Chroniques de Jules Falardeau

Mardi, 11 septembre 2012 | 
Écrit par Jules Falardeau   

En cette période où l’imbécillité prend différents noms, différents visages, différents costumes, le journal La Presse reste toujours son plus digne représentant. L'imbécillité imprimée, la débilité érigée en système, l'ignorance sous forme de chronique, l'idiotie éditoriale, la petitesse d'esprit en ligne. Avant d'en venir à mon sujet principal, je voudrais dire deux mots sur Monsieur Lahzar. Je n'ai pas vu le film, peut-être est-ce bon?, mais je me méfie lorsque le toujours très subtil André Pratte prend son espace éditorial pour vanter un film…


Bon, restons dans le sujet de la bêtise humaine : Nathalie Petrowski et Sugar Sammy. Ainsi, en lisant l'article « Rires dans les deux langues » de la chroniqueuse de La Presse, on apprend des choses fort intéressantes. Donc, Monsieur Sugar militait pour le NON au référendum de 1995 et faisait partie des jeunes libéraux. Il aurait commencé à faire de l'humour l'année suivante. Moi, je dirais plutôt que l'ancien étudiant de Mc Gill a commencé à faire de l'humour au moment précis où il est consciemment et sérieusement devenu un jeune libéral. À travers son article, Petrowski tente de nous faire avaler que l'humour de Sugar Sammy n'est pas politique, mais plutôt provocateur. Curieux quand même, puisque l'humoriste est produit par Evenko, la branche spectacle des entreprises Molson. Et quand même le principal intéressé déclare : « Déjà à ce moment-là (1995), je sentais que j'étais plus efficace comme humoriste que comme militant libéral ». Même le très neutre Don Macpherson de la Gazette prend le temps d'encenser son spectacle You're gonna rire. Cet apolitisme à la sauce canadienne qu'on tente de nous faire avaler ne me surprend plus.

Je concède que l'humoriste libéral a un certain talent d'acteur, j'ai quand même pris le temps de visionner deux ou trois numéros. Il imite bien les accents aussi. Je dirais que de rire du résultat du dernier référendum et par la même occasion de la loi 101 sur l'affiche de son spectacle (You're gonna  rire, 49,5% français, 50,5% anglais) est provocateur mais pas apolitique, surtout quand on est conscient de son passé dans la jeunesse libérale. Cependant, là où il fait preuve de sa faiblesse intellectuelle, c'est lorsqu'il déclare : « Et puis, j'ai toujours été contre le repli identitaire ». Venant d'une personne dont les racines sont en Inde, c'est mal connaître l'histoire de son pays d'origine. Si un grand homme d'État indien comme Gandhi avait été « contre le repli identitaire » et si des millions d'Indiens qui ont rendu possible l'accession de l'Inde à l'indépendance avaient été, comme Monsieur Sugar, « contre le repli  identitaire », l'Inde serait encore aujourd'hui une colonie britannique. Heureusement que Gandhi et son peuple ont été « pour le repli identitaire » parce que grâce à cela l’Inde peut parler de sa propre voix dans le concert des nations. Grâce à cela, l’Inde peut rester un exemple de la ténacité d'un grand peuple qui a pris en main son destin, il y a déjà plus de 60 ans.

Par ailleurs, je suis pour la liberté d'expression. On devrait avoir le droit de rire de tout, sinon qui doit  décider de ce dont on ne peut pas rire? Je comprends pourtant que les médias fédéralistes essayent de  nous faire passer ce clown libéral bilingue pour un humoriste ouvert d'esprit. Ils utilisent le même procédé avec tout. Evenko fait la même chose avec son troubadour biculturel que lorsqu'on essaye de nous faire avaler que le Canadien de Montréal est une équipe québécoise (à ce chapitre, le Lightning de Tampa Bay et les Stars de Dallas sont probablement plus québécoises que le Canadien).  Si nous n'aimons pas Sugar Sammy, c'est que nous sommes fermés d'esprit, que nous sommes « pour le repli  identitaire ». J'accepte que l'on puisse rire de n'importe quoi. Si Sugar Sammy a envie de rire d'un peuple qui lutte pour son émancipation, il a le droit, mais il devrait relire son histoire et comprendre que le peuple indien s'est aussi battu pour son émancipation à une certaine époque. J'ai donc un message pour toi Sugar Sammy : Gandhi a honte de toi.

Quant à Nathalie Petrowski, qui a gaspillé une page pour encenser l'enfant prodige d'Hamstead, elle en a finalement gaspillé une autre pour nous expliquer qu'elle s’est sentie trahie et que le spectacle n'est pas si bon que ça. J'ai un message pour toi Nathalie : tout le monde a honte de toi.

Jules Falardeau

PS : Selon la version française de Wikipédia, Sugar Sammy est un humoriste québécois d'origine indienne qui est un formidable modèle d'intégration. Selon la version anglaise, il est un « canadian comedian » qui parle avec lucidité de la politique québécoise. Wikipédia est vraiment un formidable outil idéologique. « Sa » vérité est la vérité. En passant, si on ferme Wikipédia pour une journée, la plupart des journalistes auront l'air des cons : ils seront obligés d'ouvrir un livre.


 
Commentaires  
+3 +−

#1 | RE: Gandhi a honte

Laurent Desbois » 13-05-2013 17:50

Ce qui n’est pas drôle dans l’humour de Sugar Sammy

Jean-Pierre DURAND
Tribune libre de Vigile , 13 mai 2013
www.vigile.net/.../

En fait, même si Sugar Sammy s’affiche fédéraliste, sa bonne bouille et son côté taquin ont suffi à ce que bon nombre de Québécois francophones l’adoptent.

Quant aux propos de l’artiste favorables au multiculturalis me, à l’importance de ne pas sombrer dans le « repli identitaire » (c.-à-d. en mettant de côté la culture québécoise pour lui préférer une culture bilingue anglais-français), en s’ouvrant sur le monde (traduire par : sur la culture anglo-américaine)… tout cela n’éveille en moi que le spectre de l’acculturation à l’anglais.

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