Il faut que je vous confesse ce plaisir coupable, ce péché mignon: je suis accro de Star Académie, comme plus de deux millions de mes congénères rivés devant leur petit écran ou leur écran plasma chaque dimanche soir que le bon Dieu amène. Mais quoi ? Il n'y a pas de mal à se faire du bien une fois de temps à autre. On peut aimer la chanson populaire, avec le même plaisir que s'il s'agissait d'une musique de Kurt Weill ou de Keith Jarrett. Du moins, c'est mon opinion. Il faut dire que ce show télévisé est particulièrement bien fait, qu'il a favorisé l'émergence de jeunes talents au fil des ans et, par conséquent, qu'il a fait ses preuves. Ajoutez à cela qu'à une animatrice de talent, connue et de surcroît pimpante comme Julie Snyder, se greffent toute une ribambelle de prestigieux "professeurs" (Grégory Charles, Michel Rivard, Patrick Huard, Bizz de Loco Locass...)venus faire partager à de jeunes "académiciens" les rudiments du métier de la scène. Il s'agit d'un concours, d'une compétition pour quatorze jeunes "talents Catelli" (comme on disait naguère au temps de mes jeunes et boutonneuses années) auquel le public est invité à participer.
Tout serait pour le mieux comme dans le meilleur des mondes, mais d'aucuns s'en trouvèrent à reprocher au fil des éditions de l'illustre compétition la propension des jeunes concurrents à interpréter des tounes en anglais plutôt qu'en français pour faire valoir leur talent. Des téléspectateurs s'en sont plaints et ceci est sans doute parvenu jusqu'aux rock-et-belles-oreilles des productions "J". La fibre nationaliste chez les jeunes s'est émoussée au cours des années et ils sont nombreux à ne pas s'enfarger dans les fleurs du tapis linguistique quand il s'agit de chanter. Il ne faut pas blâmer les jeunes, mais plutôt le laxisme de l'État québécois qui ne soutient pas suffisamment le français (ce même État qui n'applique même pas la loi dans ses propres officines) et aussi la force bien réelle que constitue la machine impérialiste anglo-américaine à l'échelle planétaire. Pourtant, ceux qui savent vous le diront, espérer devenir une vedette mondiale comme Céline Dion, tout simplement parce que l'on chante en anglais, est une chimère que René Angélil lui-même a bien compris... et dont il a fait part aux académiciens par des propos qui ont eu sûrement un impact important...
En effet, c'est lors de la première diffusion de l'édition 2012 de Star Académie, le 22 janvier dernier, qu'Angélil, qualifié depuis par le chroniqueur rhodésien Macpherson de "parrain" de l'industrie du spectacle (voir The Montreal Gazette, 28 janvier), a gentiment mais clairement conseillé aux jeunes concurrents d'opter pour des chansons en français plutôt qu'en anglais. Les propos du "chum" de Céline ont été relayés ensuite par Michel Rivard. D'ailleurs, lors des auditions de l'automne, le concepteur de l'émission, Stéphane Laporte, avait déjà insisté auprès des jeunes concurrents pour qu'ils chantent en français. Il leur avait fait bien comprendre que si aucun règlement n'interdisait le choix de chansons anglaises, il était néanmoins important de chanter davantage en français si on voulait que notre langue ne disparaisse pas. Dans un clip promotionnel de l'émission, le chanteur Bizz de Loco Locass annonçait lui aussi ses couleurs: il avait accepté l'invitation de participer à l'émission parce qu'il entendait faire partager l'amour du français parmi les académiciens. En d'autres mots, on n'a pas lésiné pour indiquer ce qui était souhaité et ce qui ferait le bonheur de tout un chacun, sans pour autant contraindre qui que ce soit (la persuasion est parfois meilleure que la contrainte, surtout quand on s'adresse à des jeunes à qui on n'a pas enseigné l'Histoire et qui n'ont pas connu le Québec d'avant la loi 101).
Toujours lors de la première émission, on a rendu un vibrant hommage à l'auteur-compositeur-interprète Gilles Vigneault qui, à 83 ans, est toujours debout pour chanter le Québec, ce que le chroniqueur rhodésien de tantôt appelle, avec ce mépris qui sied si bien à un chien de son espèce, des "tuque-and-ceinture-fléchée songs". Pour cet hommage, on a eu recours aux voix et au talent des jeunes concurrents, mais aussi à de grands noms comme Piché, Ferland, Ginette Reno et Céline Dion (cette dernière par satellite en direct de Las Vegas), qui sont venus tour à tour interpréter les plus grands succès du chantre de Natashquan. Si vous avez raté cela, précipitez-vous sur le site Internet de l'émission pour en profiter, car c'était pure merveille (il faut voir l'ancien Baronet pousser quelques lignes de Vigneault pour tomber au bas de sa chaise).
Bref, il s'agissait d'une fort bonne émission et on peut s'attendre à ce que le message pour la langue française ait porté fruit, puisque les académiciens semblent avoir retenu le conseil: ils chantent davantage en français et, mieux encore, ils semblent prendre plaisir à la chose. Serait-il possible d'imaginer qu'un jour les Pascale Picard, Bobby Bazini et Simple Plan ne prolifèrent plus et que l'on redécouvre la beauté de chanter surtout en français au Québec ? Bien entendu, il se trouvera bien quelque Macpherson pour japper, mais cela, on en a rien à cirer: ce chien peut bien s'étouffer quant à moi avec son nonosse. Ce n'est pas à The Montreal Gazette de nous faire la leçon... le Québec sera français, quand bien même tous les chiens qui ne rêvent qu'à nous assimiler ou à nous voir fondre dans la masse quelconque nord-américaine le voudraient !
#1 | Macpherson, le venin du diable
Roger Audet » 03-02-2012 16:19
Ton propos sur Star Académie m'enlève une certaine pression dans ma marmite puisque même si je n'ai jamais vu SA, j'avais des gros préjugés. Donc, maintenant je suis plus serein. Par contre Macpherson me rend moins serein. Le jour qu'il rendra son âme au diable, le Québec fera un pas en avant.