’a jamais signée. À l’évidence, le Québec ne peut qu’ainsi se retrouver Gros-Jean comme devant. Cloutier a eu beau dire que la gouvernance souverainiste, « c’est le minimum si on est souverainiste », dans les faits, la gouvernance souverainiste est indigne de souverainistes car elle est autonomiste, et point barre.

La gouvernance souverainiste est une démarche autonomiste du même type que celle menée par Duplessis lorsqu’il articulait discours nationalistes par-dessus discours nationalistes, jusqu’à créer l’impôt québécois ;  c’est une démarche autonomiste comme celle menée par Jean Lesage lorsqu’il a construit l’État moderne québécois au cours de la Révolution tranquille ;  ou une démarche autonomiste comme celle de René Lévesque lorsqu’il a nationalisé l’électricité en 1962 ;  et même autonomiste comme celle de Robert Bourassa lorsqu’il a tenté de réparer la grave faute commise par Pierre Elliott Trudeau en 1982 en embarquant dans le train Meech et Charlottetown, et ce, de 1987 à 1992. 

Et le Québec n’a plus vraiment mené de luttes autonomistes depuis Meech-Charlottetown (hormis celles que le PQ semble vouloir enclencher).  Pourquoi ?  Parce que l’autonomisme a amplement prouvé qu’il avait atteint ses limites avec ces combats du passé, que le Québec - plus faible aujourd'hui qu'il ne l'était à ces époques - ne pourra jamais se ménager une meilleure place dans la fédération canadienne que celle qui est la sienne actuellement. C'est à prendre ou à laisser, ce qui fait que l’autonomisme est une stratégie perdue d’avance.  Peu importe qu’on l’appelle gouvernance souverainiste ou demandite-désespérée-de-péquistes-en-mal-d'amour-électoral.

Alors le choix est clair.  Soit on en sort de ce foutu Canada en réalisant notre indépendance et en accordant un avenir à la nation québécoise, soit on y meurt.  Et pour en sortir, il va falloir faire preuve de beaucoup de courage.  Il va falloir se dresser pour vrai, ce qui va donner naissance à une vraie crise politique.  Pas les crisettes ridicules que proposent les péquistes par l’entremise de la gouvernance souverainiste, qu’il s’agisse du dossier de l’assurance-emploi ou un autre.  Il va falloir dire haut et fort ce qu’on veut et ce qu’on va faire, peu importe l’avis de ceux d’en face, ceux-là même qui creusent notre tombe depuis Matusalem.  Je parle ici de poser des gestes du genre du LIT par exemple (ben oui, je prêche pour ma paroisse), sans demander la permission à personne.  Et qu’est-ce que le LIT ?  C’est le fait d’adopter nos propres lois, nos propres traités et de prélever nous-mêmes nos impôts, sans en confier la gestion à un autre peuple.  C’est révolutionnaire en soi.  Il ne s’agit pas des premiers jalons d’une stratégie à la sauce dite de gouvernance souverainiste, mais bien des jalons fondamentaux de la souveraineté elle-même.  Et c’est ce que propose Option nationale.  Et c’est pourquoi je suis membre de ce parti qui a le courage de ses ambitions.


 

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