C’est encore la faute à Martine!

Je me demandais si quelqu’un allait le faire et puis quelqu’un l’a fait; la palme de la ouellettophobie extrême revient donc aujourd’hui à Yves-François Blanchet, qui déclare sans rire que le ralliement de Michel Gauthier aux conservateurs canadiens, c’est encore la faute de Martine Ouellet. Oui madame, oui monsieur. “Un autre événement déplorable à mettre à l’ardoise de Martine Ouellet”, dit ce membre du commentariat souverainiste officiel qui, comme tant d’autres, s’est donné pour mission de traquer les vilains “pressés” jusqu’aux confins de la galaxie.

Parmi les raisons de mon désaccord avec la tentative par des ex-péquistes et des ex-onistes désespérés de transformer le Bloc en refuge indépendantiste en attendant que le PQ retrouve sa raison d’être dans la semaine des quatre jeudis, il y avait notamment cette possibilité, bien réelle, on le voit aujourd’hui, que le souverainisme officiel ne cède à la tentation de mettre ses déboires sur le dos des méchants indépendantistes qui ont l’outrecuidance de vouloir mettre l’indépendance de l’avant. C’est en train d’arriver. Déjà il y a quelques jours, le chef du PQ et un des membres du caucus péquiste commentaient un sondage en ne parlant que de Martine Ouellet, comme si leur parti ne faisait pas l’objet d’une lourde tendance baissière depuis fort longtemps, bien avant l’éclatement de la crise bloquiste.

À chaque élection depuis le début des années 2000, le PQ fuit l’indépendance comme la peste; puis, après chaque défaite, lui et ses relais médiatiques blâment l’indépendance et le référendum. En 2014, par exemple, ce fut la faute de Pierre Karl Péladeau et de son poing levé. Ils avaient perdu, pas parce que le PQ disait une chose et son contraire, pas parce qu’il était allé en élections sur un calcul grossier, pas parce qu’il était incapable d’articuler une position claire autour de ce léger détail qu’est le fondement même de son existence. Non. C’était “un autre événement déplorable à mettre à l’ardoise…” de l’indépendance, dirait Yves-François Blanchet.

Il est déjà assez pénible de voir les indépendantistes bafoués et roulés dans la farine par une institution en déroute qui, au mieux, ne sert pas l’indépendance, et au pire, la tire vers le bas. Mais de les voir, en plus, en redemander et s’offrir gracieusement en bouc-émissaires perpétuels des débâcles péquisto-bloquistes, c’est vraiment un comble.


Nic Payne
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