Au pays de l’incompatibilité spectaculaire

J’aime bien la Fondation David-Suzuki. En dénonçant les comportements à l’origine du phénomène du réchauffement climatique, les gens de cette fondation luttent bravement et intelligemment afin que le monde de demain puisse exister.

Le scientifique David Suzuki, qui est l’une des figures dominantes de l’environnementalisme au Canada depuis des décennies maintenant, affirmait récemment que l’un des derniers grands combats de sa vie sera de faire inscrire dans la constitution canadienne le droit à un environnement sain. L’homme qui a maintenant franchi la barre des 80 ans invitait du même souffle les citoyens à devenir des « éco-guerriers » prêts à accomplir ce qui doit être fait pour empêcher le climat de s’emporter au-delà de la barre des deux degrés.  On peut difficilement être contre ça!

Parmi les projets canadiens les plus néfastes pour le climat, il y a bien sûr le satané pipeline Énergie Est que le Canada espère construire sur le dos du Québec. Grâce à ce tuyau devant acheminer 1,1 million de barils de pétrole crotté vers l’Est, la compagnie albertaine TransCanada souhaite doubler la production de pétrole sale issu des sables bitumineux d’ici quelques années. Aussi bien le dire franchement: si ce projet voit le jour, le climat est foutu.  Et nous avec!

Je le sais. Et les gens de la Fondation David-Suzuki le savent beaucoup mieux que moi. Ce n’est pas pour rien qu’ils multiplient les actions depuis quelques années afin d’empêcher ce projet de se concrétiser.

Il y a quelques mois de cela déjà, David Suzuki lui-même signait une chronique dans le Huffington Post afin de questionner la pertinence qui perdure dans l’esprit de certains (dont Justin Trudeau) à l’égard des projets d’oléoducs, maintenant que l’Accord de Paris sur le climat a été signé (décembre 2015).

Karel Mayrand, qui est le directeur québécois de ladite fondation David-Suzuki et qui est impliqué dans la démarche à saveur écologiste « Il faut qu’on se parle », signait pour sa part, il y a quelques jours et toujours dans ce même Huffington Post, une chronique afin de dénoncer l’avenir que nous réserve la présidence Trump. Pour lui, et il a raison de le dire, Trump et sa bande représentent autant de menaces pour le climat, et ce, parce qu’ils défendent aveuglément le pétrole, le gaz et le charbon.

Dans ce combat opposant les tenants de l’énergie préhistorique et ceux des énergies alternatives, nous retrouvons face à la Fondation David-Suzuki le Parti libéral de Justin Trudeau. Un Parti qui prétendait être différent du parti conservateur de Stephen Harper avant qu’il ne gagne les élections de 2015 mais qui dans les faits n’a aucunement le choix de défendre lui aussi l’industrie des sables bitumineux maintenant qu’il est bien installé au pouvoir. Pourquoi? Tout simplement parce que le Canada est devenu, au fil des années récentes, un pétro-État complètement dépendant du pétrole sale de l’Alberta pour tirer son épingle du jeu dans les affaires de ce monde capitaliste.   En tant que premier ministre de ce Canada, Trudeau doit défendre bec et ongles tous les intérêts de ce foutu pays.  Dont ceux du pétrole, bien évidemment.  Exactement comme le faisait Harper!

J’ai toujours été très indépendantiste. Et quand je vois ce Canada se comporter comme l’une des principales menaces à la suite du monde, je le suis encore plus. Je souhaite de tout mon coeur qu’on claque la porte de ce pays le plus rapidement possible. Pour donner naissance à un autre pays qui, j’ose l’espérer, se comporterait différemment.

Que la Fondation David-Suzuki ne puisse pas aller aussi loin en endossant une telle position indépendantiste, je puis l’admettre et le comprendre. Ce que je trouve particulier, par contre, c’est que la Fondation David-Suzuki ait sur son conseil d’administration un homme qui multiplie les efforts afin que le très fédéraliste Parti libéral du Canada, un opposant acharné de la Fondation, prospère.  Je m’inquiète de la présence au sein de la Fondation de cet homme qui appuie de toutes ses forces le parti qui veut permettre et forcer la construction du pipeline Énergie Est au détriment de la planète, du Québec et du fleuve Saint-Laurent.

Et cet homme allié des libéraux, c’est Stephen Bronfman! Il siège sur le conseil d’administration de la Fondation David-Suzuki; comme on vient de le mentionner.  Et il est également, et simultanément, le président du financement du PLC depuis 2013.  Quand on parle de fonctions incompatibles, on fait difficilement mieux.

Stephen Bronfman est le fils du milliardaire Charles Bronfman. Stephen Bronfman est aujourd’hui le président-directeur de Claridge inc, une compagnie qui brasse de grosses affaires en Israël. Connaissant le contexte politique de cette région du monde, il y aurait déjà là amplement matière à questionnement, mais c’est un autre dossier, alors passons.  Pour mieux y revenir ? Qui sait!

Je dois bien l’admettre: avec l’âge je m’adoucis considérablement; je deviens une grosse pâte molle comme tant d’autres. Je suis par conséquent persuadé que Stephen Bronfman est un chic type, affable, poli et propre. Un bon bourgeois à la conversation agréable qui sait animer les plus belles soirées mondaines, croquant le canapé comme pas un, sans même se salir le coin de la babine. Il doit aimer les p’tits z’oiseaux et la belle nature verte. Faut aussi se mettre dans la tête qu’il connaît bien du monde. Il doit donc être très utile sur un conseil d’administration. Je suis même persuadé qu’il quitte les réunions de la Fondation quand il est question de pétrole.  Comme Paul Martin-ministre-libéral-des-Finances-du-Canada le faisait quand il était question de sa compagnie dont les bateaux battaient pavillon de complaisance.  Ils savent vivre ces gens-là.  On peut avoir confiance!

Mais ma confiance de vieux-mou est usée.  Alors je me permets d’écrire ceci: Il n’en demeure pas moins, et je le répète, que l’homme travaille au développement de deux entités qui sont profondément opposées en ce qui concerne le projet Énergie Est et le futur du Canada et du Québec. Ce n’est pas rien quand même! En siégeant sur le conseil d’administration de la Fondation David-Suzuki, Bronfman est comme un loup que le fermier aurait lui-même installé dans la bergerie pour la nuit. Et on s’étonnera, au  petit matin revenu, de ne pas retrouver nos beaux petits moutons…Oh combien naïfs nous sommes quand nous le voulons bien!

Ça me laisse pantois tout ça; moi le vieux qui refuse quand même de se choquer pour si peu.  Après tout, on vit dans un monde où la pourriture sévit partout.  Chez les libéraux-voleurs, les conservateurs-empoisonneurs et les péquistes-peureux.  Alors pourquoi pas chez les écolos aussi que je me dis…

P.S. Merci au militant Jean-François Tremblay pour avoir mis la main sur cette information.


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