Chroniques de Patrick R. Bourgeois

Dimanche, 07 avril 2013 | 
Écrit par Patrick Bourgeois   

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le citoyen n’a pas assez de yeux tout le tour de la tête par les temps qui courent pour surveiller tous les sapins que les serviteurs de l’oligarchie tentent de lui passer juste là, sous son nez, à son grand détriment et de celui de la caisse de l’État.  Des contrats d’asphalte aux affaires de prête-noms, les cas de fraude pullulent et empoisonnent notre démocratie.  Et ils déboulent à la commission Charbonneau comme une avalanche frappant tout sur son passage.  Même s’il ne s’agit- là, après tout, que de la pointe de l’iceberg, on n’est pas assez con pour ne pas le saisir.

Il y a belle lurette que les adeptes de la piastre juteuse agissent en se foutant éperdument des conséquences pour l’environnement.  Que l’on doive dézoner ou détruire un boisé pour faire place à leurs projets à eux, pas de problème ;  là réside la clé du progrès….à eux !  La rainette faux-grillon ne tiendra jamais bien longtemps face au pont qu’ils projettent de construire.  Même chose dans le dossier des rivières qu’on harnache pour rien du tout.  Les amoureux de la Romaine en savent quelque chose !

Mais les barrages, cela relève du domaine public, d’Hydro-Québec, vous allez me dire !  Alors tout devrait bien aller, madame la marquise…  Pas vraiment, et ce, même si la société d’État est en effet impliquée dans ces dossiers, dans ceux des minicentrales hydroélectriques de moins de 50 MW qu’on construit encore, en 2013 (!!!), sur les rivières du Québec, entre autres.

Il faut savoir que la construction de ces projets sont confiés par Hydro-Québec à des compagnies privées (parfois en partenariat avec des municipalités qui récoltent les miettes) qui sont là pour faire du cash et qui n’en ont rien à foutre de scraper des rivières ;  après tout, ces gens font strictement profession de couler du béton, sont donc pas là pour sauver une truite ou un saumon.  Pis que le projet soit rentable pour les Québécois ou pas est le dernier de leur souci.  C’est pourquoi le Parti Québécois de Bernard Landry avait annulé ces folleries en 2002 (bravo à lui), et ce, même si la construction de certains barrages avait déjà été lancée.  Tel était le cas du barrage sur la rivière Trois-Pistoles, projet piloté par Grade Trois-Pistoles.  Évidemment, les magouilleurs, furieux de perdre ainsi leur poule aux œufs d’or, s’étaient arrangés pour être dédommagés à même les poches du peuple.  Le gouvernement du Québec avait de ce fait versé pas moins de 3,3 millions$ à Grade Trois-Pistoles pour que le projet soit abandonné.  Ce sont les deux actionnaires de la compagnie qui s’étaient pété les bretelles.  Il s’agissait d’André Boulanger, alors vice-président de Gaz métro, et de l’homme d’affaires Jean-Marc Carpentier.

Sous le règne du frisé de Sherbrooke, nous savons bien que les magouilleurs ont eu la vie beaucoup plus facile qu’à peu près jamais auparavant.  Et les projets de minicentrales furent relancés sous ce gouvernement, à la grande joie de quelques-uns, mais au grand dam de ceux qui souhaitent des lendemains qui chantent à cette petite planète qui étouffe sous le poids de l’activité humaine. 

À Trois-Pistoles également, le projet de minicentrale fut remis sur ses rails. Si André Boulanger n’était plus dans le portrait, Carpentier, lui, tenait toujours les rênes de sa compagnie, même si son rôle n'était plus du tout le même à Trois-Pïstoles.  Mais pour faire passer son projet du rêve à la réalité, il faut croire qu’il était prêt à tout.  Il a par conséquent vendu les plans et devis de son projet de barrage aux nouveaux promoteurs du projet, et ce, en échange d’un modeste dollar.

Il est carrément scandaleux de penser que le peuple québécois a été ainsi floué.  Il a d’une part soutenu de ses deniers Hydro-Québec lorsque ses employés préparaient le terrain au privé désireux d’harnacher ses petites rivières.  Et ce sont ses taxes et impôts qui ont servi à dédommager les actionnaires de Grade Trois-Pistoles lorsque le gouvernement stoppa net le projet.  Et tout ça pour quoi ?  Pour que le même maudit projet soit relancé sous l’égide des corrompus à Charest  (heureusement, il fut remis sur la glace en 2010)! Tant qu’à lancer notre argent par les fenêtres, aussi bien le faire franchement, pas vrai ?!  


Mais qui sont les magouilleurs impliqués ?

La première cuvée de magouilleurs qui pilota les destinées de Grade Trois-Pistoles était constituée d’André Boulanger, de Jean-Marc Carpentier et de Gestion conseil SCP de Sherbrooke (sous Charest, Sherbrooke était vraiment un terreau fertile pour les donneux de coups de Jarnac de ce type et portés contre le peuple.  Nous n’avons pas oublié Everest communication !!!!).  Après son départ, André Boulanger fut nommé par Charest à la présidence d’Hydro-Québec distribution (c’est comme ça qu’on récompense les tizamis !).  C’est d’ailleurs lui qui, en 2006, relança la construction de minicentrales sur les rivières du Québec (et c’est comme ça qu’on retourne l’ascenseur à la marionnette de l’Assemblée nationale).   Carpentier est un partenaire d’affaires de Boulanger.  Ils administrent toujours ensemble, au moment d’écrire ces lignes, une compagnie qui vend des films payants aux hôtels (Innvue). Il a signé une biographie portant sur l’ancien boss d’Hydro-Québec, André Caillé (on admire les têtes à claques que l’on peut ! ).  Il participe également, en tant que vulgarisateur scientifique, à des émissions diffusées sur les ondes de Radio-Canada. Quant à Gestion conseil SCP, firme d’ingénierie de Sherbrooke, elle s’est fusionnée il y a peu à la firme BPR, compagnie impliquée jusqu’au cou dans le financement politique illégal (que c’est étonnant !) ;  pour plus de détails sur BPR, consultez le site sur les donateurs du PLQ : http://donsliberaux.resistancequebecoise.org/

