Alliance injustifiable du Canada avec ce pays

Il faut prendre certaines précautions lorsque l’on parle du monde musulman, au même titre qu’on le fait lorsque l’on parle du judaïsme et de la chrétienté pour ne pas simplifier à outrance et pour ne pas exacerber inutilement les tensions. Aussi, je ne prétends pas m’exprimer d’autorité en écrivant la présente tribune, j’ambitionne seulement de partager avec le lecteur la découverte que je fais de l’ampleur de la lutte d’idées qui s’exprime avec beaucoup de force chez les musulmans. Je suis personnellement toujours à la recherche des meilleures analyses qui traitent du terrorisme islamique, croyant que les meilleures ne peuvent venir que des musulmans, convaincu que le fondamentalisme radical sera vaincu par les musulmans eux-mêmes et non par les bombes des pays occidentaux. À l’heure actuelle, l’offensive théologique, idéologique et politique contre le terrorisme nous vient principalement du chiisme (Iran, Iraq, Syrie, Liban, etc.) alors que le monde sunnite, majoritaire dans l’islam, apparaît aujourd’hui en plein désarroi et en proie à des divisions profondes entre ses multiples écoles de pensée.

C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je suis tombé récemment sur la piste de Sayed Ammar Nakshawami, un intellectuel musulman âgé de seulement 32 ans qui figure sur la liste des 500 personnages les plus influents du monde islamique. Certaines de ses vidéos sont vues plus d’un million de fois. S’il s’exprime surtout en anglais, il a toutefois publié en français, en 2012, un livre intitulé «Islam : liberté, égalité, fraternité». Le livre invite le musulman à « trouver les moyens de vivre bien, de se sentir bien là où il est, et de nourrir simplement le respect des lois du pays, le sentiment d’appartenance, c’est-à-dire cette psychologie, cette loyauté au pays où elle ou il se trouve.»

L’éditeur le présente aussi comme suit :
«Le Dr Nakshawani a achevé son doctorat à l’Université d’Exeter. II a donné des cours universitaires d’Histoire Islamique Classique et par la suite, a poursuivi ses études au Islamic Seminary à Damas, en Syrie. Présentement il est professeur invité au Centre d’études Islamiques, à l’Université de Cambridge.»

Pour Nakshawami, l’Arabie saoudite est le premier responsable de la diffusion du venin wahabite-takfiriste et par conséquent de ISIS-DAESH. Il développe dans la vidéo suivante de plus d’une heure, que j’ai écoutée, des points de vue très intéressants, j’en énumère quelques uns :
https://www.youtube.com/watch?v=xArTRV2INSY

Nakshawami, avant de passer à la critique de l’islam, prend la peine de bien préciser que cette critique ne disculpe en aucun cas les tractations politiques de l’occident derrière l’éclatement de ces conflits, la propagation du chaos et toute autre manipulation géopolitique.

1- Pour lui, le principal coupable est l’Arabie saoudite qui propage les œuvres de Ibn Qayyim Al-Jawziyya et de Ibn Taymiyyah. Les œuvres de ces personnages qui justifient l’assassinat des chiites et des chrétiens se retrouvent, grâce aux dollars et aux bons offices de l’Arabie saoudite, dans toutes les mosquées sunnites de par le monde.

2- L’Arabie saoudite protège sa réputation en finançant largement les études musulmanes de toutes les universités les plus prestigieuses du monde, de manière à se gagner les bons sentiments des «think tank» occidentaux : Princeton, Harvard, Yale, Oxford, etc.

3- De nombreux érudits sunites qui condamnent le meurtre de chiites et des chrétiens sont les mêmes qui célèbrent dans leur sermon suivant les œuvres de ceux qui n’appellent dans leurs œuvres à rien d’autre que ça.

4 – Les sunnis aujourd’hui ne savent plus qui ils sont. Ils vivent une crise d’identité profonde, à savoir si ils sont : Ahle Sunnat, Ahle Hadees, Salafi, Wahabi, Maliki, Shafi…

5 – Il s’indigne que beaucoup de Palestiniens combattent du coté de ISIL-DAESH alors que les Palestiniens ne reçoivent aucune aide aujourd’hui des pays sunites. Pourquoi s’enrôlent-ils pour poignarder dans le dos les chiites qui les aident ? Mettant en évidence la confusion régnante dans le monde sunnite.

6 – L’idéologie de ISIL-DAESH laisse la vie aux mushriks (polythéistes – païens) mais cible les chiites et les chrétiens. Les Chrétiens en fuite, par exemple, ont pu se réfugier à Najaf (Iraq), dans le mausolée de l’Imam Ali ibn Abi Talib où ils ont trouvé protection. Nakshawani parle avec autant de ferveur de la protection des chrétiens comme de tous les êtres humains, pas que des musulmans et pas que des chiites.

On ressort de cette écoute avec le sentiment qu’il n’y a pas de vraie différence entre l’Arabie saoudite et ISIL-DAESH. L’Arabie Saoudite, malgré ses démentis, constituant même l’inspiration la plus soutenue du terrorisme en lui fournissant toutes les justifications idéologiques et religieuses, sans compter son rôle clé dans l’organisation du financement et de l’armement.

La question qui se pose est de savoir comment il se fait que ce pays dont les accointances avec le terrorisme sont connues depuis des décennies (selon plusieurs autres sources) est un allié indéfectible du Canada? Et comment se fait-il que Philippe Couillard, qui a vécu dans ce pays et qui le connaît bien, s’interdit de dire un seul mot contre les horreurs qui s’y commettent et du rôle néfaste que joue ce pays dans le monde? Un rôle néfaste qui infecte également les mosquées du Québec ? Le combat de Stephen Harper et de Philippe Couillard transformerait-il la lutte contre le terrorisme en alibi pour la réduction des libertés individuelles chez-nous au lieu de s’attaquer à la racine du terrorisme international?



Gilles Verrier
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