Parce que Grade Trois-Pistoles a été dédommagée par le gouvernement, en 2002, elle ne pouvait participer à la relance du projet de minicentrale à Trois-Pistoles (Ç’a aurait été bien le bout !).  Pour contourner ce problème, les anciens actionnaires (Gestion conseil SCP fusionnée depuis à BPR et Jean-Marc Carpentier) ont confié la relance du projet au préfet de la MRC, André Leblond.  L’appel d’offres a été remporté par leur nouveau partenaire Invessor Capital, responsable de l’exploitation d’un hélicoptère (!)  Les actionnaires de cette compagnie sont Réjean Breton d’Otterburn Park et Louis Têtu de Toronto. Breton est ingénieur.  Mais il a également été président du Club Saint-Denis, club où politiciens et gens d’affaires se rencontraient, à l’abri des regards trop curieux, pour faire on ne sait quoi mais le diable s’en doute.

Invessor Capital s’est toutefois retiré du projet en 2009.  Elle possédait 45% des parts ;  la MRC étant dès le départ majoritaire.  Ils avaient entre temps confié la construction du barrage à BPR.

Chez BPR, les couleurs de béton ont trouvé un nouvel allié en la personne de Jean D’Amour, alors président du parti libéral du Québec (la nébuleuse a de longs tentacules).  D’Amour a également été maire de Rivière-du-Loup durant 8 ans et il est devenu, depuis, député libéral de Rivière-du-Loup.  En tant que « digne » représentant du peuple (j’en saigne presque des doigts à écrire pareille ineptie), il a fait du barrage sur la rivière Trois-Pistoles l’une de ses priorités.  Bien connu pour ses entorses aux règles d’éthique (après tout, c’est un libéral…),  D’amour a plaidé régulièrement en faveur de l’harnachement de la rivière Trois-Pistoles auprès de la MRC et des autorités pertinentes, et ce, sans jamais être inscrit au registre des lobbyistes du Québec, comme la loi oblige ceux qui pratiquent de telles activités (mais la loi, quand on est un libéral, on s’en fout pas mal, à part quand vient le temps de briser les reins des manifestants).  Il a été reconnu coupable pour l’une des infractions qu’il a commises consciemment à ce titre, les autres étant tombées puisque le délai de prescription d’un an avait été dépassé au moment de l’enquête (qu’il est bien fait LEUR système, pas vrai ?!).


De Trois-Pistoles à Val-Jalbert

On assiste au même genre de scénario dans le cas de la minicentrale de Val-Jalbert, projet lancé sous Charest mais qui est désormais défendu vigoureusement par le nouveau gouvernement de Pauline Marois.  Encore une fois, les amis des couleurs de béton sont bien en selle, et peuvent favoriser la progression des projets à partir de l’ombre où ils se tapissent.

De prime abord, l’on pourrait trouver étonnant de voir le PQ défendre un tel débile projet qui fera perdre pas moins de 80 millions$ à Hydro-Québec (qui rachète l’énergie au privé) en 20 ans et qui ne jouit d’aucune acceptabilité sociale.  De fait, les gens du coin se sont prononcés très majoritairement contre la destruction du site patrimonial de Val-Jalbert, il en va de même des Amérindiens de la région.

Pas plus acceptable n’est le fait que BPR-Dessau (encore eux) aient tripatouillé l’analyse environnementale afin de faire avaler le projet comme la grosse couleuvre qu’il est au plus de gens possible.  De fait, la section de la rivière qui sera le plus affectée par le barrage n’est pas évaluée, dans le rapport, à l’aune des impacts que le projet aura sur la faune itchyenne (poissons) ;  c’est tellement pratique de cacher les bouts les moins ragoûtants des scandales qu’on prépare en catimini.

Alors pourquoi Pauline Marois a-t-elle pu se permettre de crier que « Val-Jalbert allait se faire, et vite ! », alors qu'elle a mis la hache dans les six autres projets de minicentrales relancés par les libéraux ?  Serait-ce parce que Bernard Généreux, le préfet de la MRC, président de la Fédération des municipalités du Québec et ardent défenseur du projet, est un ami du régime péquiste ?  Ce type a en effet été candidat du PQ dans Blainville lors des dernières élections.  Aurait-il une oreille très attentive au cabinet de la première ministre ?  Prétendre le contraire serait pécher par excès de naïveté.

Comme quoi, plus ça change et plus c’est pareil.  Les faiseux qui tournent autour de l’État comme des mouches autour d’une bouse sont toujours là.  Plus décidés que jamais à fourrer le peuple en le vampirisant, en vidant ses poches, pour leur propre et seul profit, et ce, peu importe la couleur du brun gouvernement en place.

Mais dites-moi quelque chose : qu’est-ce qui nous retient de mettre un grand coup dans le nique à poux ?

 

Ajouter un Commentaire

Nom (requis)
Courriel (requis)
Url de votre site Web ou Blog
Titre
Code de sécurité
Rafraîchir